PROGRKS GÉNÉRAUX DU RÉGIME ALIMENTAIRE
Tel est le Ibiids de subsistances dont nous vivons. Coiniiie, à Toiigine, il était à la fois insuffisant en quantité, défectueux en qualité et presque partout peu varié, il a fallu l’accroître pour le mettre au niveau de tous les besoins, Tainéliorer afin d’ajouter une valeur nouvelle à l’utilité de ces ressources, enfin les réunir pour combiner au mieux leur emploi. La civilisation s’est donc appliquée sans relâche à augmenter leur abondance, leur excellence et leur diversité qui, également nécessaires, faisaient également défaut.
La première difficulté consistait à se procurer des aliments en quantité suffisante pour des besoins sans cesse croissants. Les grandes industries de la chasse, de la pêche, de l’élevage pastoral et de l’agriculture furent instituées en vue de produire de plus amples ressources d’alimentation. Ce mobile prédominant a ainsi exercé une influence souveraine sur les progrès de l’espèce humaine et donné aux principales phases de son histoire leurs traits essentiels. Nos conditions générales d’activité sont en effet subordonnées à la manière dont nous subvenons à la plus impérieuse des nécessités qui nous pressent et se transforment avec elle.
Avant toute industrie acquise, l’homme primitif était, comme les animaux, ses pairs, réduit à vivre des productions spontanées de la flore et de la faune, sans autre
IlISTOIKE DE l’alimentation
moyen, pour s’en emparer, que des organes débiles et des instincts très bornés. La cueillette des fruits sauvages et la quête des petites proies constituaient alors toutes ses ressources ; encore devait-il les disputer à une foule d’avides commensaux. Tant que dura l’état de nature, ces aliments misérables, qui nous paraissent maintenant d’une complète insignifiance, furent les seuls dont l’humanité disposa, et son existence n’était possible que dans les régions où ils se rencontrent toute l’année.
A ce fonds si exigu, le cycle sauvage ajouta les ressources beaucoup moins restreintes de la chasse et de la pêche. Par l’invention d’armes, d’engins et de pièges, toutes les espèces supérieures d’animaux, proies infiniment plus lucratives, tombèrent au pouvoir de l’homme. Grâce à l’industrie chasseresse, la plus ancienne qu’il ait pratiquée, il connut une abondance relative et puisa dans un riche approvisionnement. Néanmoins, avec le temps, les populations accrues en ressentirent souvent l’insuffisance, comme en témoignent les habitudes d’anthropophagie si répandues parmi les peuples sauvages. Le cannibalisme paraît avoir été commun durant la phase préhistorique et a persisté jusqu’à nous pendant tout le cours de la période historique. Hérodote le constate chez des peuplades voisines des Scythes (l); Aristote, sur les bords du Pont-Euxin (2) ; Diodore de Sicile, chez les Gâtâtes (3); Strabon, chez les Irlandais et les Ibères (4) ; saint Jérôme affirme avoir vu en Gaule les Attacates, tribu d’origine écossaise, se nourrir de chair humaine (3) ; il
(1) Histoires, IV, 18, 26.
(2) Politique, VIII, 3.
(3) Bihlioth. Iiistor., V, 32.
(4) Géonrapliie, IV, 5, g 4.
fb) Opéra, t. II, p. 33b, coll. Migne, I. XXII.