‹ Histoire de l'alimentationChapitre 10 sur 96 · PROGRÈS GÉNÉRAUX DU RÉGIME ALIMENTAIRE · texte numérisé non relu

PROGRÈS GÉNÉRAUX DU RÉGIME ALIMENTAIRE

prétend même que les Pietés faisaient preuve à cet égard de singuliers raffinements (1). Au xi® siècle, Adam de Brème, prêchant le christianisme aux Danois, les i-eprésente comme vivant du produit de leur chasse et de chair humaine (:2). Quoiqu’on distingue plusieurs sortes de cannibalisme et qu’on les impute à diverses causes, le manque d’aliments était si bien la principale que l’anthropophagie a disparu chez les peuples devenus pasteurs ou agriculteurs, et, chez les sauvages Polynésiens, il a suffi d’introduire le porc pour abolir l’odieuse coutume (3).

La réduction à l’état domestique et l’élevage facultatif d’espèces choisies parmi les plus avantageuses réalisèrent un progrès notable dans la production des aliments. Le pasteur eut alors, toujours disponibles sous sa main, les proies que le chasseur devait jusque-là poursuivre, avec des incertitudes, des fatigues et des périls sans nombre. En outre, il put étendre par ses soins ce fonds d’approvisionnement, alors que le sauvage épuisait le sien en l’exploitant. Les peuples parvenus à l’état barbare jouirent donc d’une richesse moins bornée et moins précaire que celle du cycle déprédateur.

Quand fut inaugurée la phase agricole de la civilisation, la propagation des plantes alimentaires et surtout des céréales vint démesurément étendre le fonds de la subsistance humaine, en joignant aux ressources toujours restreintes du règne animal les ressources illimitées du règne végétal. Du moment où leur production ne dépendit plus que des surfaces mises en labour et de la perfection des

(1) « Pastonmi nates et feminarum papillas solere abscindere et bas sülas ciborum delicia arbitrari. » (Id., ibid., t. II, p. 73.)

(2) V. Richard Andree, Die Anthropophagie, Eine elhnographische studie, 1887.

(3) Aux îles Viti, où elle était invétérée, l’homme de boucherie s’appelait le «long porc » (puahba balava).

HISTOIRE RE l’alimentation

procédés de culture, les populations purent se multiplier sans olistacles et vivre en sécurité du produit des moissons qu’elles faisaient sortir do la terre fécondée.

Enfin, grâce au perfectionnement des voies de communication et aux lucratifs échanges qui en sont la conséquence, l’âge industriel et commercial tend à niveler partout l’abondance, compense le déficit d’une région par l’excédent d’une autre et convie toutes les nations civilisées à jouir en commun des ressources du monde entier.

Ainsi, par une direction intelligente donnée aux forces productives de la nature, l’humanité a su conquérir une somme, sans cesse accrue d’âge en âge, d’éléments de subsistance. Ce progrès, le plus important de tous, pourrait se mesurer à la densité des populations, partout en rapport avec le degré d’avancement de l’industrie quilesfait vivre.

En ce qui concerne la qualité des aliments, le gain n’a pas été moins grand. Dans le principe, l’homme, pressé par une faim permanente, devait dévorer à la rencontre tout ce que lui offrait le hasard, son unique pourvoyeur, sans pouvoir faire fi de proies immondes ou de mets rebutants. Baies insipides ou âpres, fruits suspects, larves d'insectes, vers, mollusques, batraciens, reptiles, au besoin même l’herbe delà prairie, les feuilles des arbres ou des racines arrachées à la terre, rien ne lui répugnait de ce qui pouvait l’empêcher de mourir. L’emploi, habituel ou de circonstance, de ces aliments abjects a été constaté chez une foule de peuples sauvages et ne s’explique que par leur effroyable dénùment. 11 y a beaucoup plus de choses susceptibles d’être mangées et de nourrir bien ou mal que nous ne le soupçonnons aujourd’hui. A l’origine, ta nécessité les fit toutes utiliser; puis, lorsqu’on fut en situation de choisir, on rejeta les plus mauvaises pour s’en tenir aux meilleures.

Page 1