‹ Grand dictionnaire de cuisineChapitre 255 sur 353 · RADIS · texte numérisé non relu

RADIS

San râpé, un peu de bourrache blanchie et hachée, un peu de lait cuit et de fromage à la crème ; mêlez le tout ensemble avec un peu de muscade et de cannelle, ainsi que deux jaunes d'œufs, et n'omettez pas d'y ajouter du gros poivre.

Les rabioles se font aussi blanchir et cuire dans le même consommé que pour le potage en tortue, et alors on les sert dans leur bouillon avec du fromage parmesan râpé à proximité de ce potage.

RABLE. — On appelle râble la partie qui se trouve entre le train de devant et celui de derrière d'un lièvre ou d'un lapin. C'est cette partie qui est la plus délicate et que l'on sert de préférence rôtie : pour cela, on prend un lièvre ou un lapin dont on retranche les épaules et les cuisses en coupant carrément les reins de ce gibier, qu'on laisse en un seul morceau. On le pique de fins lardons et on l'attache à la broche, mais il faut au moins trois ou quatre trains de lièvre pour garnir suffisamment un plat de rôti ; on le finit avec des tranches ou quartiers de bigarrade pour garniture. N'oubliez pas de faire mariner le ou les râbles de lièvre avant de les coucher en broche. (V. Marinade.)

RACINE. — Cette dénomination de racines est applicable à bien des sujets, mais nous n'avons à nous occuper que de celles dont on se sert à la cuisine pour sauces ou garnitures, c'est-à-dire des racines potagères, dont la partie comestible se trouve cachée sous la terre, telles que carottes, panais, navets, betteraves, pommes de terre et topinambours, et nous renvoyons nos lecteurs à chacun de ces articles où il a été spécialement traité des différentes manières de les apprêter.

RADIS. — Les radis offrent plus de dix variétés différentes, et il est inutile de dire qu'ils ne se mangent que crus. Le radis a la forme du navet, mais il n'a pas son goût sucré, il est au contraire piquant et excite l'appétit; il y en a des blancs, des roses et des rouges et le petit radis gris d'été, dont la saveur est plus relevée que celle des autres espèces.

Le radis est originaire de la Chine, et nous lisons dans les capitulaires de Charlemagne qu'il faisait partie des plantes pota gères que ce monarque recommandait aux régisseurs de ses terres de cultiver.

934 RAGOUTS.

Le radis se mange en hors-d'œuvre, avec du beurre et du sel; il est apéritif, atténuant et antiscorbutique.

RAGOUTS. — C'est par les ragoûts surtout que brillait l'ancienne cuisine française; c'est par les ragoûts au contraire que pèchent toutes les cuisines et surtout la cuisine anglaise.

Jamais aucune autre cuisine que la nôtre n'atteindra à la hauteur de nos sauces piquantes, ni à la finesse de nos blan* quettes et de nos poulettes.

Ainsi, faites le tour du monde, et vous ne trouverez pas un cuisinier, fût-il cordon rouge et cordon bleu, qui vous fasse une omelette comme la mère de famille qui prépare le dîner de son mari et de ses enfants.

Un mot d'abord sur les salpicons.

Les salpicons sont composés de toutes sortes de viandes et de légumes, comme ris de veau, truffes, champignons, fonds d'artichauts, etc.; mais il faut, pour qu'ils soient bons, que les viandes que vous employez et que vous mettez dans une égale proportion soient cuites à part ainsi que les légumes, afin que ces ingrédients se trouvent d'égale cuisson selon leur qualité.

Salpicon ordinaire, — Il se compose de ris de veau, de foies gras ou demi-gras, de jambon, de champignons et de truffes si c'est la saison; coupez cela en petits dés d'égale grosseur; au moment de servir, ayez de l'espagnole bien réduite, la quantité qu'il vous faut pour vos chairs et vos légumes; jetez-les dedans, mettez-les sur le feu ; remuez-les sans les laisser bouillir et servez.

On fait de même ce salpicon avec des quenelles ou du godiveau, des blancs de volailles cuites à la broche, des crêtes de coqs et des fonds d'artichauts; cela dépend de ce que Ton a et de la saison où l'on se trouve.

Ragoût de ris de veau. — Faites dégorger un ou deux ris de veau; quand ils ont rendu tout leur sang, faites-les blanchir, marquez-les dans une casserole avec une ou deux carottes, deux oignons, quelques parures de veau, un bouquet de persil et ciboules ; assaisonnez, mettez vos ris de veau dans la casserole, couvrez-les avec une petite barde de lard, mouillez

RAGOUTS. 925

avec une cuillerée ou deux de bouillon, qu'ils ne trempent pas entièrement, couvrez-les avec un rond de papier beurré, faitesles partir; mettez-les ensuite sur le fourneau avec de la cendre chaude dessus et dessous; veillez à ce qu'ils ne cuisent pas trop; quand ils le seront à leur point, retirez-les de leur assaisonnement; si vous n'avez pas de sauce, passez leur cuisson dans une casserole au travers d'un tamis. Au cas où vous voudriez les mettre au blanc, maniez un pain de beurre dans une pincée de farine et quelques champignons; mettez le tout dans cette cuisson, laissez cuire, dégraissez; joignez quelques fonds d'artichauts si vous voulez, et ayant coupé vos ris de veau en tranches, mettez-les dans cette sauce sans les laisser bouillir; lorsque vous serez pour les servir, faites une liaison de deux jaunes d'oeufs, un peu de persil haché très-fin, un jus de citron si vous n'avez pas de verjus.

Voici la manière de les lier : d'abord cassez deux œufs, ôtezen les jaunes sans les rompre ni laisser ni blanc ni germe; écrasez-les avec une cuiller, délayez -les avec un peu d'eau et du bouillon ; ensuite, quand votre ragoût sera bouillant, retirezle au bord du fourneau, tenez la queue de votre casserole d'une main, et de l'autre versez doucement votre liaison dans votre ragoût en le remuant toujours, posez-le sur le feu, remuez-le encore, ne le laissez jaSiais bouillir, mettez-y sur-le-champ un petit morceau de beurre pour que votre sauce soit moelleuse, finissez-la avec un jus de citron ou un filet de verjus; qu'elle ne soit ni trop longue ni trop courte, et servez.

Ragoût de crêtes et de rognons de coqs en financière. — Quand vos crêtes auront été échaudées et cuites dans un blanc ainsi que les rognons, mettez dans une casserole la quantité convenable de velouté réduit si vous voulez votre ragoût au blanc, et d'espagnole réduite si vous le voulez au roux, en y ajoutant un peu de consommé au cas où votre sauce se trouverait trop liée; faites mijoter vos crêtes un quart d'heure, joignez-y, un peu avant de servir vos rognons, quelques champignons tournés que vous aurez fait cuire, des fonds d'artichauts et des truffes selon votrp volonté ; si votre ragoût est au blanc, liez-le comme il est indiqué à l'article Ragoût de ris de veau, et s'il est au

926 RAGOUTS.

roux, suivez le même procédé que celui énoncé au même article.

Ragoût de laitances de carpes. — Prenez vingt-quatre laitances, détachez-les des boyaux, jetez-les dans Teau fraîche, laissez-les dégorger une demi-heure, changez-les d'eau et mettez-les sur le bord d'un fourneau, laissez-les dégorger jusqu'à ce qu'elles soient blanches ; prenez une autre casserole, faites-y bouillir de l'eau avec un peu de sel, égouttez vos laitances et jetez-les dans cette eau ; obtenez une ébullition, retirez-les du feu, ayez dans une casserole quatre cuillerées à dégraisser d'italienne blanche ou rousse, mettez-y vos laitances, faites-leur jeter encore un bouillon ou deux, dégraissez-les, finissez-les avec un jus de citron, et servez-les comme ragoût de laitances, soit dans une casserole d'argent, soit dans une caisse ou dans un volau-vent.

Ragoût de langues de carpes. — Faites dégorger un cent de langues de carpes, blanchissez-les comme les laitances de carpes; la sauce de ces langues est la même que celle des laitances; elles se.finissent de même.

Ragoût de céleri (Recette du docteur Rocques). — Vous faites cuire du céleri haché comme la chicorée et les épînards, vous l'assaisonnez de poivre, de sel, dô muscade; vous le nourrissez de bon bouillon et vous le servez avec des croûtons dorés; vous pouvez même, si vous êtes un peu friand, placer sur ce lit bien douillet quelques ortolans ou quelques filets de perdreaux rouges. Essayez de ce plat, chers confrères en gourmandise, et vous en serez peut-être satisfaits.

Ragoût de tomates farcies à la Grimod. — Après avoir ôté les pépins de vos tomates, vous les remplissez de chair à saucisses assaisonnée d'ail, de persil, de ciboules et d'estragon, puis vous les faites cuire dans une tourtière , sous un four de campagne.

Aujourd'hui on remplace volontiers la chair à saucisses par une bonne duxelle (V.Duxelle) et mie de pain dessus. (V.)

Vous servez cet entremets dans la tourtière même, et vous l'arrosez de jus de citron.

Des truffes en général. (Les classiques de la tabUy

RAGOUTS.

variétés y recettes d'élite.) — La truffe tient le premier rang parmi les cryptogames : Toronge, ce champignon des rois, Fungus Caesareus, comme l'appelaient nos vieux botanistes, ne vient qu'après elle; au lieu d'être indigeste, comme on l'a répété, elle favorise les fonctions de l'estomac, et doit sa faculté dîgestive à ses molécules légèrement excitantes, pourvu qu'on en use avec modération; elle nourrit, restaure, réchauffe les tempéraments froids; les viandes, les légumes, le poisson et les autres aliments, quels qu'ils soient, deviennent plus légers lorsqu'ils sont assaisonnés aux truffes. Il s'est trouvé pourtant quelques auteurs dont le palais n'a jamais pu apprendre à savourer ces délicieux tubercules, qui leur ont reproché de troubler la digestion, de causer l'insomnie, de disposer à Tapoplexie, aux maladies nerveuses. Nous avons consulté un assez grand nombre d'amateurs de truffes, les uns vieux, les autres jeunes; ils ont tous, d'un commun accord, célébré son action bienfaisante. L'un d'eux, d'un âge moyen, homme très-spirituel et d'un caractère aimable comme les vrais gastronomes, me disait il y a quelques jours :

« Quand je mange des truffes, je deviens plus vif, plus gai, plus dispos; j'éprouve intérieurement, surtout dans mes veines, une chaleur douce, voluptueuse, qui ne tarde pas à se communiquer à ma tête; mes idées sont plus nettes et plus faciles; je fais, si cela me convient et sur-le-champ, des vers pour des poètes riches, je compose des discours pour quelques savants inquiets, pour des députés paresseux, puis je m'endors, ma digestion se fait sans trouble, mon sommeil est calme; mais ce qu'on dit de certaine vertu des truffes est pour moi de l'histoire ancienne. »

Au reste, qui ne connaît la truffe et son incomparable parfum? Est-il une production naturelle plus renommée chez les peuples anciens et modernes? Les Romains l'aimaient avec passion et la demandaient à l'Afrique.

— Libyen, s'écrie Ju vénal, dételle tes bœufs, garde tes moissons, mais envoie-nous tes truffes.

« La truffe règne aujourd'hui en souveraine, non plus dans les petits soupers, mais bien dans les banquets, dans les dîners

9a8 RAGOUTS.

ministériels. Elle remonte le ressort des organes, ranime le sang engourdi, donne du courage, de Tesprit même... Que de résistances vaincues, de doutes éclaircis par un excellent ragoût de truffes ! Qui pourrait résister au pouvoir de cette composition qui charme le goût, enivre l'odorat? Hommage à la truffe du Périgord! — Comme son arôme enchanteur caresse, flatte, réjouit les houppes nerveuses du palais ! Voyez-vous ce magistrat gourmand, savourant avec délices les molécules parfumées des truffes de Sarlat? On dirait qu'il est assis à la table des dieux. — S:îs yeux brillants de plaisir expriment l'ineffable impression du gaster, et ce contentement intérieur, présage certain d'une heureuse digestion !

« Mais, nous dira quelqu'un, les médecins ont condamné l'usage des truffes. — Oui, mais ils ont aussi proscrit le thé, le café. Pour quelques hommes de mauvais goût et d'un esprit chagrin, que de friands, que de gourmets parmi les disciples d'Esculape ! Leurs noms se pressent depuis Barthez jusqu'à Broussais. Ici tout le monde est d'accord, tous les systèmes se modifient, et toutes les sectes, également friandes, se rapprochent. Bienfaisante gastronomie, voilà de tes miracles! Tu persuades, tu inspires, et, lorsque tu le veux, les médecins, assis autour d'une table chargée de mets succulents, deviennent tous éclectiques !

« La truffe embellit tout ce qu'elle touche. — Sans parler des mets les plus fins, auxquels elle prête un nouveau charme, les substances les plus simples, les plus communes, imprégnées de son arôme, peuvent paraître avec succès sur les tables les plus délicates. »

Je suis du temps où les truffes ont été le plus à la mode; les Bourbons de la branche aînée gouvernaient, disait-on, avec des truffes. Il y avait deux reines théâtrales qui reconnaissaient particulièrement l'influence de ces estimables tubercules; c'étaient M"' Georges et M}-^ Mars.

Tous les soirs oh ces dames jouaient, et surtout aux époques de leurs beaux succès, il y avait à souper chez elles pour quelques intimes ; elles rentraient avec les courtisans de la loge et trouvaient chez elles les courtisans de la maison.

RAGOUTS.

Chez Georges, on mangeait toujours les truffes de la même façon.

Chez Mars, c'était l'affaire de son cuisinier, et il avait làdessus carte blanche.

Mais chez Agrippine, la femme de toutes les sensualités, on ne faisait grâce à la truffe d'aucune des sensations qu'elle pouvait donner.

A peine rentrée, on apportait à Georges, dans une cuvette de la plus belle porcelaine, une eau parfumée avec laquelle elle se lavait les mains ; puis des truffes qui avaient déjà subi deux ou trois ablutions et autant de frottements, dans une assiette à part, une petite fourchette de vermeil et un petit couteau à manche de nacre et à lame d'acier.

Agrippine alors, de sa main moulée sur l'antique, 'de ses doigts de marbre aux ongles roses, commençait à éplucher, le plus adroitement du monde, le tubercule noir qui était un ornement pour sa main, puis elle coupait par feuillets minces comme du papier, versait dessus du poivre ordinaire, quelques atomes de poivre de Cayenne, les imprégnait d'huile blanche de Lucques ou d'huile verte d'Aix et passait le saladier à un de ses serviteurs qui retournait la salade préparée par elle.

Le reste du souper se composait, selon la saison, de rôti de gibier, d'une poularde de Bresse ou du Mans» ou d'une dinde fine de Bourges.

Puis venait la salade, dont ce souper n'était que le prologue.

On se ferait difHcilement idée du parfum auquel atteignait la truffe, réduite à ce simple assaisonnement d'huile et de poivre.

On puisait à pleine fourchette dans le saladier, comme on eût fait pour une salade ordinaire.

Chez M"* Mars, le service était beaucoup plus compliqué, mais il manquait à l'assaisonnement de la salade les beaux bras, les belles mains, les ongles roses et surtout l'abandon et le laisser* aller charmant d'Agrîppine.

La plus antique recette de truffés que nous pouvons offrir à nos lecteurs est celle que nous trouvons dans Apicius.

Ragoût de truffes à VQ4picius. — Faites cuire d'abord vos

930 RAGOUTS.

truffes dans Teau, embrochez-les, faites-leur faire cinq ou six tours devant le feu, arrosez-les avec de l'huile, du jus de citroa, du chervis, du poivre et du miel ; lorsque la sauce sera bouillante, liez-la avec du vin et des œufs.

Ragoût de truffes au vin de Champagne, — Lavez plusieurs fois vos truffes dans Teau tiède ; brossez-les et mettez-les dans une casserole foncée de bardes de lard, avec du sel, une. feuille de laurier, une bouteille de vin de Champagne; on couvre hermétiquement la casserole, on fait bouillir une demi-heure, et Ton sert les truffes sur une serviette.

M. le baron Thiry, gastronome distingué, veut qu'on substitue au Champagne du vin de CoUioure, et M. Bignon, autre autorité, préfère le vin de Madère ou le Xérès; comme on ne mange pas qu'une seule fois dans sa vie des truffes à la serviette, on peut essayer successivement de ces trois vins.

Mais lorsqu'on veut conserver aux truffes leur saveur naturelle et sans mélange, on les enveloppe une à une dans du papier beurré et on les fait cuire dans une passoire à la vapeur de l'eau bouillante.

A tous ces apprêts il est permis de préférer la truffe sous la cendre. Enveloppez de papier beurré, et les mangez au beurre d'Isigny. (V.)

Ragoût aux truffes. — Prenez une livre de truffes, suivant vos besoins; si vous les achetez vous-même, prenez-les aussi rondes que possible; serrez-les dans votre main : il faut, en les serrant moyennement, que l'on sente leur résistance, et qu'elles ne soient ni molles ni gluantes; flairez-les pour juger de leur parfum ; si elles avaient un goût de fromage, rejetez-les.

Après vous être assuré de leur qualité, jetez-les dans l'eau fraîche ; celles qui surnagent $ont inférieures à celles qui restent au fond ; ayez une petite brosse, brossez-les pour en extraire absolument la terre et rejetez-les dans un autre vase rempli d'eau claire et non d'eau chaude, vu qu'elles en perdraient leur parfum, rebrossez-les et, avec la pointe du couteau, ôtez-en la terre jusque dans lés Creux et les sinuosités ; s'il s'en trouve qui aient des brochettes, retirez-les : je parle ainsi parce qu'il arrive que les marchands osent en faire de grosses de plusieurs

RAGOUTS.

petites, en les joignant l'une à l'autre à la faveur de ces brochettes. Cela fait, lavez vos truffes encore à une troisième eau et même plus, vu qu'il faut que l'eau reste limpide. On conserve ordinairement les plus belles pour servir sur la serviette ou en croustades ; les autres se coupent par tranches et en dés pour fzire la sauce aux truffes, dont je vais parler.

Ragoût aux truffes et à l'espagnole. — Prenez une poignée de truffes, ou davantage si le cas le requiert; coupez-les en lames ou en dés, comme il est dit à l'article précédent; mettezles dans une casserole sur un feu doux avec un morceau de beurre, faites-les suer, mouillez-les avec un demi-verre de vin blanc, deux cuillerées à dégraisser d'espagnole réduite; faites-les aller sur un feu doux jusqu'à ce qu'elles soient cuites; dégraissez votre sauce et finissez-la avec un petit morceau de beurre ; ayez soin de bien l'incorporer avec vos truffes, soit en les passant, soit en les remuant; surtout n'y mettez point de citron,'"ce qui ôterait le velouté de votre sauce.

Ragoût aux truffes à Vitalienne, — Émincez des truffes comme les précédentes, la quantité que vous jugerez nécessaire; faites-les suer dans du beurre, comme il Q%t énoncé précédemment; mettez un peu d'échalotes et de persil hachés, du sel et du poivre; mouillez avec un demi-verre de vin blanc et deux cuillerées à dégraisser d'espagnole; faites bouillir votre sauce; dégraissez, et finissez-la avec un filet d'excellente huile d'olive. Ragoût aux truffes à la piémontaise. — Émincez vos truffes comme il est dit plus haut et mettez-y, au lieu de beurre, de l'huile ; joignez à cela un peu d'ail écrasé ; posez votre casserole sur une cendre chaude, afin que vos truffes ne fassent que frémir ; au bout d'un quart d'heure, assaisonnez-les de sel fin et d'un peu de gros poivre; forcez-les un peu en jus de citron, et servez.

Ragoût aux truffes à la Périgueux, — Coupez des truffes en petits dés; passez-les dans du beurre; mettez-y deux ou trois cuillerées à dégraisser d'italienne rousse ou d'espagnole avec un peu de vin blanc, et finissez-les avec la moitié d'un pain de beurre de Vembre. Cette sauce se sert sur des perdreaux, des poulardes, des poulets et des dindes truffés.

RAGOUTS.

Poudre friande. — Vous prenez parties égales de mousserons, de morilles, de seps, de champignons de couche et de truffes.

Vous les coupez par fragments, et vous les faites sécher au soleil ou dans un four, vous pilez ensuite le tout dans un mortier, et vous le passez au tamis.

Cette poudre donnera aux aliments un parfum et un goût admirables, si vous la conservez dans un vase de porcelaine, ou dans un flacon de verre hermétiquement fermé; on la mêle avec les champignons frais, avec les salmis de bécasses, de perdrix, de grives, de mauviettes, avec le turbot, la morue, la truite, enfin avec toutes sortes de ragoûts et de légumes.

Ragoût de truffes en pudding. — Épluchez deux livres de moyennes truffes, et les émincez en lames de deux lignes d'épais* seur ; sautez-les dans une casserole avec quatre onces de beurre tiède, une grande cuillerée de glace de volaille dissoute, un demiverre de Madère sec, le sel nécessaire, une pincée de mignonnette et une pointe de muscade râpée.

Vous prenez un bol d'entremets, ayant à peu près quatre pouces de profondeur sur sept de diamètre; vous le beurrez légèrement à l'intérieur, vous le foncez de pâte brisée, et vous y placez des truffes avec leur assaisonnement. Vous humectez ensuite le tour de la pâte, et vous la couvrez d'une abaisse ronde dont vous soudez parfaitement les bords, afin que le parfum des truffes ne s'évapore point à Tébullition ; puis vous enveloppez le bol dans une serviette, vous le liez avec une ficelle, et vous le placez dans une marmite d'eau bouillante. Après une heure et demie d'ébullition, le pudding est cuit. Au moment de servir, vous régouttez, vous en détachez la serviette et vous le disposez sur le plat d'entremets.

Les truffes mises dans du lait hâtent la coagulation et lui communiquent leur parfum. On peut de cette manière obtenir des fromages aux truffes.

Ragoût de champignons à la Cussy. — Prenez des champignons d'une texture ferme, lavez, brossez et pelez des truffes noires, saines et d'une moyenne grosseur, coupez les champi* gnons ainsi que les truffes par tranches épaisses comme des

RAGOUTS. 933

feuilles de carton. Ajoutez-y un peu d'ail haché très-menu, mettez le tout dans une casserole avec un morceau de beurre fin, proportionné à la quantité de vos cornichons, faites sauter à grand feu, et lorsque le beurre sera fondu, exprimez-y le jus de vos deux citrons, ajoutez ensuite sel, gros poivre, muscade râpée, quatre cuillerées à bouche de grande espagnole, et autant de sauce réduite ; faites cuire votre ragoût et, au moment de l'ébullition, ajoutez un verre de vin de Sauterne ou de Xérès, continuez la cuisson pendant vingt minutes et servez.

Ragoût de truffes blanches et noires à la Rossini, — Vous émincez finement des trufits blanches du Piémont, vous mettez ensuite dans votre saladier de l'huile d'Aix, de la moutarde fine, du vinaigre, un jus de citron, du poivre et du sel, vous battez ces ingrédients jusqu'à parfaite combinaison, et vous y mêlez vos truffes.

On peut servir de même nos truffes noires en ajoutant à cet assaisonnement deux jaunes d'œufs et une pointe d'ail, afin de leur donner le goût et le moelleux des truffes blanches du Piémont.

Ragoût de truffes au fromage de parmesan. — Faites mariner vos truffes dans l'huile, coupez-les par lames très-minces et disposez un lit de ces truffes émincées sur un plat d'argent avec de rhuile, du sel, du gros poivre et du fromage de parmesan râpé; après avoir fait ainsi plusieurs couches, mettez le plat sur la cendre chaude et sous le four de campagne ; un quart d'heure suffit pour la cuisson.

Ragoût de mousserons. — C'était le plat favori de ce directeur sybarite à qui nous devons Bonaparte et le 13 vendémiaire. Il occupait deux ou trois individus à lui chercher des mousserons parfumés des Bouches-du-Rhône et de l'Isère.

Voici comment Barras avait l'habitude de se faire servir ce plat de prédilection.

Lavez, égouttez les mousserons, passez-les au beurre ou avec du lard fondu, un bouquet garni, sel et poivre; mouillez avec du jus de veau ou du bouillon réduit à moitié; laissez mitonner à petit feu, dégraissez et liez le ragoût, avec du jus blond, ou à défaut avec du beurre manié de farine.

RAGOUTS.

Ragoût de navets. — Epluchez des navets, et coupez-les proprement; faites-leur faire un bouillon dans l'eau, laissez-les égoutter, faites un roux dans une casserole avec du beurre et une demi-cuillerée de sucre en poudre ; passez-y les navets jusqu'à ce qu*ils aient pris une belle couleur; mouillez avec du jus ou du bouillon, assaisonnez avec sel, gros poivre et un bouquet garni.

Ragoût de morilles. — La morille est une sorte de champignon et s'accommode de même; prenez des morilles proportionnellement au ragoût que vous voulez faire, épluchez-en les queues pour en ôter la terre, fendez les grosses en deux ou trois, lavezles, mettez-les dans un vase avec de Teau tiède pour qu'elles dégorgent et que le sable qu'elles sont sujettes à retenir tombe au fond du vase; retirez-les de cette eau, faites-les blanchir, égouttez-les, mettez-les dans une casserole avec un morceau de beurre ; passez-les, mouillez-les avec de la sauce rousse, si elles sont au roux ; blanche, si elles sont au blanc, comme il est énoncé pour les ragoûts de champignons; et finissez de même.

Ragoût de chicorée au brun. — Ayez douze chicorées, épluchez-les, ôtez-en tout le yert^ lavez ces chicorées dans plusieun eaux, en les tenant par la racine et en les plongeant à plusieurs reprises ; prenez garde qu'il n'y reste des vers de terre, qui souvent y séjournent, égouttez-les, faites les blanchir à grande eau où vous aurez mis une poignée de sel ; elles seront suffisamment blanchies lorsqu'en pressant les feuilles entre vos doigts elles s'écraseront facilement; alors retirez-les avec une écumoire, mettez-les rafraîchir dans un seau d'eau fraîche, égouttez-les, pressez-les entre vos mains, de manière qu'il leur reste le moins d'eau possible ; supprimez-en les racines et les plus gros cotons, hachez cette chicorée, mettez-la dans une casserole avec un morceau de beurre, passez-la sur un feu doux, environ un quart d'heure pour la bien dessécher, mouillez-la avec deux cuillerées d'espagnole et une de consommé ; faites-la cuire une heure au moins, en la remuant continuellement avec une cuiller de bois, de crainte qu'elle ne s'attache et ne brûle; quand elle sera réduite à son point, mettez-y du sel et servez.

RAGOUTS. 935

Ragoût ie chicorée au blanc. — Employez pour ce ragoût le même procédé énoncé ci-dessus, excepté qu'il faut employer en moindre quantité du velouté, au lieu d'espagnole ; ce ragoût de chicorée se finit avec une chopine de crème ou du lait réduit, que vous y versez petit à petit, un peu de muscade râpée et du sel, la quantité convenable.

Q4utre manière. — Pour faire le ragoût de chicorée au blanc n'ayant point de velouté, passez-la dans le beurre ; quand elle est assez desséchée, singez-la légèrement, délayez-la avec du bouillon, mettez-y le sel convenable, faites-la cuire et réduire, finissez-la comme la précédente avec de la crème ou du bon lait, et un peu de muscade râpée, c'est-à-dire une bonne béchamelle.

(V. BÉCHAMELLE.)

Manière de remplacer la chicorée dans la saison où elle manque et lorsque Von n^en a pas conservé. — Prenez le cœur d'un ou de deux choux dont vous aurez ôté le vert, flairez-les; s'ils sentent le musc, prenez-en d'autres, coupez-les par quartiers, ôtez-en les trognons et les plus grosses côtes; émincez-les avec votre couteau le plus fin possible, jetez-les dans l'eau, lavez-les bien, retirez-les dans une passoire; faites-les blanchir comme la chicorée, mais un peu plus de temps ; rafraîchissez-les, pressezles, hachez-les comme la chicorée, et pour leur accommodage c'est le même procédé.

Ragoût d'épinards. — Ayez des épinards ce qu'il vous en faut, ôtez-en les queues, et ceux qui ne sont pas bien verts ou qui sont tachés, lavez-les plusieurs fois à grande eau, faites-les blanchir au grand bouillant, dans beaucoup d'eau où vous aurez mis une poignée de sel ; ayez soin de les remuer et de les écumer ; prenez garde que l'eau ne s'en aille par-dessus les bords du chaudron, ce qui ferait voler de la cendre dans vos épinards, leur donnerait un mauvais goût et les ferait croquer. Pour juger s'ils sont assez blanchis, pressez-en entre deux doigts; s'ils s'écrasent facilement, ils le sont assez ; dès lors retirez-les du feu, jetez-les dans une passoire, ensuite dans une assez grande quantité d'eau fraîche pour les rafraîchir sur-le-champ ; laissez -les rafraîchir deux heures, jetez-les,de nouveau dans une passoire ; après mettez-les en pelote, sans pour cela les trop presser; hachez-en ce dont vous

936 RAGOUTS.

aurez besoin, mettez-les dans une casserole avec un morceau de beurre suffisant pour les nourrir; passez-les sur un feu vif, remuez-les avec une cuiller de bois ; quand ils seront assez desséchés et d'un beau vert, mouillez-les avec de l'espagnole ; s'ils sont pour entrée, faites-les réduire à consistance d'une forte bouillie, mettez-y un peu de muscade râpée; et, pour les finir, un pain de beurre; remuez-les bien, puis servez.

Ragoût de haricots à la bretonne, — Prenez des haricots de Soissons, secs ouverts, il n'importe; épluchez et lavez -en un litre, mettez-les dans une marmite, à l'eau froide, avec un morceau de beurre sans sel, et durant leur cuisson versez-y à plusieurs reprises un peu d'eau fraîche, ce qui les empêchera de bouillir et les rendra plus moelleux; quand ils seront cuits, égouttez-les, mettez-les dans une casserole avec un morceau de beurre, une cuillerée ou deux de purée d'oignons au brun (comme elle est énoncée à son article) et d'espagnole, assaisonnez-les d'un peu de gros poivre et de sel; sautez-les souvent et finissez-les avec un pain de beurre.

Ragoût de haricots au jus. — Mettez dans une casserole vos haricots cuits, comme il est dit ci-dessus, avec un morceau de beurre, deux cuillerées d'espagnole, une cuillerée de jus de bœuf, du sel, du gros poivre, et finissez-les aussi avec un pain de beurre.

Ragoût aux concombres. — Coupez l'extrémité de trois

concombres. Evitez d'en prendre d'amers, ôtez-leur la pelure, coupez-les en quatre et supprimez-en les pépins, coupez ces concombres en écailles d'huîtres, parez-les, arrondissez-les, tâchez que les morceaux soient égaux, faites-les blanchir dans de Teau avec un peu de sel, assurez-vous s'ils sont cuits, nttettez dans une casserole trois ou quatre cuillerées à dégraisser de velouté; ajoutez-y vos concombres ; faites-les cuire et réduire, dégraissez-les ; goûtez s'ils sont d'un bon sel ; finissez de les lier avec un morceau de beurre; mettez-y un peu de muscade râpée et servez.

Ragoût de concombres au brun. — Préparez vos concombres comme ci-dessus, mettez dans une casserole quatre cuillerées à dégraisser pleines d'espagnole réduite, grasse ou maigre ; ajoutery vos concombres; dégraissez et faites réduire; mettez-y gros

Page 1