Par conséquent, on enseigne
4° Qu'avec les verbes signifiant une action le présent appelle l'attention sur la durée de l'action et que l'aoriste désigne l'action indépendamment de la durée,
Ex. : Lucen, Dialogues des morts : ττέτασον τὸ iotiov, εὔθυνε τὸ πηδάλιον, déploie la voile, liens la barre droite,
REMARQUE. — Dans la pratique cette distinction ne se rencontre pas toujours.
Ex. : ANTIPHON, V, 80 : ἀλλ᾽ ὑμεῖς βοηθήσατέ υοι... ὑμεῖς οὖν ἐωοὶ τε βοηθεῖτε χαὶ τῷ νόμῳ.
Bien souvent l'emploi de l’une ou de l’autre forme semble arbitraire; quelquefois c'est l'usage qui indique la règle. Ainsi l'orateur dit à celui qui lit les pièces, λέγε,
jamais λέξον, et presque toujours ἀναγνῶθι, très rarement ἀναγίγνωσχε. Pourtant ces
expressions sont absolument synonymes ᾿
2 Qu'avec les verbes qui signifient un état, l'aoriste exprime souvent l'entrée du sujet dans cet état.
Ex. : Déx., μισήσατε (prenez en aversion) τοὺς ὑπὲρ Φιλίππου λέγοντας (dans une maxime générale on dirait : μέσεις τοὺς rovn-
1. Ce terme a été emprunté aux grammairiens latins qui tous, à l'exception de Varron, traduisent par imperativus le grec προσταχτιχή (s.—e. ἔγχλισις). Cf. Dexrs Le Tnnace (éd. G. Uhlig), p. 47. Varroa, suivant en cela la doctrine de Protagoras ct celle des péripatéticiens, ne séparait pas les modes des temps et des personnes et voyait dans l'impératif le dernier des six aspects (ou espèces, species) qu'il reconnaissait dans le verbe : species temporalis, species personarum, species rogandi, species respondendi, species optandi et species imperandi (cf. Vann., de Ling. lat., X, 31). Voy. L. Jos, de grammaticis vocabulis apud Latinos (Paris,1893), p. 101 sqq.
2. Le parfait n'a proprement d'impératif qu'au passif (λέλυσο). Α l'actif, on ne rencontre dans la bonne langue qu'un petit nombre d'impératifs du parfait : ils appartiennent à cette petite catégorie de rerbes dont le parfait a le sens d'un présent : τέθναθι, τεθνάτω, ἕσταθι, ἐστάτω, ctc.: chez les tragiques : ἄνωγε, γέγωνε (« dis, annonce »); chez Aristophane: χεχράγετε, χεχήνετε (forme garantie par le témoignage d Hérodien). Chez Aristate et chez les écrivains postérieurs, on trouve : ἐπανατεταλχέτω (Aristote), βεδηχέτω et ἀχηχοέτω (Lucien), etc. ; mais de telles formes ne sont pas classiques.
8. D'après Meisrenuaxs (Gramm. der Alt. Inschriften, 8. 48), cette théorie se vérifie rigoureusement par les inscriptions.
4. Voyez Cu. Tuunor, Mémoires de la Société de Linguistique de Paris, t. 1 (1869), p. 111 544. — 0. Rixmaxx, la Question de l'aoriste grec (Mélanges Graux, p. 585 sqq.).
3 Le parfait conserve son sens propre et signifie : a) L'entier achèvement de l'action (xéxtnso, possède).
b) Üne chose qui doit être faite immédiatement (πέπαυσο, finis-en tout de suite).
REMARQUE. — Α la troisième personne du singulier passif, il exprime que l'on considère comme épuisé le sujet dont on vient de parler.
Ex. : IsocR., Panégyr., 14 : περὶ τῶν ἰδίων ταῦτα μοι προειρήσθω.
211. — En latin, l'impératif a deux formes, l'une qu'on appelle impératif présent, et l’autre, impératif futur.
La première ® s'emploie dans la langue classique en parlant d'une action dont on demande l'accomplissement immédiat ; la seconde ὃ" ne s'emploie correctement qu'en parlant d'actions dont l'accomplissement n’est exigé qu'après un certain intervalle de temps".
a) Ex.:Praure, Aulul., 40 : exi, inquam! age, exi! 16, 46 : illuc recede ab ostio. — Tun., Ad., 261 : Omitte vero tristitiem tuam. 16., 2178 : Syre, insta. — Cic., in Verr., 11, 4, 1, 1 : genus ipsum prius cognoscite, judices. Etc., etc.
b) Ex. : Cic., in Verr., Il, 4, 4, 1 : VOs eam (rem) suo, non nominis pondere penditote (c.-à-d. en prenant votre temps). Tusc., 1, 43, 104 : bacillum propter me, quo abigam (volucres et feras), ponitote (quand je serai mort). Ad. Fam., Il, 9, 2 : ad me litteras, ut quam primum Iætitiä afficiar, mittito (c.-à-d. écris-moi le plus tôt possible, mais non pas sur-le-champ.
272. — Toutefois l'emploi de l'impératif en -to n'est absolument obligatoire que dans les textes de lois, les préceptes, etc., où l'on a en vue des actes qui doivent être accomplis dans tous les temps ou, plus exactement, toutes les fois qu'on en trouvera l'occasion.
D'autre part, il est presque obligatoire, quand le moment de l’action à faire est déterminé par une proposition au futur.
Ex. : αἷς, p. Sest., 13, 31 : 51... de me ipso plura dicere videbor, ignoscitote*.
REMARQUES. — I. Certaines formes d'impératif en -to remplaçaient, dans l'usage, les formes correspondantes de l'impératif ordinaire et s'employaient alors sans aucun
1. Voyez Cu. Taunor, Revue de Philologie, IV, p. 113 et suiv, ; O. Rismaxx, Revue de Philologie, X, p. 161 et suiv,
3. Cicéron, qui s'est conformé ici à l'usage ordinaire de son temps, y a-t-il dérogé dans la phrase
In Verr., 11. ἃ, 47.105: de quo si paulo altius ordiri ac repetere memoriam religionis videbor, ignoscite.
Bien qu'ignoscite soit donné par tous les maouscrits, on se demande s'il ne faudrait pas corriger οἱ
lire ignoscitote.
sens particulier; c'est ainsi qu'on disait {oujours scito, scitote, et ordinairement putato, sic habeto, sache que!.
Dans la langue archaïque et familière l'impératif en -to était d'un usage beaucoup plus étendu. Plaute emploie dicito, concurremment avec dic, dato, au lieu de da (Rud., 568), accipito, au lieu de accipe (:b., 719), illic astato ilico (1b., 825), etc. Cicéron lui-même, surtout dans sa correspondance ou dans ses premiers discours, se sert de certaines formes en -to, là où l'on attendrait l'impératif ordinaire.
II. La troisième personne de l'impératif en -to n'est fréquente que dans les textes de lois et chez les écrivains de la période archaïque, particulièrement Plaute et Térence, à qui les poètes postérieurs semblent l'avoir empruntée. Les auteurs classiques n’emploient que esto, soit, devenu une sorte de particule concessive; ils ont rigoureusement proscrit toutes les autres formes de troisième personne en -to.
IL — Subjonctif*.
213. — Subjonctif grec. — Le subjonctif grec ne marque pas, à proprement parler, le temps*, mais il a trois formes, l’une (λύω) exprimant l'action en voie d'accomplissement ; l'autre (λελυχὼς ὦ ou λελύχω) signifiant l’action accomplie; la troisième enfin (λύσω) signifiant l'idée verbale pure et simple.
Par conséquent, on enseigne :
4° Qu'avec les verbes signifiant une action, le présent du subjonctif appelle l'attention sur la durée et l'action et que l'aoriste du subjonctif signifie l'action indépendamment de la durée.
Ex. : Mn μέλλωμεν, ne tardons pas. — Εἴπωμεν ἢ σιγῶμεν, fautil parler ou garder le silence? — Τοὺς φίλους εὖ ποίει, ἵνα αὐτὸς εὖ πράττῃς, fais du bien à tes amis, afin d'éfre heureux toi-même. Etc., etc.
1. Peut-être faut-il ajouter tibi habeto (Cic., P. Flacc., 15, 86) « garde pour toi ».
2. Ce terme vient du latin subjunctivus, traduction du grec ὑποταχτιχή (8.-6. ἔγχλισις). D'après Diomède (Grammat. Latini, éd. Keil, t, IV, p. 340), ce mot subjonctif vient de ce que cette forme verbole n'ayant pas de sens par elle-même, a besoin d’être unie à une autre qui en détermine Je sens. 1 est plus simple de penser que subjonctif (subjunctivus) signifie le mode de Ja subordination, puisque pour les Latins, c'était, par excellence, la forme verbale employée dans les propositions subordonnées.
Les grammairiens Jatios antérieurs à Priscien donnaient aussi au subjonctif le nom de conjonctif (conjunctivus), de jonctif (junctivus) ou d'adjouctif (adjunctivus). Quelques-uns même établissaient une distinction entre le subjonctif et le conjonctif, mais sans dire sur quoi ils la fondaient.
8. Mais on peut dire que par leurs fanctions, Jes diverses formes du subjonctif se rapportent au présent ou à l'avenir, Quand je dis ἴωμεν « allons », j'exprime une résolution dont l'accomplissement va suivre plus ou moins vite; de même τί ποιῶμεν ; « que faire? » signifie une activn qui se place au moment même de Ja parole, etc. De plus, quand il est employé soit dans les propositions suppositives proprement dites, soit dans 165 propositions suppositives temporelles ou relatives, l’aoriste du subjonctif marque antériorité relativement au moment marqué dans la proposition principale :
᾿Εὰν τοῦτο ποεῆσῃ, ὅταν τοῦτο rochon, ὅστις ἂν τοῦτο #OLhON « au cas où il aura fait cela », « lorsqu'il aura fait cela », « quiconque aura fait cela. »
I répond alors au futur antérieur ou au parfait du subjonctif des Latins. Mais en dehors de ces trois cas
(et dans les propositions dépendantes surtout), il est absolument vrai de dire que le subjonctif n'exprime
pas par lui-même l'idée de temps. En fait, le grec n’a pas de formes spéciales pour représenter ce qu'on
pourrait appeler le subjonctif futur du sanscrit, dont il existe quelques formes destinées à marquer que le ( . sujet a l'intention de faire telle ou telle chose. Voy. Β. Ὠκιβαῦοκ, die Grundlagen, εἰς., pp.98-99.
2% Que quand le verbe signifie un état, l'aoriste du subjonctif marque souvent que le sujet entre dans cet état.
Ex. : Anisroru., Plut., 464 : ἣν γὰρ ὁ Πλοῦτος νυνὶ βλέψη (recouvre la vue). | ὡς τοὺς ἀγαθοὺς τῶν ἀνθρώπων βαδιεῖται. — PLATON, Phédre, 231 © : οἵ γ᾽ ὅσων ἂν ὕστερον ἐρασθῶσιν (ils se seront épris) ἐχείνους αὐτῶν περὶ πλείονος ποιήσονται. — Xéx., Cyr., I, 6,16 : οἱ ἰατροὶ, ὅταν τινες νοσήσωσι (tombent malades), τότε ἰῶντα! τούτους.
REMARQUE. — Toutefois la différence entre les deux formes (subjonctif présent et subjonctif aoriste; est souvent imperceptible. Er.: XÉN., Cyr., V, 5, 13 : ἥν τι ἐγὼ φανῶ χαχὸν πεποιηχώς, ὁμολογῶ ἀδι-xeïv” ἂν μέντοι μηδὲν φαίνωμαι χαχὸν πεποιηχὼς μηδὲ βουληθείς, οὐ χαὶ σὺ αὖ ὁμολογήσεις μηδὲν ὑπ᾽ ἐμοῦ ἀδικεῖσθαι ;
3° Le parfait du subjonctif conserve la signification qu'il ἃ à l'indicatif : il exprime que l'action est achevée ou que tel résultat est acquis.
Ex. : Tnuc, VIII, 14 : ἵνα, ἣν μὴ ὑπαχούωσι, τεθνήκωσι, afin que quiconque ne leur obéirait pas, fé un homme mort (ἀποθάνωσι signifierait fût mis à mort), — Anisrorn., Ois., 1350 : (ἀνδρεῖόν γ8 πάνυ νομίζομεν) ὃς ἂν πεπλήγῃη πατέρα, νεοττὸς ὦν, pour nous il y ἃ grand courage ἃ bat{re son père, quand on n'est encore qu'un petit poussin. Cheval., 1149 sq. : ἔπειτ᾽ ἀναγχάζω πάλιν ἐξεμεῖν | ἅττ᾽ ἂν κεκλόφωσέ μου. -- PLATON, Rép., 316 à : ὃν ἂν γνώριμον (κύων ἴδη), ἀσπάζεται, χἂν μηδὲν πώποτε ὑπ᾽ αὐτοῦ ἀγαθὸν πεπόνθῃ (en latin : etiamsi nunquam beneficium ab eo acceptum habebit).
274. — Subjonctif latin. — Le subjonctif latin correspondant à la fois au subjonctif et à l’optatif grecs, on ne peut en traiter qu'après avoir examiné la valeur des formes verbales non seulement du subjonctif, mais encore de l'optatif grec.
ΠΙ. — Optatif!.
275. — L'optatif grec n'exprime le temps que dans le style indirect, c'est-à-dire que dans le style indirect les formes de l'optatif servent à indiquer le présent, le passé ou l'avenir par rapport au moment où se trouve placé le sujet dont on donne la pensée ou les paroles.
4. Le mot « optatif » est emprunté du mot oplativus, qui servait aux Latins soit à traduire le terme grec ἢ εὐκχτιχή (se. ἔγχλισις), soit À exprimer ce qui, dans le subjonctif latin, correspondait à l’optatif grec. Voy. L. Jos, ouv. cité, p. 103 el p. 106.
Dans ce cas,
1° L'optatif présent exprime le présent :
Ex. : εἶπεν ὅτι ἀποθνήσχοι, il dit qu'un tel se mourait (style direct : ἀποθνύσχει, il se meurt).
2 L'optatif aoriste exprime le passé :
Ex. : εἶπεν ὅτι ἀποθάνοι, il dit qu'un tel était mort (style direct : ἀπέθανεν, il est mort).
3° L’optatif futur exprime l'avenir :
Ex. : εἶπεν ὅτι ἀποθανοῖτο, il dit qu'un tel mouwrrait (style direct : ἀποθανεῖται, il mourra.)
REMARQUE. — L'optatif futur ne s'emploie jamaïs que dans le style indirect pour remplacer l'indicatif futur. Il se rapporte donc toujours à l'avenir.
216. — En dehors de ce cas, l'optatif grec ne marque pas par luimême le temps', mais il a trois formes : l'une (λύοιμι) exprimant l'action en voie d'accomplissement ; l'autre (λελυχὼς εἴην ou λελύχοιμι) signifiant l'action accomplie ; la troisième enfin (λύσαιμι) signifiant l'idée verbale pure et simple.