DOSAGE DU SUCRE INGRISTALLISABLE
Ce dosage, dû à M. Barreswil, est fondé sur la propriété suivante que possède le sucre incristallisable et dont ne jouit pas le sucre cristallisable.
Si on fait bouillir du sucre incristallisable avec une dissolution de tartrate de protoxyde de cuivre dans de la potasse, dissolution qui a une très-belle couleur bleue, le sucre incristallisable s*empare (pour se transformer en différents acides) d*une partie de l'oxygène du protoxyde et il se précipite du sous-oxyde rouge de cuivre, tandis que la couleur bleue de la dissolution disparaît peu à peu. Lorsque tout le tartrate de cuivre est décomposé, le liquide n'est plus coloré, et il reste au fond du vase un précipité d'un beau rouge.
Le même poids de sucre incristallisable décompose toujours le même poids de tartrate de cuivre.
— Il faut pour le dosage qui nous occupe avoir une dissolution cisivrique titrée.
Préparation de la liqueur cuivrique.
On se trouvera bien de préparer à la fois une assez grande quantité de liqueur cuivrique^ car l'usage
prouve qxi'elle précipite d'autant mieux qu'elle est faite depuis plus longtemps.
Pour avoir 1 litre de liqueur on fait dissoudre à chaud 34 gr. à 35 gr. de sulfate de cuivre pur dans 200 à 300 cmc. d*eau distillée ; d'autre part, environ 130 gr. de soude caustique et 160 gr. de crème de tartre pulvérisée et pure dans 500 à 600 cmc. d'eau, on verse peu à peu dans cette deuxième dissolution le sulfate de cuivre, et on fait bouillir quelque temps le mélange en s'assurant que tout est bien dissous. On laisse refroidir et on complète le litre avec de l'eau distillée. Au bout de 4 à 5 jours on filtre la liqueur pour la séparer du dépôt qui s'y forme toujours , et on la conserve dans une bouteille bleue, ou simplement dans un litre en verre vert, bien bouché et à l'abri de la lumière.
Si on prépare à la fois cinq ou six litres de liquetir, on doit, de temps en teùips, la filtrer et s'assurer que son titre n'a pas changé.
Titrage de la liqueur cuivrique.
Titrer la liqueur, c'est déterminer quel poids de sucre incristallisable il faudra pour en décolorer un volume donné, par exemple 20 cmc.
Pour ce titrage, on commence par préparer une dissolution de sucre incristallisable, telle que 1 cmc.
— iode la liqueur contienne 1 cgr. de sucre incristalli. sable.
On pèse dans un verre taré 4 gr. 75 de sucre raflSné aussi pur et aussi sec que possible. Ces 4 gr. 75 de sucre cristallisable formeront en s'hydratant sous Tinflaence d'un acide 5 gp. de sucre incristallisable.
On dissout ce sucre dans de Teau distillée et on verse la solution dans une fiole à médecine, on lave soigneusement le verre, comme dans le cas- des sucres bruts, et on verse les eaux de lavage dans la fiole. On ajoute alors 1 à SI gr. ou 1 à 2 cmc d*acide chlorydrique pur ; on agite pour mélanger, et on chauffe pendant 8 à 10 minutes de 68 à 80». Il ne faut pas que le liquide prenne une teinte foncée qui serait due ^ du sucre incristallisable altéré par un excès d*acide.
On laisse refroidir le liquide et on le verse dans un flacon jaugé de 500 cmc, on complète le demi-litre avec de Teau distillée avec laquelle on lave la iSole qui a servi à opérer Tinversion.'
On a de cette manière :
500 cmc. contenant 5 gr. de sucre incristallisable. 1 cmc. — 1 cg. — —
On conserve cette liqueur dans un flacon bouché à Témeri, et on peut s*en servir pendant un temps plus ou moins long, jusqu'à ce qu'elle prenne une légère teinte verte, et qu'il se forme dans son sein des dépôts floconneux.
— Pour titrer la liqueur cuivrique on en prend,
— 47 — • avec une pipette (1) jaugée, 20 cmc. qu*on verse dans
un petit ballon d'environ 100 cmc, en verre bien blanc, à fond très-légérement aplati et pouvant aller au feu.
D'un autre côté, on remplily avec la liqueur sucrée
(1) Une pipette est un tube en verre- renflé vers une de ses extrémités, et portant un trait de jauge auquel doit arriver le niveau du liquide. ^
Pour la remplir,- on plonge la partie inférieure dans le liquide,* et on aspire par l'extrémité supérieure, puis en bouchant presque complètement celte extrémité avec Pindex, oiî laisse couler le liquide jusqu'au trait.
On doit toujours viJer la pipette de la même manière et suivant la méthode pour laquelle elle a été jaugée.
Le plus souvent on laisse l'écoulement se faire de luimême^ puis on appuie^la pointe de la pipette contre la paroi du vase pour faire tomber les dernières gouttes.
une burette graduée en centimètres cubes et dixièmes de centimètres cubes.
On se sert avec avantage d'une burette de Gay- Lussac, d'environ 30 cmc, dont le tube large, qu'on peut fermer avec l'index, est incliné de manière à former à peu près le prolongement de la partie recourbée du petit tube.
On a soin d'enduire d'une très légère couche de suif l'extrémité du petit tube par lequel se fait l'écoulement. Cette recommandation, bonne à suivre toutes les fois qu'on a à verser un liquide d'nn vase dans r.n autre, a pour but d'empêcher que le liquide ne coule le long des parois extérieures du vase.
On remplit donc avec la liqueur sucrée la burette jusqu'à ce que l'extrémité inférieure du ménisque corresponde avec la division 0.
On prend alors le ballon par le col^avec une pince en bois, et en le tenant au-dessus d'une lampe à gaz ou à alcool on fait légèrement bouillir la liqueur cuivrique. Pendant que Ton tient ainsi le ballon de la main gauche, on prend la burette avec la main droite et on verse peu à peu dans le ballon la liqueur sucrée, en faisant bouillir à chaque fois. Sous l'action décomposante du sucre incristallisable, il se forme d'abord un précipité qui paraît rouge violacé et qui, à chaque addition de la liqueur sucrée, prend de plus en plus nettement la couleur rouge vif de Toxydule de cuivre ; en même temps la couleur bleue de la liqueur cuivrique devient ^ moins en moins foncée. Quand on ne voit plus, après le dépôt de Toxydule de cuivre, qu'une légère teinte bleue, on ajoute, goutte à goutte, la liqueur sucrée, et on regarde si la goutte ne forme pas sur le liquide éclairci par le repos un léger nuage jaunâtre. Lorsque ce nuage ne se forme plus, que la couleur bleue du liquide est complètement disparue, on peut être sûr que tout le cuivre a été précipité de sa dissolution, et on lit alors sur la burette, en se servant toujours de la partie inférieure du ménisque, le nombre de divisions qui a été nécessaire pour la décoloration.
Admettons qu'il ait fallu exactement 40 cmc. [1], on
(1) Gela supposerait que la liqueur contient par litre 34,6i de sulfate de cuivre chimiquement pur.
en conclut que 20 emc. de la liqwur euivru[ue sont décolorés par 10 cgr, de sucre incristallisable.
Remarques. ^- Dans cette détermination il faut prendre les précautions suivantes :
i . Opérer dans un lieu bien éclairé.
2. Après rébuUition, laisser le précipité se déposer complètement et regarder le liquide suivant sa plus grande épaisseur en plaçant le ballon devant une feuille de papier blanc.
3. Regarder le liquide avant qu'il soit refroidi, car I par le refroidissement il reprend une légère teinte ' bleue.
I. Une fois que le liquide est bien^écoloré et qu'on a noté le nombre de centimètres cubes versés, voir si en ajoutant encore une ou deux gouttes de la solution sucrée on obtient une couleur brune due à Taction de Talcali de la liqueur sur le sucre incristallisable.
5. Ne se servir que de ballons en verre bien blanc ; avec du verre v^rt il n'y a pas moyen d'apprécier la décoloration.
6. Pendant Tébullition, incliner le ballon de manière à n'être pas atteint par les projections qui peuvent se produire. Ces projections sont, au reste, peu à craindre si on se sert d'un ballon à col étroit.
7. Enfin, pour être bien certain de l'exactitude de son titrage, il faut faire deux ou trois déterminations : la première guide pour les suivantes qui se font d'une manière plus rapide et plus exacte.
Détermination du sucre incrislallisable de la mélasse.
Voici maintenant comment on se sert de la liqueur cuivrique pour doser le sucré incristallisable d'une mélasse.
On remplit la burette avec la dissolution décolorée de la mélasse qu'on a obtenue comme mous Tavons dit dans la détermination du sucre cristallisable. On a soin, avant de la remplir, de laver la burette avec quelques centimètres cubes de cette même dissolution.
On prend avec la pipette 20 cmc. delà liqueur cuivrique qu'on verse dans le ballon en verre blanc, et on opère comme dans le titrage de la liqueur jusqu'à la disparition de la teinte bleue.
Arrivé à ce point, on lit le nombre de centimètres cubes versés ; admettons qu'il ait fallu pour la décoloration 1 5 cmc.
Nous savons que 20 cmc. de la liqueur cuivrique sont décolorés par Og%40 de sucre incrislallisable; Nous en concluons que les \ 5 cmc. de la dissolution de la mélasse contiennent 0?r, 10 de sucre incrislallisable.
1 cmc. en contient ^-r-^ — Nous savons aussi que 4 cmc. de cette dissolution
contient 0ir%i635 de mélasse, puisque nous en avons dissout 3 X 46g',35 dans 300 cmc, donc 08rr,1635 de
mélasse contiennent —z — de sucre incristallisable.
1 00 gr. de mélasse en renferment -
45X0,1635 Cette fraction peut s'écrire ainsi :
On calcule, une fois pour toutes, le rapport
et on a ainsi un nombre que nous appellerons le titre de la liqueur pour 20 cmc.
// suffit alors^ pour avoir la richesse d'une mélasse ^ en sucre incristallisable^ de diviser le titre de la liqueur employée par le nombre de centimètres cubes nécessaire à îa décoloration.
Remarques. — 1 . Dans la détermination du sucre incristallisable les précautions à prendre sont les mêmes que celles indiquées pour le titrage de la liqueur.
Comme on n'arrive jamais à décolorer complète^ ment avec le noir fin la dissolution de la mélasse, il est plus difficile d'apprécier exactement le moment où disparaît la teinte bleue de la liqueur cuivrique, aussi on doit s'arrêter lorsqu'on a un liquide ayant la môme teinte ou une nuance un peu plus foncée que la dissolution de la mélasse. On a soin de se guider sur le
nuage jaunâtre qui doit apparaître à la surface du liquide lorsqu'il y a encore du cuivre dissous, au moment où on verse une goutte de la liqueur sucrée.
2. Lorsqu'on est arrivé à la décoloration, on lit le nombre de centimètres cubes versés, puis, comme vérification, on verse encore dans le ballon quelques gouttes de la liqueur, et on voit si on obtient la teinte brune due à l'action de l'alcali sur le sucre incristal lisable. /
3. Quelquefois il reste dans la dissolution de la mélasse un excès de sous-acétate de plomb, et le plomb, en se précipitant dans la liqueur alcaline, masque les réactions du sucre interverti sur le sel de cuivre; dans ce cas, au moyen du flacon de 50-55 omc. ou de deux pipettes dont l'une a dix fois le volume de Tautre, on étend le liquide sucré de 1/10® de son volume, avec une dissolution Je sulfate de soude; tout le plomb se précipite; on filtre et on à alors une nouvelle liqueur avec laquelle on opère comme il a été indiqué ; seulement on a soin d'augmenter de i/i 0® le résultat trouvé.
4. Avec la liqueur cuivrique on peut employer un autre procédé de dosage. Dans un volume connu de liqueur cuivrique contenant un poids connu de sulfate de cuivre, on verse un volume déterminé de la liqueur sucrée, volume qu'on prend trop faible pour précipiter tout le cuivre.
On fait bouillir et on fillre pour séparer le cuivre précipité.
Dans la Uqaear filtrée. on dose le sulfate de eu ÎFre restant par une quelconque des méihodes de dosage du cui?re. On peut alors calculer par. différence le poids de sulfate de cuivre décomposé par le yolome de liqueur sucrée ; et par suite le sucre incristallisable contenu dans la liqueur en sachant que W- de sacre incristallisable décompose 6c-,928 de sulfate de enivre. Les méthodes de dosage du cuivre se trouvent dans tous les traités d analyse, et leur description sortirait du cadre de ce manuel.
Détermination du sucre ineristtUlisable dans les sucres
bruts.
Dans les sucres bruts exotiques ou indigènes, on dose le sucre iocristallisable en se servant de la dissolution des 16,35 dans 400 cmc, et en opérant avec la liqueur cuivrique comme il a été dit pour les mélasses.
Comme les sucres bruts contiennent ordinairement très peu de sucre incristallisable, on ne prend que 40, 5 ou même 2 cmc. de la liqueur cuivrique (1), et alors c'est la moitié, le quart ou le dixième du nombre trouvé pour titre avec 20 cmc, qu'on divise par le nombre de centimètres cubes de la solution sucrée qu'il a fallu verser pour obtenir ia décoloration.
(1) Dans ce cas on pourra se servir au lieu de ballons, de tubes en verre de 20 à 25 mm. de diamètre sur 200 4 300 mm. de longueur.
Dans ce dosage, une fois qu'on a versé le liquide sucré, il faut avoir soin de faire bouillir la liqueur le moins longtemps possible, afin d*être bien sûr que par rébullilion on n'a pas converti' du sucre cristallisable en sucre incristallisable.
Remarque. — Lorsque les sucres indigènes ou exotiques ont fermenté pendant l'emmagasinage ou le transport, et qu'ils contiennent une forte proportion de sucre incristallisable, il faut faire l'inversion pour avoir leur richesse exacte en sucre crîstallisable, car dans ce cas le sucre incristallisable n'a pas été altéré par l'ébuUition et il agit fortement sur la lumière polarisée.
On fera bien, quand on le pourra, pour les sucres indigènes fermentes, dans lesquels la fermentation se produit par point, et pour les sucres exotiques qui ont quelquefois une composition très peu homogène, de faire l'analyse sur 163?', 5 qu'on dissoudra dans 1 litre d'eau ; il n'y aura rien de changé pour le reste de l'opération.
DOSAGE DE l'EâU ET DES GENDRES DES MÉLASSES.
Ces dosages pour les mélasses se font de la môme manière que pour les sucres.
On pèse de 2 à 5 gr. de mélasse, suivant la grandeur de la capsule, et on laisse sécher k l'étuve de liO® à 115<>, jusqu'à ce que deux pesées successives à
un quart d'heure d'intervalle donnent le môme résul* tat.* Le temps nécessaire pour la dessicalion est très long : il faut au moins 12 heures. Pour Tabréger un peu, on mélange la mélasse avec du verre pilé ou du quartz dont on met dans la capsule un poids connn, environ une à deux fois le poids de la mélasse.
— Pour avoir des cendres sulfatées bien blanches, il faut opérer la calcination à une température peu élevée; mietlre la capsule sur le devant de la moufle pour que le charbon se trouve en contact avec de l'air sans cesse renouvelé, et attendre que toutes les parties incandescentes soient disparues sans remuer les cendres avec le fil de platine. Lorsqu'on ne voit plus dans la capsule aucun point brillant, on humecte les cendres avec quelques gouttes d'acide sulfurique pour convertir en sulfates les sulfures qui ont pu se former, et ou chauffe de nouveau, quelques instants, la capsule au rouge vif.
Dans le travail d'une sucrerie ou d'une rafl5neriô, si on veut passer des cendres sulfatées aux cendres ordinaires, on fera bien de ne pas se servir, sans vérification, du coefficient 0,9. On prendra plusieurs échantillons de mélasse, on en calcinera une partie sans ajouter d'acide, une autre en sulfatant la mélasse, on calculera les rapports des cendres sulfatées aux cendres ordinaires, et la moyenne de ces rapports donnera un coefficient dont on pourra continuer à se servir.