‹ Histoire de l'alimentationChapitre 43 sur 96 · BOISSONS DISTILLÉES · texte numérisé non relu

BOISSONS DISTILLÉES

car, à la lin du Banquet raconté par Xénoplion, le philosophe, après une unit passée à boire, laisse toute la compagnie sous la table et retourne, comme si de rien n’était, à ses occupations quotidiennes (1). Philippe et Alexandre lurent d’effrénés buveurs. Le conquérant de l’Asie mourut à trente-trois ans des suites de ses excès. Il avait, dit Plutarque, institué un concours d’ivrognes, et le prix futadjugé à Promachus, dont la capacité pouvait absorber quatre brocs, environ 13 litres de vin (2).

A Rome, rintempérance fut un vice général. Selon l’indiscret Horace, Caton le Censeur, sévère gardien de la moralité publique, passait pour avoir souvent échauffé avec le vin son zèle pour la vertu (3). Vers la lin de la république et sous les Césars, l’bistoire romaine n’est qu’une longue orgie. Cicéron nous dit qu’à l’issue des festins de Verrès, la plupart des convives gisaient sans connaissance : « On se serait cru sur le champ de bataille de Cannes plutôt qu’au banquet d'un préteur (4). » Le fils indigne de Cicéron tirait gloire de pouvoir avaler d’un trait la contenance de deux conges (6 litres 1/2) de vin et disputait à Torquatus, surnommé triconge, la réputation d’être le plus grand buveur de Rome (.5). Il fallait à de tels ivrognes des coupes si grandes qu’on ne savait pas, disait-on, si elles avaient été faites pour boire ou pour se baigner (6). Pline parle d’effroyables gloutons qui, après s'être cuits dans un bain brûlant pour exaspérer leur soif, « saisissaient des vases énormes de vin, se les entonnaient pour vomir aussitôt, avaler de nouveau et recommencer cela deux ou trois

(1) Zeller, La Philosophie chez les Grecs, trad. franç., t. III, p. 71.

(2) Vie d’Alexandre.

(3) Odes, lü, 21.

(4) Verrines, v, 2.

(5) Pline, IHsI. nal., XIV, 28.

(6) Athénée, Deipnos.

iiisTüinK 1)1-: l’alimkntation

fois, coiniiie s'ils élaiciiL nés ])oiii’ |)erdre du vin (\) ».

« Si les Gaulois, dit l’empereur Julien, adorent Bacchus et usent largement de ses dons, ce dieu est pour eux le père d’une joie innocente(^). » Chez eux, cependant, comme chez les Gcj-mains, les festins, après de copieuses libations, étaient souvent suivis de disputes et de rixes sanglantes f.3). La loi Salique consacre même un chapitre aux meurtres commis dans les banquets (i). Les S^cythes d’autrefois, de même que les Russes de nos jours, étaient fort adonnés à l’ivrognerie (3). Il semble y avoir là un trait de race invétéré par le climat. On raconte que lorsque, à la fin du X® siècle, Wladimir I®'' voulut imposer d’autorité, à ses sujets, jusque-là païens, une religion meilleure, il hésita quelque temps entre l’islamisme et le christianisme. Le premier, qui autorisait la jiolygamie, aurait eu ses préférences ; mais il interdisait l’ivresse, et cela lui ôtait toute chance d’être agréé par les Russes. C’est pourquoi le prince les fit chrétiens. De leur côté, les mahométans savent user d’interprétations complaisantes pour trouver des accommodements avec la loi trop rigoureuse du prophète. « Le musulman se dédommage sur l'eau-de-vie de la proliihition contenue dans le Coran à l’endroit du vin. Il y a là-dessus deux opinions. Les théologiens grincheux déclarent que le prophète ayant désigné toute boisson fermentée par un mot qui a été plus tard pris dans le sens étroit de vin, ilest défendu de boire le vin, la bière, les alcools. Mais les théologiens gais soutiennent qu’on peut faire son salut sans être si foif sur la grammaire, et que Mahomet (sur qui soit

(t) liisl. liai., XIV, 28.

(2) Misopoijoii .

(3) Athénée, Deipnos., IV, 13; Tacite, Cermanie, 22.

(4) Loi Saliijiie, titre xlvi.

(5) Les Lrecs disaient proverbialement « Boire à la Scythe » (Hérodote, Histoires, VI, 84).

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