IV. — Subjonctif latin
278. — Le subjonctif latin tient lieu à la fois du subjonctif et de l'optatif grecs.
Comme le subjonctif grec, il a trois formes : l'une (amem) signifiant que l’action est en voie d'accomplissement; l'autre (amaverim, parfait) signifiant que l’action est accomplie ; la troisième enfin (amaverim, œriste) signifiant l'action verbale pure et simple”.
Ex. : scribam, que je sois en train d'écrire (à côté de volo scribas, je veux que tu écrives). Scripserim, que j’aic fini d'écrire. Ne scripserit, qu'il n'écrive pas.
Comme l'optatif grec, il a aussi trois formes.
Ex. : Valeas, demeure en bonne santé. — Nequiquam Capitolium servaverim, j'aurais sauvé en vain le Capitole. — Salvus sit, puisse-t-il guérir ! — Scripserim, il se pourrait que j'écrive.
REMARQUE. — Ce qui prouve que dans les exemples cités le subjonctif ne marque aucune idée de temps par lui-même, c'est que non seulement scribam et scripserim peuvent indiquer le mème temps, mais que l’une et l’autre forme, selon les cas, peut désigner soit une action présente, soit une action future. Ainsi dicat aliquis peut signifier aussi bien supposons qu'on dise (aujourd'hui) que supposons qu'on dise (un jour). De même utinam jam salvus sit et utinam jam sanatus sit (parfait du subjonctif) se rapportent l'un et l’antre au présent: mais il suffira de remplacer jam par mox pour que les mêmes formes verbales se rapportent à l'arenir. Donc les formes du subjonctif latin n’expriment, dans certains cas, que l'idée même du mode sans aucune idée de
1, Ca. Taunor (Mémoires de la Société de Linguistique de Paris, t. 1, p. 111-125), parlant de l'emploi stuultané de l'infioitif présent et aoriste, fait remarquer fort justement que l'occasion d'employer l'imfnitif revient si souvent qu'il faudrait que l'écrivain se fût demandé presque à chaque membre de Pbrase s’il devait choisir le présent ou l'aoriste, effort de réflexion incompatible avec la rapidité de la parole. Cette observation peut s'appliquer non seulement à l'iufinitif, mais aux modes impératif, subjonctif et optatif.
3- Eo latin, le présent scribam peut marquer aussi, commo l'indicatif 80ribo (cf. ci-dessus, $ 229), l'idée verbale pure et simple.
temps : la seule chose qu'elles expriment en plus de l’idée du mode, c’est que l'action est arrivée à tel ou tel point de son développement : par exemple, que l'action est en train de se faire (scribam) ou qu'on a fini de la faire (scripserim).
279. — Mais, à la différence de ce qui a lieu pour le subjonctif grec, le subjonctif latin peut dans certains cas marquer réllement une idée de temps. De plus, le latin possède au subjonctif une double série de formes, les unes se rapportant au présent, les autres se rapportant au passé.
4° Les formes scribam et scripserim peuvent marquer réellement une idée de temps.
Quand je dis quæro quid scribas, l'emploi de scribas implique cette idée que vous écrivez OU que vous êtes en train d'écrire en ce moment.
De même, quand je dis quæro quid scripseris, la forme scripseris joue le rôle d'un aoriste et signifie que l'action d'écrire est passée.
Enfin la phrase non dubito quin æger futurus sit, je suis sùr qu'il sera malade, rapporte à l'avenir le fait d'être malade !.
On pourrait dire de ces formes qu'elles constituent le subjonctif proprement dit.
2° Aux formes scribam et scripserim s'opposent les formes scriberem et scripsissem, qui, d'une manière générale, expriment que l'ensemble de la phrase appartient au passé.
a) En effet (comme le subjonctif proprement dit dans les propositions indépendantes), elles signifient un ordre, une supposition, un souhait, etc., mais la supposition porte sur un fait passé (at dares, supposons qu'on οἷ donné); l'ordre ou le souhait ne sont plus qu'un regret sur ce que telle ou telle chose n'a pas eu lieu (ne poposcisses, tu n'aurais pas di le demander).
REMARQUE. — Entre scriberem et scripsissem il y ἃ à peu près la même différence qu’à l'indicatif entre l'imparfait scribebam et l'aoriste scripsi.
Toutefois l’usage n'a pas seulement attribué à scriberem la fonction d'exprimer une action qui dure ou se répète, tandis que scripsissem signiflait simplement un fait passé : il est des cas où scriberem et scripsissem ne sont séparés que par des nuances de sens imperceptibles, d'autres où scriberem s'emploie à l'exclusion de scripsissem, etc. Voy. ci-après, $8 332, 334, 2°, 335.
b) Dans la plupart des propositions subordonnées, le subjonctif passé s'emploie lorsque la proposition principale est au passé. En ce