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LIVRE IV

Le pain est, de tous les aliments usités dans le monde, celui dont la consommation est le plus étendue. Il justifie cette préférence par un ensemble d’incomparables qualités. Capable d’entretenir à lui seul les forces humaines, il peut être associé à la plupart des autres mets. Sa nature est si bien appropriée à nos organes qu’ils le digèrent sans fatigue et sans trouble. Il convient à tous les âges, à tous les climats, ne provoque pas aux excès et n’inspire jamais de dégoût. C’est l’aliment par excellence, la moelle de l’homme», selon l’expression homérique. Depuis le jour où ilfut connu, « gagner son pain » a été synonyme de gagner sa vie (1). Un hymne du Hig-Véda adresse à Indra cette prière si souvent répétée ; « O Dieu, donne-moi mon pain de chaque jour! (2) » L’oraison dominicale des chrétiens demande de môme, avant toute chose, « le pain quotidien (3) ».

Les premiers peuples à qui fut communiqué le bienfait

(1) Genèse, m, 19.

(2) Kifj-Véda, vi, 47, 10.

(3) Sainl i]JallliieH,\\, 11.

lofi niSTOiiiE DK l’alimentation

de celte préparation racciieillirent comme un don du ciel J et en reportèrent par reconnaissance l’hommage à leurs j dieux. Une sorte de vénération pieuse, attachée à ce pro- | duit, lui assigna un rôle dans les cérémonies du culte. Les \ religions de la phase agricole, plus douces et moins san- j

guinaires que celles de la phase pastorale, remplacèrent les | sacrifices d’animaux par de pacifiques ofTrandes d’épis, de j farine, ou de gâteaux (1), et firent de la consécration du | pain le symbole de la communion avec Dieu du genre j humain régénéré (2). i

Voyons par quelle suite de progrès, accomplis durant i un laps de plus de soixante siècles, on a découvert, perlée- j tionné et répandu un aussi précieux aliment. i

(1) On a fait dériver les termes adorer, adoration, de ador, nom ; latin de la farine d’épeautre, que les Romains offraient aux i dieux (Nonnius Marcellus, De proprietate sermomtm).

(2) La science des religions rattache à un même rite le sacrifice du pain sacré, dans l’ancien culte brahmanique, la pcaiae juive et Veucharislie chrétienne.

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