FEVRIER
Ce mois est le crescendo de son prédécesseur, c'est le temps du carnaval, des indigestions, ou, pour parler plus poliment, des fausses digestions. Que les consciences timorées se rassurent * alors, le péché de gourmandise, quoique rangé parmi les capitaux de tous, les charge le moins. De toutes les espèces d'intempérances, c'est celle dont l'Église accorde le plus aisément l'absolution : elle en connaît mieux que personne l'entraînante séduction.
La viande de boucherie et la charcuterie sont aussi recherchées que dans le mois de janvier; le gibier, plus rare, ne manque pas encore. Les vagons plient sous le poids des dindes aux truffes, des pâtés de foie gras, des terrines qui, du Nord, du Midi, accourent vers la capitale pour devancer le carême. Nérac, • Strasbourg, Troyes, Lyon, Cahors, Périgueux, rivalisent de zèle et d'activité pour nous combler de délices. Du Périgord à Paris, les truffes embaument de leur succulent parfum le train tout entier. Le carnaval étant la saison d'étiquette des déjeuners, ces trésors les enrichissent à l'envi ; ils se répandent encore à profusion dans les dîners somptueux dont les noces d'avant carême sont le prétexte futile; de là un enchaînement d'indigestions qui ne laissent pas le temps de respirer.
A l'approche des jours gras, la gloire de la volaille est au comble, c'est alors son plus beau triomphe. Depuis le plus pauvre ouvrier, le plus étique rentier, jusqu'au financier opulent, tous veulent atteindre à la plume ; cette concurrence fait monter la volaille à des prix dont elle-même est étonnée.