RÉSULTATS GÉNÉRAUX DE LA CONSERVATION DES ALIMENTS
mines chez les peuples qui vivent principalement des produits de l’agriculture. Les annalistes du moyen âge en menlionnent dix au x® siècle, vingt-six au xi®. D’après M. Farr, qui a dressé une liste des famines en Angleterre, la moyenne de leur retour, aux xi®, xii® et xiii® siècles, était d’environ quatorze ans (1). En France, du xi® au xviii® siècle, on relève soixante-quatre grandes famines, compliquées de jacqueries et suivies d’une lamentable mortalité. Au milieu même de ce siècle-ci, on estime que la disette de 1847, la dernière qu'ait subie l’Europe, n’a pas fait moins d’un million de victimes. De nos jours encore, la Chine, l’Inde, la Russie, régions exclusivement agricoles, traversent par intervalles de cruelles famines.
Seuls, les peuples parvenus à l’état industriel et commercial n’ont plus à redouter de fléaux pareils. La famélique Irlande, toujours en proie à la disette, à côté de la plantureuse Angleterre, entretenue dans l’abondance, montre : combien la condition d’un peuple borné aux récoltes de : son agriculture diffère de celle d’un peuple enrichi par l’in- I dustrie et qui, en délicit régulier d’éléments de subsis- I tance, vit largement de ses échanges (2). L’accroissement ; continu de la production dans le monde, la diversité des I ressources qui ne manquent jamais partout à la fois, qui même compensent avec une régularité frappante , en Europe et en Amérique, le déficit de l’une par l’excédent de l’autre, des procédés améliorés de conservation, enfin les relations d’un commerce universel, rendent les famines désormais impossibles chez les peuples civilisés. Les disettes môme sont rares. Il ne peut plus y avoir que
(1) Journal O f the slaüslical Society, t. IX, pp. 1EJ9-163.
(2) En 1893, la somme d’aliments importés dans la Grande- Bretagne pour servir à la consommation, s’est élevée à 152 millions de liv. st., ou 3,800 millions de fr.
JIISTOIRE DE L ALIMENTATION
des crises de subsistances, par degrés atténuées, et, si mauvaise que soit la récolte dans une région donnée, à peine y voit-on augmenter le prix du pain de quelques centimes. Tout se nivelle, et un prix moyen, pour les choses les pins nécessaires à la vie, tend à s’établir partout avec une fixité qui est la meilleure garantie du bien-être général.
Ainsi, tandis qu’à l’origine, dans l’ordre de la nature, rien n’était plus commun que des êtres humains en proie aux tortures de la faim et exposés à périr d'inanition, alors même que ce danger a persisté, durant l’âge historique, jusqu’à une époque peu ancienne (Ij, rien ne tend à devenir plus rare, dans l’ordre de la civilisation, qu’un malheureux succombant à cet affreux supplice. La vie, réduite à une question de subsistances, devient pour tous de plus en plus assurée et facile. Les populations s'accroissent sans que l’abondance diminue et, malgré le nombre des copartageants, le bien-vivre va toujours en augmentant.
(1) L’auteur de VApocahjpse met encore la famine au premier rang des causes de mort, avant la guerre, la maladie et les attaques des bêtes féroces {Apocalupse, vi, 8).