‹ Grand dictionnaire de cuisineChapitre 313 sur 353 · VINS. III · texte numérisé non relu

VINS. III

qu'Égnatius Metellus ayant usé de cette permission, fut absous par le fondateur de Rome. Fabius Pictor raconte que les parents d'une Romaine, l'ayant surprise tandis qu'elle tâchait de forcer la serrure d'un coffre qui contenait du vin, l'enfermèrent et la firent périr d'inanition. Les Romains étaient si scrupuleux sur la conduite des femmes à cet égard, qu'ils avaient introduit l'usage, d'après le conseil de Caton, d'embrasser les femmes quand elles entraient dans une maison, afin de juger par leur haleine si elles n'étaient pas en faute. Ils se relâchèrent peu à peu de cette rigoureuse exactitude, et, les lois cédant enfin au luxe et à la débauche, les femmes imitèrent les hommes et prirent en toute occasion les mêmes licences.

Le vin est, dit-on, le lait des vieillards et ce qui les soutient. Drexelius, jésuite allemand, n'est pas du tout de cet avis. Il prétend que plus le vin a de force, moins il convient à un estomac affaibli par l'âge ou la maladie. Entre l'estomac et la nourriture, dit-il, il doit y avoir une telle proportion que la chaleur de l'un n'excède pas celle de l'autre. Bon vin et mauvais estomac ne peuvent s'allier l'un à l'autre. Cependant, croire qu'un bonvin vieux a la vertu de réparer les forces d'un estomac délabré est une opinion si ancienne, si générale et si profondément enracinée dans les esprits, qu'il est moralement impossible de faire régner à sa place l'axiome : Vinum potens, vinum nocens.

Boire à ses repas d'un vin plus exquis que celui qu'on fait boire aux autres ne saurait être une exception permise à la grandeur. C'est un privilège que l'impudence et l'avarice peuvent seules usurper. Le vin de Falerne était cher; Pline en buvait et Pline admettait quelquefois à sa table nombre de gens nouvellement affranchis.. Quelqu'un qui croyait avec raison que tous ceux qui sont à une même table doivent boire d'un même vin, lui dit que ces jours-là son vin de Falerne devait s'en aller bien vite. — <( Pardonnez-moi, lui dit Pline, quand mes affranchis mangent avec moi, ils ne boivent pas de mon vin, je bois du leur. »

Le premier vin qu'on ait vanté en France est le vin de Suresnes. Henri IV en envoyait en présent, et on a conservé de lui une lettre qui en fait foi.

L'auteur de la Bibliographie agronomique^ M. Musset-

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Pathay, a fait connaître sur le vin de Suresnesune anecdote dont l'exactitude nous a été attestée par Tun des annuaires statistiques de Loir-et-Cher, à portée par conséquent d'en être bien instruit.

« Il y a, dit l'auteur de la Bibliographie^ une opinion assez commune sur laquelle il est bon de donner quelques éclaircissements. Elle est relative à la réputation du vin de Suresnes, village situé sur le bord de la Seine, à deux lieues de Paris. On croit communément que le vin produit par les vignes plantées près de ce village a jadis été d'une bonne qualité et que même il a paru sur la table de nos rois. Voici ce qui a donné lieu à cette opinion. Il y a aux environs de Vendôme, dans l'ancien patrimoine de Henri IV, une espèce de raisin que dans le pays on appelle Sur en. Il produit un vin blanc très-agréable à boire, que les gourmets conservent avec soin, parce qu'il devient meilleur en vieillissant. Henri IV faisait venir de ce vin à la cour; il le trouvait très-bon. C'en fut assez pour qu'il parût délicieux aux courtisans ; et l'on but pendant le règne de ce monarque du vin de Sur en, II y a encore dans le vendômois un clos de vigne qu'on appelle Clos de Henri IV.

« Louis XIII n'ayant pas pour le suren la même prédilection que le roi son père, ce vin passa de mode et perdit sa renonmiée. Dans la suite on crut que c'était le village de Suresnes qui avait produit le vin qu'on buvait à la cour. La ressemblance des noms avait causé cette erreur. »

Pierre d'Andelys , dans son poème de la Bataille des Vins^ nomme Deuil, Montmorency, Marly, Argenteuil, mais il ne dit rien de Suresnes, qui pourtant est dans le voisinage; cela peut prouver qu'au xiii* siècle Suresnes avait encore moins de mérite et de réputation qu'aujourd'hui. On ne doit donc plus s'étonner qu'un propriétaire d'excellents vignobles en Bourgogne ait transporté, sans aucun succès, des plants de Suresnes sur les coteaux de l'Yonne.

Autrefois le vin de Mantes, à douze lieues de Paris, était fort renommé. L'empereur Julien l'Apostat en fait l'éloge. Ce qui le faisait surtout rechercher, c'est qu'il ne se gâtait jamais en quelque pays lointain qu'on le transportât. Le cordelier Rubriquis, qui fut envoyé par saint Louis au Grand Kan

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Kan des Tartares, présenta à ce monarque un grand flacon de ce bon vin de Mantes, qui fut trouvé si délicieux, qu'il disposa le roi tartare à embrasser la religion du pays qui le produisait. Le missionnaire nous fait entendre que, si le vin de Mantes ne lui avait pas manqué, le fils de Gengiskan se fût déclaré chrétien.

Le vin a toujours été très-considéré et, depuis Charlemagne, on ne faisait aucun marché qu'il n'y eût une gratification extraordinaire que Ton nommait pot-de-vin. Ce qu'on offrait à l'église pour les baptêmes et les mariages s'appelait vin du curé ; les présents qu'on faisait à sa future avant le mariage, le vin de noce^ ce que les plaideurs donnaient aux clercs de leurs rapporteurs, le vin des clercs; et le droit qu'on payait aux ofiîciers municipaux quand on était. reçu bourgeois, le vin de bourgeoisie : ce vin se donnait en nature. Lorsqu'on ne donna plus de vin, on n'en conserva pas moins Tusage de ce que Ton appelait donner un pot-de-vin à la suite d'un marché, mais ce fut en espèces.

Une charte du fameux abbé Suger, régent du royaume sous le règne de Louis le Jeune, donne dix sols de rente et un muid de vin à la collégiale de Saint-Paul. C'est, y est-il dit, pour que les chanoines servent Dieu et saint Paul avec plus de gaieté et de dévotion : Ut jucundius et devotius Deo sanctoque Paulo inserviant.

Un proverbe peu connu et qui cependant mérite de l'être, c'est celui-ci : A bon vin, bon latin. Le premier président du parlement de Paris, M. de Lamoignon, était en peine d'avoir un bibliothécaire. Il s'adressa pour cela à M. Hermant, recteur de l'Université, qui lui indiqua M. Baillet, son compatriote. Le président voulut d'abord le connaître et le fit inviter à dîner. Baillet s'y rend; mais, s'apercevant qu'il est entouré de pédants qui veulent faire les savants avec lui, il ne répond que par monosyllabes aux diverses questions qu'on lui fait. On lui demande en latin comment il trouve le vin ; il était mauvais, il répond : Bonus. Aussitôt de rire et d'en conclure, comme on l'avait déjà pressenti, que le candidat n'est qu'un sot. Au dessert on sert du vin d'une meilleure qualité et, pour se donner de nouveau le plaisir de rire.

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