‹ Histoire de la langue française des origines à 1900Chapitre 10 sur 385 · Nonv.de la Rep. des Let., août 1684, p · texte numérisé non relu

Nonv.de la Rep. des Let., août 1684, p

6. n On auroit sujet'de s'étonner de ce que les ouvrages de Rémi paroisseut si fort négligés aujourd'huy, si Ton ne sa voit que des Poètes Modernes qui ont écrit en Latin il n'y a presque plus que les Vivants qui ayent l'honneur d'être lus. » (Baillet, Jug. des sav.j t. V de Téd. 4*, annotée par La Mounoie, sur Remy).

Boileau, qui fut le chef du parti des Anciens, n'a pas assez de railleries pour ceux qui s'entêtent à écrire en latin et qui se réduisent, ainsi qu'il le dit énergiquement, à chercher, leur Textor (tisseur) à la main, « de quoi tisser des poèmes à Taide de morceaux recousus * >>. Il projetait contre eux un dialogue satirique 2; s'il n'a pas exécuté son projet, il a dit tout de même, et en termes fort nets, ce qu'il pensait de la question : « G*est une estrange entreprise que d'escrire une langue étrangère, quand nous n'avons point fréquenté avec les naturels du Pays, et je suis asseuré que siTérence et Cicéron revenoient au monde, ils riroient à gorge déploiée des Ouvrages latins des Kernels, des Sannazars et des Murets. -^ » L'abbé Vissac a cependant montré, avec une visible satisfaction, que Boileau s'est contredit et a fini par trouver, ou au moins par dire, qu'une églogue du P. Binet était très virgilienne (Let. du 14 juin 1710). Il est exact aussi que dans son édition de 1694, il insérait des traductions latines de son ode et des épigrammes du P. Fraguier, en ajoutant : « Il semble que Catulle y soit ressuscité pour venger Catulle. » Mais c'était là un échange de procédés aimables, qui ne tirait pas à conséquence. Fléchier aussi est fier que les savants jugent son latin bon. Il le dit dans la Lettre où il s'est peint liài-même ^, il n'en fait pas moins une satire contre les pseudo- Ut ins ^.

1*. Il a même fait une salire en latin contre les vers lutins [OEuv.j éd. B.-S.-P., r. II, p. 484) :

Quid numeris iterum me balbutire latinis Longe Alpes citra natumde pâtre sicambro, Musa, jubés?

2. Le texte n'existe pas, mais Brossette rapporte, de mémoire, ce que l'auteur lui en avait récité. Cf. Boileau, éd. B.-S.-P., III, 92 et suivants. D'après Daunou, le dialégue serait de 1670. En tous cas, Bayle en parle le A oct. dans une lettre ù Minutoli.

3. M 11 y a beaucoup de françois dans tous les vers latins des Poètes François qui oecrivent en latin aujourd'hui. Vous me ferés plaisir de parler de cela dans vostrc iicadémie, et d'y agiter la question : Si on peut bien etcrire une Utngue morte? J'ay commencé autrefois sur cette Question un Dialogue assés plaisant, et je ne sçais si jf'vous en ay parlé à Paris, dans les longs entretiens que nous avons eus ensemble. Ne- croies pas pourtant que je veuille par là blasmer les vers latins que vous m'avés envoies d*un de vos illustres Académiciens. Je les ay trouvés fort beaux, et dignes de Vnda et de Sannazar, mais non pas d'Horace et de Virgile ; et quel moicn d'égaler ces Grands Hommes, dans une langue dont nous ne sçavons pas mesmes la prononciation ? Qui croirait, si Cicéron ne nous l'avoit appris, que le mot de videre est d'un très dangereux usage, et que ce seroit une saleté horrible de dire : cum nos vidistemu8. Comment sçavoir en quelles occasions dans le latin, le substantif doit passer devant Tadjectif, ou l'adjectif devant le substantif? Cependant imaginés vous quelle absurdité ce seroit en françois de dire : mon neuf hahit^ au lieu de mon habit neuf, ou : mon blanc bonnet, au lieu de mon bonnet blanc, quoique le Proverbe dise que a-est la mesme chose » (Boileau à Bross., Corr., 6 oct. 1701, p. 89-90).

4. On la joint, d'ordinaire, aux éditions des Oraisons funèbres.

5. Declamalio in pseudo-latinos. Voir Delacroix, FZéc/i., 15.

L'agonie. — Pendant les dernières années du règne, dans le inonde érudit, la poésie latine paraît compter encore. Le Journal des Savants examine les œuvres *. Les Mémoires de Trévoux leur seront, et pour cause, plus sympathiques encore. Des fervents espèrent toujours. A propos des poésies de Ducerceau, les Mémoires disent : « Cet ouvrage peut beaucoup servir pour réveiller dans notre siècle le feu de la belle poésie qui commence à lan> guir et qui s'éteindra peut-être bientôt, par je ne sais quelle honteuse indolence où Ton est pour les belles lettres, dont la poésie fait un des plus agréables ornements ^. » Vaine illusion ! En 1703 mourut le dernier survivant des poètes de la « Pléiade » : le P. Commire. Huet, Vanière et Polignac restèrent seuls à pincer la vieille guitare qu'ils voulaient faire passer pour la lyre d'Horace. Encore Huet ne s'en faisait-il pas accroire : « J'ai vu fleurir et mourir les lettres, et je leur ai survécu », gémissait-il ^. 11 mourut en

Aucun sophisme, aucune tradition n'avaient pu résister à ces démonstrations qui s'appelaient PAérfre, le Tartuffe^ les Fables^ etc. S'il avait été nécessaire de montrer, suivant l'expression de Pellisson, qu' M avec du génie, du temps et du travail, on pouvait rendre la langue française capable de toutes choses 'M), la preuve était faite. Les chefs-d'œuvre avaient fourni l'argument suprême, celui de Dante, le seul que le xvi® siècle n'avait pu donner.

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