‹ Grammaire comparée du grec et du latinChapitre 71 sur 306 · V. Kimua, ouv. cit., ξ · texte numérisé non relu

V. Kimua, ouv. cit., ξ

3. Les stoïciens paraissent avoir les premiers établi une théorie des temps (cf. Bzxxxa, Anecd., p. 891), et il est probable que, chez les Lalins, Varron s'en est inspiré (cf. de Ling. Lat., IX, 90-98). Les Grecs distinguent trois temps : 6 ἐνεστώς (s.-e. χρόνος), ὦ παρεληλυθώς ct ὁ μέλλων (cf. Dexrs τα

des nuances particulières suivant les rapports qu'il a avec les diverses manières de concevoir l'action.

Or, en grec, les formes verbales dérivées du radical peuvent exprimer trois manières d'être de l'action; l'une peut exprimer que l'action est en train de se faire, qu’elle est commencée, mais non terminée, et qu'elle dure encore (actio imperfecta) ; l'autre, que l'action est terminée, accomplie (actio perfecta) et qu'on la considère dans ses résultats; enfin la troisième peut signifier l’action verbale pure et simple, sans aucune idée de durée.

En latin, il y a deux séries de formes verbales qui proprement expriment deux manières d'être de l’action. L'une peut signifier que l’action est en train de se faire, qu'elle est à tel ou tel moment de son développement; l’autre, que l'action est accomplie et qu'on la considère dans ses résultats.

Quant à l'idée verbale pure et simple, elle peut être figurément exprimée par les formes du radical de l’action imparfaite.

Ainsi, en latin comme en grec, non seulement tout verbe signifie une action présente, passée Où future par rapport au moment où l'on parle, mais encore la forme du radical employé peut servir à indiquer à quel paint de son développement l'action est parvenue.

Tunace, ἢ. 638; Scholies de Denys le Thrace, pp. 889-892). Les Latins ont traduit ces trois termes respectivement par præsens (s.-e. tempus), præteritum et futurum (cf. Vannon, L. 1. et Paisciex, VIII, 39). Mais les stoïciens considérant, non pas le temps en lui-même, mais l'action dans ses progrès, avaient établi des nuances assez délicates. Ainsi, dans le présent (ἐνεστώς), ils distinguaient ἸΙ'ἐνεστὼς ἀτελής (c.-à-d. le présent non accompli), l'Évegtws παρατατιχός (le présent qui dure), et ᾿᾿ἐνεστὼς συντελιχός ou τέλειος (c-à-d. le présent accompli ou parfait). De méme dans le passé, ils distinguaient le παρωχημένος παρατατιχός (c.-d-d. le passé qui dure, lo plus-que-parfait) et 16 παρωῳχημένος συντελιχός (ς.-ἀ-α. le passé accompli). Plus tard ces distinctions furent négligées par les grammairicns, qui se contentèrent d'établir dans le passé quatre différences (cf. Dexvs τε Tanacu, p. 53): παραταπικός, παρακείμενος, ὑπερσυντελιχός et ἀόριστος. Les Latins ont traduit ces termes (cf. Paisciex, VIII, 39) le premier par imperfectum, le deuxième par perfectum et le troisième par plus-quam-perfectum. Quant à l'acriste, qui chez eux se confondait avec le parfait, ils n'ont pas eu à lui donner un nom.

L'explication des trois termes traduits est ainsi donnéc par Prisciux, L. ἰ. : « Facile. dinoscitur utrum multo ante (plus-quam-perfectum) an nuper (perfectum) sint facta, an cœperint quidem, nondum tamen sint perfecta (imperfectum).

Denys le Thrace (L. L.) dit de l’aoriste : ἀόριστος δ᾽ ἐχλήθη πρὸς ἀντιδιαστολὴν τοῦ παραχειμένου χαὶ ὑπερσυντελιχοῦ (« pour le distinguer du parfait et du plus-que-parfait »), ce qui veut dire que l'aoriste désigne une action passée sans marquer qu'elle est récente ou accomplie depuis longtemps.

Enfin les grammairiens grecs appelaient 1.6 τ᾿ ὁλέγον λέλλων un futur usité seulement chez les Attiques et qui est pour nous le futur antérieur; l'expression μετ᾽ ὀλίγον indique qu'ils considéraient l'action marquée par ce futur comme prochaine. Les Latins prenaient le futur antérieur pour une forme du subjonctif, sans doute parce qu'il se rencontre souvent dans les propositions dépendantes et qu'il a quelque ressemblance avec le parfait du subjonctif.

Cette théorie, tout imparfaile qu'elle est, s'est perpétuée jusqu'aux temps modernes. De nos jours, G. Curtius a développé sur la signification des temps en grec une théorie nouvelle très simple et très séduisante. Cf. G. Cuarius, Griechische Grammatik, 9° édit., ch. xx; EÆErlæuterungen 3. m. grieck. Gramm., Ὁ. 178-489. Combattue par Cn. Taunor (Yém. de la Soc. de Ling., t. I, p. 111 sqq.), cette théorie peut néanmoins être acceptée dans ses traits essentiels, οἱ peut être étendue même au latin, à la condition qu'on la débarrasse des exagérations systématiques qu'elle renferme. Voy. O. Rixmam, la Question de l'aoriste grec (Mélanges Graux, p. 585 sqq.).

Il faut signaler enfin la théorie toute récente que B. Daisaïcx a donnée des temps dans la deuxième partie de sa Syntaxe (Strasbourg, K. J. Trübner, juin 1897), théorie qui mérite d'être étudiée et discutée co détail.

Ja les bg: Didier

Page 1