‹ Grammaire comparée du grec et du latinChapitre 93 sur 306 · B. — IMPÉRATIF · texte numérisé non relu

B. — IMPÉRATIF

303. — Sens de l’impératif'. — L'impératif est la forme que prend le verbe pour signifier un ordre (ou une défense, quand il est accompagné d’une négation).

304. — Emploi de l'impératif. — 1° £n grec, on exprime un ordre positif par l'impératif”.

Ex. : Isocn., Dém., 16 : τοὺς μὲν θεοὺς φοθοῦ, τοὺς δὲ γονέας τίμα. AnisTopu., Cher., 118 : ἔγχεον πιεῖν.

2° Un ordre négatif (c'est-à-dire une défense) s'exprime à la seconde personne par l'impératif présent précédé de la négation un.

Ex. : How., IE. I, 363 : ἐξαύδα, μὴ κεῦθε νόῳ (cf. Odyss., XVI, 168). 14, IV, 234 : ᾿Αργεῖοι, μήπω τι μεθίετε θούριδος ἀλχῆς. -- PLaT., Apol., 21 a : μὴ θορυθεῖτε. Etc.

A la troisième personne, la défense se fait quelquefois (voy. ci-après, $ 313) au moyen de l'impératif aoriste précédé de la négation un.

Ex. : How., Od., XVI, 301 : μήτις ἔπειτ᾽ Οδυσῆος ἀκουσάτω ἔνδον ἐόντος. — Escuvue, Prom., 332 : μηδέ σοι μελησάτω. — Χέν,, Cyr., NI, 5,13 : χαὶ μηδείς γε ὑμῶν ἔχων ταῦτα νομισάτω ἀλλότρια ἔχειν. — Εβοπινε, II, 60 : μήτ᾽ ἀπογνώτω μηδὲν ἦτε καταγνώτω. Etc.

REMARQUE. --- Pour exprimer une défense, on peut, à la 2° personne, remplacer l'impératif présent par je subjonctif aoriste et, à la 3° personne, on remplace le plus souvent l'impératif aoriste par le subjonctif aoriste.

Ex. : How, Od., XV, 263 : εἰπέ μοι εἰρυμένῳ νημερτέα, nd’ ἐπικεύσης. — Déx., XVIII, 10: μηδὲ φωνὴν ἀνάσχησϑε, ἀλλ᾽ ἀναστάντες χαταψηθα — PLATON, Lois, 882 b : ὃ χεχτημένος... δεδεμένον αὐτὸν μὴ

don. — Ὀέν., ΧΥΠΙ, 199 : χαί μου μηδεὶς τὴν ὑπερθολὴν θαυμάσῃ ἀλλὰ μετ᾽ εὐνοίας ἃ λέγω θεωρησάτω.

Quelquefois les deux constructions sont réunies dans la même phrase.

Ex. : ESCHYLE, Eum., 800 : ὑμεῖς δὲ τῇ γῇ τῇδε μὴ βαρὺν χότον | σκήψησθε, μὴ θυμοῦσθε, μηδ᾽ ἀχαρπίαν τεύξητε... — ΒΟΡΗ., Œd. à Col., 131 : ὃν μὴτ᾽ ὀχνεῖτε μήτ᾽ ἀφῇ τ᾽ ἔπος χαχόν. — XÉN., Cyr... VIII, 6, 12 : μῆτε αὐτοί ποτε ἄνευ πότου σῖτον παραθῇσθε, μήτε ἵπποις ἀγυμνάστοις χόρτον ἐμδάλλετε. — Déu., XXI, 211 : μὴ χατὰ τοὺς νόμους δικάσητε, ὦ ἄνδρες διχασταί * μὴ βοηθήσητε τῷ πεπονθότι δεινά " μὴ εὐορκεῖτε᾽ ἡμῖν δότε τὴν χάριν ταύτην.

4, Voy. ci-dessus, p. 280, n. 1. Ajoutons ici que Brugmann a proposé de donner le nom d'injonctif ἃ certaines formes qui, n'appartenant pas étymologiquement à l'impératif (cf. Bavomaxx, Gr. Grammatik, ἃ 143), sont néanmoins cataloguées sous co nom (comme σχές, ἄγες, δός. φέρετε, δότε, δείξατε, φέρετον, etc.) et que Delbrück comprend sous le nom d’injonctif, non seulement les formes ci-dessus, mais, en grec, des constructions comme μὴ ποιήσῃς ct en latin des constructions comme ne feceris. Voy. B. Duisatcx, vergl. Syntaz, 35 partie, $S 116, 117, 113 et 124, Ce savant suppose qu'à l'aoriste l'injonetif se serait confondu avec le subjonctif.

2. Pour l'emploi des formes diverses de l'impératif, voy. ci-dessus, $ 270.

305. — En latin, l'impératif ne s'emploie qu'à la deuxième personne pour exprimer un ordre positif.

Ex. : fac (dans la langue ordinaire), facito (dans les cas prévus ci-dessus, $ 271, b, et 8 272).

REMARQUE. — L'emploi de la 3° personne de l'impératif est très rare, sauf dans les textes de lois. On la remplace par la 3° personne du subjonctif (cf. ci-après, $ 319).

306. — Ün ordre négatif (c'est-à-dire une défense) s'exprime en latin par le subjonctif (Voy. ci-après, 8 318).

REMARQUE. — Ne fac ne se rencontre qu'exceptionnellement en prose et parait être un tour familier ou poélique (cf. ϑξεαν. SuLP., AP. Cic., ad Fam., IV, 5, 5; Cic., ad Att., XII, 22, 3; T.-Live, III, 2, 9, etc.).

Au contraire, la périphrase avec noli! ou nolite suivi de l'infinitif est d'un usage très commun.

De même, on rencontre assez souvent fac, ne et le subj. (cf. Cic., ad Fam., XVI, 41, 1), cave, ne et le subj. (cf. PLAUTE, Amph., 845; Asin., 313, etc.), cave avec le subj. (cf. Cic., ad Fam., XVI, 12, 6 : cave festines...; p. Lig., 5, 14), vide, ne avec le subj. (cf. PLAUTE, Capl., 584; Curc., 335 sq.; Mil., 1279 sq.).

307. — Sens dérivés de limpératif. — 1° En grec et en latin, l'impératif s'emploie aussi pour donner, non pas précisément un ordre, mais une permission.

Ex. : How., 11, IV, 29 : ἔρδ᾽ arap où τοι πάντες ἐπαινέομεν θεοὶ ἄλλοι. — Soru., Ant., 1037 : κερδαένετ᾽, ἐμπολᾶτε τὸν πρὸς Σάρδεων | ἤλεχτρον, εἰ βούλεσθε, καὶ τὸν ᾿Ινδιχὸν | ypuσόν" τάφῳ δ᾽ ἐχεῖνον οὐχὶ χρύψετε.

T.-Livre, XXII, 50, 15 : liberi atque incolumes desiderate patriam, immo desiderate, dum patria est, dum cives ejus estis. Etc.

2° Cet usage explique que l'impératif soit pris souvent dans un sens concessif, c'est-à-dire pour exprimer qu'on admet ou qu'on accorde ce qui est en question ou ce qui n’est que possible.

Ex. : Sorn., An£., 1168 sqq. : πλούτει τε γὰρ κατ᾽ oixov, εἰ βούλε:, μέγα | καὶ ζῆ τύραννον cytu ἔχων᾽ ἐὰν δ᾽ ἀπῇ | τούτων τὸ χαίρειν, τὰλλ᾽ ἐγὼ χαπνοῦ σκιᾶς | οὐχ ἂν πριαίμην ἀνδρὶ πρὸς τὴν ἡδονήν. — Ῥίάτον, Βαπᾳ., 201 c : οὕτως ἐχέτω, ὡς σὺ λέγεις. Phil, 14 a : πολλαὶ ἡδοναὶ γιγνέσθων. Cf. aussi

1. Au lieu do noli, la langue archaïque et poétique emploie parce (cf. Prautr, Pers., 312: Vino., πον WII, 42: T.-Live, XXXIV, 32, 20, ete.), mitte (Ten., Andr., 904: Ov., Mél., 11. 614, εἰς.) ou omitte (Hon., Ép., 1, 8, 79), fuge (cf. Hon., Carm., 1, 9, 13) ou absiste (cf. Vina., En, VI, 399.

2. Fa grec, la locution correspondante μὴ βουληθῆτε avec l'infinitif ne sc rencontre que comme latinisne. Voy. Jevue critique, 1881. 2° partie, p. 314.

la locution ἔστω, soit, qui est déjà dans Homère (cf. 11. VII, 34 : ὧδ᾽ ἔστω)".

En latin, l'impératif s'emploie ainsi à la seconde personne.

Ex. : Cic., Tusc., 1, 13 : 0110 hanc opinionem, luctum sustuleris. IV, 24, 53 : tracta definitiones fortitudinis; intelleges eam stomacho non egere.

REMARQUE. — A la troisième personne, l'impératif concessif est remplacé par le subjonctif (voy. ci-après, 8 319), sauf dans la locution esto, soit.

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