‹ Grammaire comparée du grec et du latinChapitre 91 sur 306 · Cette définition est celle de Ch. Thurot · texte numérisé non relu

Cette définition est celle de Ch. Thurot

2. Une proposition dépendante peut jouer le rôle de sujet, de qualificatif ou de complément dans la proposition principale.

Elle est sujet dans une phrase comme celle-ci : « Il est juste que les méchants soient punis. »

Elle joue le rûle de qualificatif dans cette phrase : « Celui qui mentira sera puni ». Les mots « qui mentira » qualifient « celui ».

Elle joue le rôle d'un complément direct dans cet exemple-ci : « Je vois que toutes les entreprises sont inutiles contre sa personne, » et d'un complément circonstanciel dans cette phrase : « On énerve la justice quand on est trop indulgent ».

Une proposition dépendante n'existant pas sans proposition principale et l'union d'une proposition principale avec une proposition dépendante constituant ce qu'on appelle une phrase, il ne sera question de l'emploi des modes dans les propositions dépendantes que dans le livre deuxième du présent ouvrage (synlaxe de la phrase).

3. Le mot « indicalif » est emprunté du latin indicativus (s.-ent. modus), traduction de la locution

considérée comme réelle et comme existant en dehors de toute vue de l'esprit et de toute affection de l'âme.

On l'emploie done d'abord et tout naturellement quand on énonce un fait réel ou constant.

Ex. : τὸ ῥόδον ἀνθεῖ, rosa floret. — Ὁ ἄνθρωπος θνητός ἔστιν, homo mortalis est.

294. — C'est aussi l'indicatif que l’on emploie dans les propositions interrogatives et dans les propositions négatives.

Par les propositions interrogatives on demande si la chose énoncée est réelle.

Dans les propositions négatives on affirme que la chose énoncée n'existe pas.

292. — Sens figurés de l'indicatif. — Comme toutes les formes du langage, l'indicatif peut être employé non seulement au sens propre mais aussi dans des sens figurés et dérivés.

4° Ainsi, en grec, les locutions restrictives ὀλίγου ou ὀλίγου δεῖν (cf. ci-dessus, ἃ 156, Reu. 1), ὀλίγου ἐδεήσα, etc. (suivie de l'infinitif), à peu de chose près, τὸ ἐπ᾿ ἐμοί (σοί, etc.), autant qu'il dépend de moi (de toi, etc.) n'influent nullement sur le mode employé: c’est encore l'indicatif qui sert à exprimer les affirmations mème ainsi restreintes.

᾿ Ex. : ὀλέγου ou ὀλίγου δεῖν ἀπέθανον ou bien ὀλίγου ἐδέησαν ἀποθανεῖν. un peu plus, ils seraient morts. — Tuve., VIII, 35 : ὁλίγου εἷλον τὴν πόλιν, peu s'en fallut qu'ils ne prissent la ville (un peu plus ils auraient pris la ville). 11, ΤΊ, 5 : τοῦτο δὲ (τὸ πῦρ) μέγα τε nv χαὶ τοὺς Πλαταιᾶς... ἐλαχέστον ἐδέησε διαφθεῖραι. — Χέν., Anab., VI, 6, 23 : αὐτοί τε τὸ επὲ τούτῳ ἀπολώλαμεν, si cela ne dépendait que de lui, nous serions perdus (lil. autant que cela dépend de lui, nous sommes perdus).

Il en est de même en latin, où propemodum, prope ou pæne sont employés à côté de l'indicatif.

Ex. : Pæne (ou prope) mortuus est, un peu plus il serait mort.

grecque λόγος ἀποφαντιχός, par laquelle les Péripaléliciens désignaient une proposition indicative. La véritable traduction du mot par lequel les grammairiens grecs désignaient l'indicatif (ἢ ὁριστική, s.-ent. ἔγχλισις) serait finitivus vu definitivus qu'on trouve chez certains grammairiens, mais qui n'a pas prévalu. Voy. L. Jos, ouv. cité, p. 104.

4. La forme même de l'indicatif décèle cetle signification particulière ; car l'indicatif n'a pas, cumme le subjonctif ou l'optatif, de caractéristique spéciale : il ne renferme, à l'occasion, que les suffixes des différents temps et, au présent, que les divers éléments caducs qui détcrininent la classe du verbe.

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REMARQUES. — I. Dans des phrases comme celle-ci :

T.-Live, Il, 10, 2 : pons sublicius iter pæne hostibus dedit, ni unus vir fuisset…

il y ἃ une ellipse : après dedit il faut sous-entendre les mots et re vera dedisset. C'est aussi par ellipse que T.-Live ἃ pu dire :

11, 50, 10 : vincebatque auxilio loci paucitas (suppl. et omnino vicisset,, ni jugo circummissus Vejens in verticem collis evasisset, et grâce à l'avantage de la position, la troupe, malgré son faible effectif, allait l'emporter, quand les Véienus chargés de faire un mouvement tournant par les hauteurs réussirent à altcindre le sommet de la colline.

IT. C’est grâce à une ellipse de même nature que le grec se sert de l'aoriste du verbe χινδυνεύω pour exprimer l’idée de notre conditionnel passé. |

Ex. : Tauc., III, 74, 2 : ἣ πόλις ἐκινδύνευσε πᾶσα διαφθαρῆναι (s.-ené. et elle aurait réellement élé détruite), εἰ ἄνεμος ἐπεγένετο τῇ φλογὶ ἐπίφορος ἐς αὐτήν. — ESCHINE. Hi, 123 : εἰ μὴ δρόμῳ μόλις ἐξεφύγομεν (εἴ. 8 259) εἰς Δελφούς, ἐκινδυνεύσαμεν ἀπολέσθαι.

111. Pour donner plus de force et de vivacité à 1᾿οἅαργθβδϑίοῃ d’une idée, le grec, le latin et le français, par un procédé oratoire bien connu, substituent à l'expression du | conditionnel l'emploi d'un temps passé de l'indicatif (cf. ci-dessus, 8 236). | P ù 26 Ex. : EUR., Herc. fur., 538 : χαὶ τἄμ᾽ ἔθνησχε τέχν᾽, ἀπολλύμην δ᾽ ἐγώ, mes enfants allaient périr et c'en était fait aussi de moi (Cf. XÉN., Anab., V, 8,2). ! — SÉNÈQUE, de lra, 1, 11, 5 : perierat imperium (c'en était fait de Rome...) | si Fabius tantum ausus esset quantum ira suadebat.

IV. Dans les interrogations vives et familières le grec met l'indicatif là où l’on attendrait en français le verbe pouvoir au conditionnel suivi de l’infinitif. Ex. : HOMÈRE, J4., IV, 26 : πῶς ἐθέλεις ἅλιον θεῖναι πόνον nd’ ἀτέλεστον; II, :

1, 123 : πῶς γάρ τοι δώσουσι γέρας μεγάθυμοι ᾿Αχαιοί; (comment les Grecs magnanimes pourraient-ils Le donner une récompense ἢ) — HÉRODOTE, 1, 15: | χῶς Ὑὰρ ὀπίσω πορευόμενοι διέδησαν αὐτόν (comment en revenant sur leurs pas auraient-ils pu passer le fleuve?). — PLATON, Phril., 50 α : μανθάνομεν οὖν, ὅτι θρήνου πέρι πάντα ἐστὶ τὰ νῦν δὴ διαπερανθέντα " πῶς γὰρ οὐ μανθάνομεν ; cf. Gorg., 480 b; Bang., 214 ἃ; Βόρ., 311 6; 530 d ; Théét., 155 e. — XÉX., Mém., I, 1, 5 : πιστεύων δὲ θεοῖς πῶς οὐχ εἶναι θεοὺς évopiGev; 1b., 1,3, 23 : πῶς οὖν οὐχ ἐνδέχεται σωφρονήσαντα πρόσθεν αὖθις μὴ σωφρονεῖν ;

Pour les expressions πῶς οὐ μέλλω ; τί οὐ μέλλω ; voy. ci-dessus, p. 279, ἢ. 1.

2 Avec les verbes ou avec les expressions qui signifient possifilité ou obligation, le grec et le latin emploient souvent l'indicatif, là où le français se sert du conditionnel ou du conditionnel passé; c'est quand il s’agit d'exprimer que, si la chose énoncée ne se fait pas, ne se fera pas ou n'a pas été faite, du moins la possibilité ou l'obligation de la faire a existé réellement.

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