DOSAGS: DES» MATIÈRES COLORANTES
On dose les matières colorantes contenues dans le sucre brut et les liquides sucrés en admettant qu'elles ne sont autres que du caramel ou tout au moins qu'elles ont à peu près le même pouvoir colorant; on les détermine, en effet, en comparant leur dissolution aree une dissolution titrée de caramel pur.
La préparation du caramel pur est assez délicate et assez longue, car le caramel doit être exempt de sucre et de charbon : on prend 200 gr. de sucre raflSné qu'on chauffe pendant une heure et demie à une température d'environ 21 ô©. Il ne faut pas dépasser cette température et surtout ne pas laisser la flamme lécher la capsule. Pour vérifier la pureté du caramel ainsi obtenu, on en dissout quel^iues grammes dans de l'eau ; on décolore avec du sous-acétate de plomb et un peu de noir fin en prenant les précautions indiquées ; on fait chauffer quelque temps la dissolution avec de l'acide chlorhydrique; et on voit avec la liqueur cuivrique s'il y a du sucre interverti ; si on trouve ainsi des traces de sucre, on chauffe de nou-
veau le caramel à 21 5» et on recommence le môme essai.
On arrive de la sorte à avoir da caramel qui ne contient, comme impuretés, que quelques parties charbonnées en proportion insignifiante.
— On en dissout 2 gr. dans \ litre d'eau distillée, et on a ainsi une liqueur contenant 0?%2 de caramel par 1 00 cmc. — Il ne faut pas se préoccuper outre mesure de la pureté du caramel, car on a plutôt à comparer la coloration de deux liquides v qu'à déterminer exactement ce que ces liquides contiennent de matières colorantes.
— D'un autre côté, on dissout dans 100 cmc. d'eau un poids déterminé de sucre brut ou de sirop. Ce poids varie évidemment suivant la coloration du sucre et du sirop. Il reste alors à comparer cette dissolution à la liqueur titrée au moyen du colorimètre.
M. Payen a construit un premier colorimètre dont l'emploi est assez difficile; M. J. Duboscq en a construit un second qui permet de voir à la fois les deux liquides et d'obtenir des résultats très exacts.
On place les deux liquides dans des éprouvettes cylindriques CC, en verre, fixées à côté l'une de l'autre, devant la tablette verticale du colorimètre.
Daos ces deax éproaveltes, deux tubes d'an diamètre pins petit TT', fermés à la partie infërienre par nn disque en verre, penrent monter et descendre au moyen de denx pignons mobiles engrenant dans deux crémaillères taillées dans la planchette verticale. A chaque pignon- est flxé un rernier qui se meut
sar une règle divisée et qui mesure la distance entre le fond de Téprouyette et le disque inférieur du tube mobile. Au moyen d'un appareil d'optique A, formant la partie supérieure du colorimètre, on peut voir à la fois les deux colonnes de liquide qui sont comprises entre le fond de l'éprouvette et le disque mobile, et qui sont éclairées convenablement au moyen du miroir M placé à la partie, inférieure et mobile autour d'un axe horizontal.
Ces deux colonnes sont vues ^ur deux demi- disques avec une couleur jaune plus ou moins foncée, suivant la Jiauteur des colonnes, si les liquides renferment la jaéme proportion de caramel; suivant la richesse des liquides en caramel, si les deu:s: colonnes ont la même hauteur. Dans ce dernier cas, en faisant varier les hauteurs on arrive à avoir la même nuance sur les deux demi-disques.
Je suppose que la dissolution titrée soit dans le godet de droite^ et qu'on amène le disque inférieur du lube mobile à 210 mm. du fond du godet. On a ainsi une colonne de SO mm. qui donne au demi-disque de gauche une coloration jaune-pâle. J'admets que, pour que le demi-disque de droite ait la même coloration, il faille donner une hauteur de 40 mm. à la colonne du liquide placé dans le godet de gauche, cela apprendra que la dissolution à essayer contient une proportion de caramel moitié de celle contenue dans le liqui de titré. En effet, pour une même teinte des deux demidisques, hs proportions de caramel contenues dans ks
deux liquides sùnt en* raison inverse des hauteurs qu^on a dû donner aux colonves de ces liquides, 100 ce. de la dissolution essayée contiennent donc,
dans le cas dont nous venons de parler,— ^^ — de caramel. — Si on a dissous, par exemple, <0 gr. de sirop dans les 400 ce, on saura que iO gr. de sirop contiennent 1 d.cg. de caramel.
— Si on n'a pas de colorimëtre à sa disposition, on peut opérer comme Ta indiqué M. Monnier.
Dans une série de tubes de même capacité (20 ce par exemple], on dissout des poids de caramel allant en progression arithmétique : ainsi le premier tube recevra une partie de caramel ; le second, deux parties ; le troisième, trois parties, ainsi de sviite ; puis on achèvera de remplir les 20 ce avec de Teau distillée.
Sept à huit tubes suffisent pour ces expériences. Si Ton veut maintenant faire Tessai colorimétrique d'un produit sucré quelconque, on en dissout 2 p'r. dans de l'eau distillée, on verse la dissolution dans un tube semblable aux premiers, et on achève de le remplir jusqu'au trait de jauge. On cherche ensuite, parmi les teintes plus ou moins brunes du colorimètre, celle qui s'approche le plus de la solution à essayer, et on obtient immédiatement, à 1/10 près, le caramel du produit soumis à l'essai.
Afin que Ton voie les plus petites différences de teintes, les tubes seront placés devant une feuille de papier blanc
— Note. — Le colorimètre'sert surtout à essayer le pouvoir décolorant des noirs. Avec un même volume d*une dissolution de caramel on épuise lenr pouvoir décolorant, et ce pouvoir est proportionnel à la quantité du caramel enlevé.
Supposons que nous ayons à comparer 2 noirs fins, on pèse 5 gr. de chacun d'eux, et on délaie ces 5 gr. dans 100 ce. de la dissolution titrée de caramel. Au bout de une heure à une heure et demie, le pouvoir décolorant est épuisé ; on filtre et on compare les deux liquides à la solution titrée.
Adnieitons que pour Tégalité de teinle, la hauteur de la colonne de la solution titrée étant 4 , celles des deux autres liquides soient 4, 5 et S.
Cela nous indique que le premier noir a enlevé un tiers du caramel, le^seoond la moitié, le pouvoir décolorant du premier sera au pouvoir décolorant du second comme 4/3 est à 4/2, ou comme S est à 3.