TABLES ET SIÈGES
preinent, ils étaient toujours exposés à couvrir de taches immondes soit leurs vêlements, soit la table du festin. Cependant le linge de table, dont le manque de vaisselle et de couverts aurait, semble-t-il, dû faire sentir de bonne heure la nécessité, n’a passé dans l’usage qu’à une date tardive, les toiles ayant été longtemps trop rares et trop coûteuses pour qu’on pût en faire un emploi aussi commun.
On se contenta d’abord de laver préalablement les tables. Dans les préparatifs de repas que décrit Homère, les serviteurs lavent les tables à grande eau avec des éponges (1). Les Romains brossaient les leurs. Les gens pauvres se bornaient à les essuyer avec une poignée d’herbes vertes, comme fait la vieille Baucis dans la légende contée par Ovide (2). A Rome, vers la fin de la république et sous l’empire, les tables de repas, en bois rares et précieux, souvent incrustées de nacre, d’écaille et de pierreries, atteignaient des prixfabuleux. Mais, quelles que fussent l’adresse et l’attention des convives, bien des accidents pouvaient arriver, et, après chaque service, il fallait laver la table, qu’on essuyait ensuite avec un torchon de pourpre (3). Un grand luxe consistait à changer de table en môme temps que de service, ainsi que l’indiquent les expressions la tines mensam ponere, auferre, tollere (4). On les portait alors, dans une sorte de pompe triomphale, au son des instruments de musique (3). Pendant les intermèdes qu’occasionnaient ces déplacements ou ces lavages, les convives se livraient à des passe-temps divers, jouaient aux dés ou se proposaient, suivant la coutmue grecque, des charades
(1) Odyssée, I.
(2) Métamorphoses, VIII, 663.
(3) Horace, Satires, II, viii, 10, II.
(4) Plaute, Truculentus, ii, 4, 13; Cicéron, Pis., 27; Virgile, Enéide, I, 216.
(5) Pétrone, Satyricon, 34.
UISTOIHE DE l’alimentation
à deviner, h' Anthologie nous a conservé un certain nombre de ces jeux d'esprit (1). Celui qui ne pouvait pas répondre ou répondait mal se voyait imposer pour pénitence l’obligation de boire un verre de vin salé. Les Hébreux préféraient le divertissement de la musique ; « Un concert de musique dans un festin où l'on boit du vin est comme l’escarboucle enchâssée dans l’or (2). » Les Égyptiens avaient une manière plus lugubre de se récréer pendant le repas. « Aux festins que font les riches, dit Hérodote, on porte autour de la tahle un cercueil avec une figure en bois si bien travaillée qu’elle représente parfaitement un mort. On la montre à tous les convives tour à tour, en leur disant; — Jetez les yeux sur cet homme, vous lui ressemblerez après votre mort; buvez donc maintenant et vous divertissez (3). » Plutarque approuve cet usage comme portant à des réflexions philosophiques, encore que ce soit un fort malplaisant et importun entremets (4).» Dans le romande Pétrone, Trimalcion se fait apporter, au milieu du festin, un squelette en argent dont il met en jeu les articulations mobiles, afin d’exciter ses conviés au plaisir (3).
(1) Anlliologie, Epigrammes de table, problèmes, énigmes...
(2) Ecclésiastique, xxxn, 7 et 8.
{i) Histoires, W, 78. — Les voluptueux d’Israël disaient de même: (iComedamuset bibamus, cras enim moriendum.»(/sate,xxii,133)
(4) Le Banquet des Sages.
(ü) Salgricon, 34.