Proposition de forme infinitive
447. Le nom verbal infinitif remplace le verbe à un mode personnel :
i° Quand le fait est énoncé par une proposition remplissant la fonction de sujet d'un verbe impersonnel ou d'une expression verbale impersonnelle ;
2° Quand le fait est énoncé par une proposition remplissant la fonction de complément d'objet d'un verbe exprimant une idée de pensée ou de parole, ou verbes déclaratifs.
Cet infinitif a un sujet a l'accusatif, qui ne peut, en règle générale, être sous-entendu.
1° La proposition infini tive sujet.
448. On sait que le nom verbal infinitif peut être sujet, comme tous les autres noms 3i4 : Turpe est mentiri).
Mais cet infinitif sujet peut avoir lui-même un sujet à l'accusatif \ 32o).
Cet infinitif accompagné de ce sujet à l'accusatif, avec leurs dépendances, constitue ainsi une propo-
sition qui tire de sa forme le nom de proposition
infinitive :
• Pulchrum est | victôrem parcëre victis, il est
beau que le vainqueur épargne les vaincus.
En abrégeant la subordonnée française, on a (4.2; : Il est beau pour le vainqueur d'épargner les
vaincus.
Remarques. I. — Le verbe impersonnel peut être .
i° Une expression simple, telle que dëcet, il convient ; oportet, il faut ; constat, il est certain ; intërest, il importe, etc.
20 Une expression composée du verbe esse et d'un adjectif ou d'un nom attribut, telle que fâma est, rùmor est ou serpit, le bruit court ; spës est, on espère ; facile est, il est facile ; justum est, il est juste, etc. (1).
II. — Quand l'infinitif sujet est le verbe esse et qu'il a lui-même un sujet indéterminé, tel que aliquem = quelqu'un (équivalent français : on), on peut sousentendre ce sujet, mais il faut avoir soin de mettre l'attribut à l'accusatif en accord avec le sujet alïquem sous entendu :
Turpe est esse mendâcem, il est honteux d'être menteur ( = turpe est alïquem esse mendâcem, il est honteux qu'on soit menteur .
III. — La proposition infinitive sujet peut exprimer aussi bien un fait désirable ou possible qu'un fait réel, par exemple après oportet, opus est, etc. Dans l'un des deux cas. L'infinitif se substitue à l'indicatif, dans l'autre, au subjonctif V. 42;, remarque, et 49S .
(1) On trouvera dans notre Méthode latine, pp. 122-123, la liste des principales locutions impersonnelles.
2° La proposition infinitive complément (objet).
449. Les verbes auxquels la proposition infinitive sert de complément d'objet sont ceux qui expriment une idée de pensée ou de parole, tels que dire, rapporter, raconter, prétendre, enseigner ; croire, penser, se figurer, etc. (i).
Vetéres credëbant | multos esse deos, les anciens croyaient qu'il y a plusieurs dieux.
450. L'infinitif d'une proposition infinitive est au présent, au parfait ou au futur.
Pour le choix du temps, il faut comparer le moment de l'action subordonnée avec le moment de V action principale.
i° Actions simultanées : infinitif au présent.
2° Action subordonnée antérieure: infinitif au parfait.
3° Action subordonnée postérieure : infinitif au futur.
te légère, je dis que tu lis (en même temps) . te legisse, je dis que tu as lu (avant). te lectûrum esse, jedis quetuliras.
Dico ( ^'os lectùros esse, je dis que vous i
lirez. \ après,
eas lectùros esse, je dis qu'elles l
liront.
Remarques. I. — En français, le verbe de cette subordonnée peut se trouver à tous les temps de
i On trouvera la liste de ces verbes, Méthode latine,
pp. 123-125.
LA PROPOSITION INFIMTIVE 21 3
L'indicatif, du conditionnel ou du subjonctif, ou bien à L'infinitif. La construction de la proposition latine est beaucoup plus facile, puisque le choix ne peut s'exercer qu'entre trois temps : il faut donc ne tenir aucun compte ni du temps ni du mode français pour la traduction en latin, et ne se demain 1er qu'une chose, en ayant soin de faire la question sur l'action subordonnée : en même temps ? Avant ? Après ?
IL — Si on transforme la subordonnée en indépendante, on aura le présent, le passé ou le futur, c'està-dire exactement le même temps que le latin, ex. ;
Subordonnées Il disait qu'il lirait.
Je ne disais pas qu'il fût
coupable.
Je n'affirmerai pas qu'il
ait menti.
J'espère partir bientôt.
J'espère que tu me pardonnes.
Indépendantes Il disait : « Je lirai. »
Je ne disais pas : « Il est
coupable. »
Je n'affirmerai pas ceci :
« il a menti. »
Je partirai bientôt, j'espère.
Tu me pardonnes, je l'espère.
451. S'il s'agit d'une idée générale que l'on considère comme vraie de tout temps, l'infinitif est toujours au présent :
Zëno censuit nïhil déesse virtùti iCic.), Zenon pensait que rien ne manque à la vertu.
Remarques. I. — Les infinitifs w/fa, vouloir et posse^ pouvoir, peuvent avoir le sens du futur : Helvetii totius Galliae sêse potïri POSSE sperâbant I
Les Helvètes pensaient pouvoir = qu'ils pourraient se rendre maîtres de toute la Gaule.
IL — Après memini, je me souviens, l'iiiliiiitit* est au présent au lieu du parfait quand celui qui se souvient a été lui même témoin de l'action :
2l4 LE I AIT DAXS LES SUBORDONNEES
Ménwii me sidère, je me souviens d'avoir vu.
Mais on met le parfait si la personne qui se souvient n'a pas été témoin de l'action.
Mëmïnëram C. Marium senile corpus palùdïbus occultasse Çic. , je me souvenais que C. Marins avait caché dans les marais son corps affaibli par l'âge.
452. En français, on abrège cette proposition par l'infinitif en supprimant le sujet exprimé dans la principale >427 : H *aut Ie rétablir en latin :
Je confesse | avoir com-l Con/ïteor | ME eu Iparri
mis la faute. \admisisse ,
Remarques. 1. — Le sujet de la principale, s'il est de la 3e personne, ne peut être représenté dans la proposition infmitive que par le pronom réfléchi, et non par enm, eam. eus. eas 122, i°).
Spêrat | SE brëvi profectùrum esse, il espère partir bientôt.
II. — Dans la traduction du français en latin, il faut faire grande attention à la concordance des temps, quand la proposition française est abrégée par l'infinitif.
Par exemple, quand on espère, la chose espérée est dans l'avenir, et, si le français met le futur dans la proposition pleine (J'espère que je partirai bientôt), il met le présent dans la proposition abrégée : 3' espère partir bientôt. Mais en latin : spëro mê brëvi profectùrum esse.
III. — On trouvera spcrare suivi du présent ou du parfait de l'infinitif ; c'est qu'alors sperare signifie non espérer, mais penser :
Spëro te mlhi ignoscére Cic. . je pense que tu me pardonnes.