Franse woorden
3. Ce n*est qu'exceptionnellement qu'on tiendra compte des mots vieillis, qui seront marqués d*un astérisque. La séparation entre les mots empruntés au xvii* et ceux du xviii* siècle est parfois malaisée à faire ; aussi bien la date d'un emprunt ne se laisse que rarement fixer avec une très grande précision ; dans les cas douteux, les mots seront rejetés au chapitre des mots introduits après le xvii* siècle.
Néerlande comme partout, s^exprimait en latin ; et des expressions telles que synthèse^ analyse^ y étaient naturellement employées, mais sous la forme antique synthesis, analysis. C'est ainsi qu^elles sont enregistrées encore dans un dictionnaire de mots étrangers usités aux Pays-Bas : Meyers Woordenschat (1654). Mais au xvii* ils se francisent. On peut mettre ce fait au compte de Tinfluence française. L'arrivée des protestants français n'a certainement pas été étrangère à ce résultat, ils apportaient un élément tout nouveau dans des milieux encore latins ^ Cependant^ tout compte fait, l'ensemble est peu de chose.
La médecine occupe une place importante. Du Moyen-Age datent certains noms de plantes médicinales : brunelle, cubebe^ salie (sauge), scharlei (sclarée) ; le xvi^ siècle en introduit d'autres : aluin, betunie (bétoine), kolokwint^ malrovie (marrouge). Le xyii** ne paraît pas en avoir fourni. Parmi les noms de maladies, de remèdes, les termes généraux de l'art, on ne constate guère noa plus que quelques apports. A (jraveel, katarakt^ instrument, ktisteer, lancet^ lavement^ pleister (emplâtre), spatule, ventouse, apotheker, chirurgie^ chirurgijn, medecineren s'étaient ajoutés au xvi® siècle : koliek, rumatiek, scheurbuik (scorbut), appareil^ kompreSy trepaneren, dieet, praktizijn. Le xvii^ n'a guère donné que : operateur, operatie, opereren, sonderen.
La physique et la chimie ne fournissent rien. Les mots qui sont entrés en néerlandais sont tous des temps modernes, sauf les mots d'alchimie qui étaient déjà admis au xvi* : alchimie, alchimisty *calcineren, *litaerge, *regael, vitriooL
L'histoire naturelle n'apporte rien non plus. Les noms d'animaux exotiques remontent au Moyen- Age : buffel, dolfijn, dromedaris, ibis, kameel, kameleon, luipaard, olifant, papegaai, panter.
Le xvii^ siècle est grand dans l'histoire de rastronomie. Aucun terme cependant n'est venu de France à cette époque ; astronomie, atmosfeer, kalender, magneet sont du Moyen-Age, almanak, *pro nosticatie du xvi* siècle.
Il n'en est pas de même en ce qui concerne la COSmogéographie . Dès le Moyen- Age, la Hollande avait reçu une partie de ses connaissances du monde par l'intermédiaire de la France : kaart, katarakt, Moor, spelonk ; au xvi* siècle, elle avait adopté : baai, kanton,
1. Du Moyen-Age dataienl déjà : /iZosoo/', 'gramarie, 'grAmarien, ^logicien, syllabe^ passés, chose curieuse, avec celle forme française. Quelques termes de philo> Sophie remontent à la même date.
klimaat\ au xvii® se sont naturalisés: antipoden^ geografie^ globe^ grotf kontinentaal, kosmografie, kosmopoliet ,
En somme, ce n'est pas par la science que la France régnait et exerçait son ascendant.
Arts. — Ce n*est pas ici non plus que nous trouverons un fort contingent. Il est cependant appréciable. Le Moyen-Age avait fait passer en néerlandais quelques mots de théâtre : féerie^ proloog, auxquels deux ou trois s'étaient ajoutés au xvi*' siècle. A partir du xvn® ils foisonnent: amphitheater^ opéra, parterre^ pauzCy scène^ souffleur, theater.
Les termes littéraires étaient également rares au Moyen-Age : fabel,jeest (geste), retoriek, roman, rondeel. On note au xvi® siècle : ballade, re frein, ^retoricijn ; au xvii® le nombre s'augmente : abrégé, biograaf, biografie, etc. Mais c'est surtout au xix" siècle qu'il s'accroîtra vraiment.
La musique a droit à une place à part. Les musiciens ont été en Hollande constamment au courant de la musique française. Si le nombre des termes musicaux modernes est plus grand, cela tient surtout au fait que nous connaissons mieux la langue des tout derniers siècles. Mais au Moyen- Age on compte plus de noms d'instruments qu'il n'en est entré dans les quatre derniers siècles -. Voici les principaux : *bombare, *citole, fïuit, klavier, *cornemu$e, *musele, *nacare, orgel, pijp^ *rebebe, *rebecke, schalmei (chalumeau), *symfonie, *stive, tamboer, *timber, toets, irompet ; au \vi*siècle remontent : *positif, *sacqueboute, *siflet, *spinet, tanthoerijn, viool, *virginael. Cymbaal, *iheorbe sont du xvii''.
Quant aux arts plastiques, les exemples qu'on peut donner ne sont pas en nombre considérable. Appartiennent au Moyen-Age : artiest, azuur, email, emailleren, graveren, kapiteel, kleur (couleur) , joenseeZ (pinceau), /)or/?er, restaureren, vermiljoen, violet; au XM« siècle : antiek, fries, gips, gleis, karmozijn (cramoisi), medalje, mozaïek, oker, paêroon, perspektief, piédestal, scharlaken (écarlatej, tafereel (tableau), tint (teinte) ; au xvii® : amateur, antikiteit, architekt, architraaf, frontispice, ovaal.
Vie publique. — On peut réunir sous ce titre ce qui concerne le
1. Si lea lermes généraux de l'art et les noms des pièces de musique ne sont devenus plus fréquents que dans les temps modernes, c est qu'au Moyeu-Age le latin jouait son rôle, ici comme ailleurs.
gouvernement et la politique, l'armée et la marine, la jurisprudence, Tadministration et le culte.
La vie politique qui, dans une certaine mesure, s'est modelée en Hollande sur celle de la France, n'a commencé que très tard, de sorte que presque tous les mots qui y sont relatifs sont postérieurs «lu XVII® siècle*. Voici (Quelques exemples classés. Termes généraux (M. -A.) : ffoevernementy * seigneurie ; (xvi* s.) : patriote privilège^ republiek, resolutie, *revolte^ revolutie ; (xvii* s.) : arisêokraat, arislokratie, démocratie^ komplot, monarchaal, monarchie, republikein. — Termes de Cour (M. -A.) : kroon, paleis, soeverein; (xvi® s.) : ^courtisan, domein, régent, residentie; (xvu^s. ): intrige, lèse-majesté, potentaat, prétendent, soevereiniteit, — Termes d'administration fiscale (M. -A.) : accijns, "gabelle, ^maltote, faille, taks (taxe) ; (xvi® s.) : essaai, essayeur, *impost, *quote, taillage, — Termes de politique étrangère (M. -A.) : ambassade, ambassadeur ; (xvi* s.) : ratiftëren ; (xvii*^ s.) : alliantie, arbitrage, consul, territoir.
Les termes de guerre peuvent être divisés entre quatre groupes : termes généraux, organisation, fortification, et armes. A chacun d'eux le français a fourni dès le Moyen-Age quantité d'éléments. Termes généraux (M. -A.) : kamp (au sens de combat), kampioen, kwetsen (casser, au sens de blesser), kwetsuur (blessure), ordonneren, prooi, rantsoen, schermutseling (escarmouche) ; (xvi*^ s.) : embuscade, exécuteur, représailles, revanche, triomf; (xvn®s.): agressief, charge, defensief, invalide, offensief, — Organisation (M. -A.) : banier, bazuin (buisine), bende, foerier, gage, garde, harnas, héraut, kapitein, kompanjie, kornet, soldij, standaard, tent, trein ; (xvi® s.) : alarm, auditeur, avancement, degraderen, eskadron, guide, kadet, kamp, kamperen, kavalerie, klaroen, kolonel, kongé, korporaal, lancier, luitenant, marcheren, munitie, musketier, "parlementen, régiment, ronde, tros ; (xvu" s.) : alarmeren, batterij, brigade, discipline, disciplineren, escorte, flank, ftankeren, foerage, foerageren, *fuseie, generaal, infirmerie, kommanderen, konduite, kurassier, majoor, marche, militair, order, parade, paraderen, rang, rekruteren, retranchement, retrancheren, terrein, troep, viktualie, volontair. — Fortification (M. -A.) : artillerie, garnizoen, kasteel, mijn, mortier; (xvi^s.) : affuit, bres, citadel, ftankeren (au sens de fortifier), fort, kanon, kapituleren, pionier, sommatie ;
On trouve dès le xvi* siècle, mais dans une acception différente de remploi actuel : incident, invalideren, rapporteren, rapporteur.
(xvirs.): bombarderen^ fortifikatie, kapituUlie, *ravelijnj saperen, tranchée, — Armes (M.-A.) : lans, malie^ pantser, vizier ; (xvi* s.) : ekiperen, karabijn, kuras, piek, ponjaard, — La marine de guerre a apporté aussi certains termes qui subsistent (xvi^ s.): fregat; (xvii*= s.) : admiraal, admiraliteit, blokkade.
Nous arrivons aux termes de droit. Au Moyen- Age, les juristes néerlandais, eux aussi, se servaient du latin ^ Mais au xv^ siècle, l'avènement des Bourguignons fit entrer dans Tusage un lot important de mots français, dont la plupart, comme on peut le penser, ne sont attestés qu'au xvi** siècle. On peut citer, comme termes généraux (xvi® s.) : akte, dupliek, cxploot, fiskaal, fff^iffi^y ff^^f' fier, inkompetent^ komparutie, kompeteni, konfronieren, parket, replie k y ressorteren, sommeren^ substituât, tripUek, verbaal ; (xvii" s.) : appel, appellant, authentiek, deposeren, enregistreren, formeel, judicieel, kassatie, kasseren, kode, kompetentie, requisitoir, — Termes de procédure civile (xvi® s.) : homologeren, surseantie; (xvii® s.) : civiel, failleren, insolvabel, insolventie, verifikaiie. — Causes pénales (xv,i* s.) : cipier, ver baliser en \ (xvii^ s.): bandiet, bigamie, delinquent, frauderen, récidive, — Procès et avocats (xvi^s.) : procès, roi ; (xvii^s.) : advies, ^chicaneur, kliënt, kliëntele, procédé, procédure.
Les termes d'administration sont nombreux ; là où il s'agissait d'organiser, les Hollandais ont souvent pris modèle sur la France.
Fonctionnaires (M.-A.) : klerk, pensioen, salaris, vice ; (xvi®s.) : inspekteur, solliciteren, surintendent, vakatie ; (xvn® s.) : adjunkt, emolumenten, funktionnaris, responsabel, salariëren, sollicitatie, vakant. — Mots d'administration (M.-A.) : ceel (cédule), kantoor, konciërge, kopie, kopiëren, marge, rapport, register, statuut, tahel ; (xvi^ s.) : inkluis, joernaal, kopist, lias, liasseren, renvooien, verifiëren; (xvn° s.) : administrèrent associatie, assurantie, autorisatie, autoriseren, dateren, difficulteren, direkteur, direktie, formaliteit, paraaf, reklameren, renvooi, royeren, — Réunions (M.-A.) : débat ; (xvi® s.) : debatteren, mandaat ; (xvn® s.) : appuyeren, dechargeren, delegatie, diligenteren, diskussie, notifikatie, prealabel, président, propositie, règlement, unaniem, unanimiteit, urgent.
Très importants sont les mots de religion. Quelques termes
1. Sont attestés ncaiimoins depuis le Moyen-Age : informèrent ressort ; baslàard, douane, exécuteur, hoir, legitiem; arrest, arresteren, kalangeren, krimineel, schavot (échafaud) ; advokaat, advokatie, affaire, pleit, praktijk, prokurenr.
généraux viennent du Moyen-Age : devotie^ fee, offer^ affrande^ religieus^ vizioen ; le xvii® siècle a apporté : atheïst^ kollekieren, omineuSy orthodox, pastorie^ piëteit^ profetes, profetie^ spirituecl, tolerantie. On peut ajouter : anachoreet, bagijn^ hiérarchie^ kapel, kazuifel, klooster, koor, noen, plie, pastoor, patrones, pelgrim, pelgrimage, priesier, relikwieé'n, sermoen, qui sont catholiques et remontent au Moyen-Age ; âalmoezenicr, brevier, kathedraal, katholiek, kommuniant, kommunie, o/7?c/a/i/, qui sont du xvi" siècle. Le xvii° ne parait pas avoir fourni d'autres mots de cette classe que impenitentie. Quant à la Réforme, elle a donné quelques mots : predikant, protestant , protestantisme , remonstrant (xvi^s.), gère formeerd (réformé), reformatie, synode (xvii® s.)
On sera frappé sans nul doute de la brièveté de cette liste. Le nombre des termes venus de France est insignifiant, alors que le rôle des idées venus de France a été capital dans Thistoire religieuse et politique du pays. Pour pénétrer profondément dans les masses, ces idées avaient pris naturellement la forme indigène, seule compréhensible. 11 n'y en a pas moins là un sujet digne de réflexion, concernant le rapport entre le développement des langues et celui des idées.
Vie sociale. — Nous quittons maintenant les grands groupements humains ; voici les mots qui se rapportent à la vie des hommes comme membres de la société : industriels, commerçants, habitants des villes ou des campagnes .
Llndustrie : Le Moyen-Age avait fourni : patroon, email, emailleren, foelie (feuille), latocn, metaal, polijsten (polir), tremperen (tremper) ; draperie, drapier, pers ; papier, perkament, prent (preinte-gravure) ; guts (gouge), plank ; cément, pleister (plâtre). Au XVI® et au xvii^ siècle, ces mots se multiplient dans les métiers que les réfugiés ont importés ou perfectionnés : soieries, toiles, laines, chapellerie, papeterie, librairie (xvi® s.).
Voici des termes généraux : *artisaen, * inventeur ;(xvii^ s.): associeren, exploiteren, fabriceren, ingénieur, kompagnon, patent, produktie, projekt. Nous citerons encore quelques noms pris dans différentes branches. — Métallurgie (xvi® s.) : solduur, — Filature (xvii® s.) : démêloir, doubleren, luuster, tambour, — Texture (xvn'^ s.) : bobijn, chemin, poil, tour. — Soierie (xvn* s.) : degommeren, kokon, titreren, — Imprimerie et papeterie (xvi® s.) : formaat, vignet ; (xvii® s.) : frisket, gaillard, graveren, interlinie^ kopij, typograaf, — Maçonnerie (M. -A.) : truweel (truelle) ; (xvi® s.) : gips, tufsteen (tuf).
Le Commerce : Les Pays-Bas n'ont jamais entretenu avec la France des rapports commerciaux plus étroits qu'avec d'autres nations. Et dans ces conditions on est surpris au premier abord de la quantité de mots d'origine française qu'on relève dans cette catégorie. Peutêtre viennent-ils de Belgique. Peut-être faut- il aussi considérer, comme il a été dit plus haut, que le français servait, dans une certaine mesure, de langue internationale du commerce.
Ce qui est sûr, c'est que ces termes étaient rares au Moyen-Age. Citons grro8s/er, Zeveren (livrer), leveraniie^ monster, restant y soort (sorte) ; faillereriy kwijten (acquitter), prijSy finantie^ interest, rente ; "angelot^ *besant, "billioen^ "denier^ "double^ *dukaat^ * florin, "franky *loiy ^malie, 'paiement ^ * poitevin ^ * tournois. Presque tous, comme on le voit, sont des noms de monnaies, essentiellement internationaux. Il faut y ajouter toutefois des termes de marine marchande : bark, buis, harpoen, kabel, kompas, laveren (louvoyer), marinier ^ patroon. Le xvi® et le xvii® siècle ont singulièrement allongé cette liste. Termes généraux (xvi® s.) : artikel, kapitaalykonsorty kontrakt, kontrakteren, korrespondentie, kwaliteit, magazijn^ negotiëren, protest, provisie, triëren, specificeren; (xvn^^s.) : garanderen, negotie, — Tenue de livres (xvi® s.) ; assurantie^ assureren, bankroet, bankroetier, insolvent, provisie. — Commerce en gros (xvi*s.) : agent , expediëren, konsigneren, transport ; (xvii® s.) : kognossementy kommittent , korrespondent , likwidatie, likwideren. — Espèces de monnaies (xvi*^ s.) : *blank, 'dubloen, 'testoen, — Affaires de banque (xvi® s.) : àccepteren, bankier, prolongatie, prolongeren] (xvn* s.): acceptatie, assignatie, assignèrent financier , koertage, obligatie, — Marine marchande (xvi** s.) : équipage, kaapstander (cabestan), kalefateren (calfeutrer), kombuis, kampagne, konvooi, matroos.
La ville et la terre. — Après le xvii** siècle, les mots relatifs à la vie des villes deviendront fréquents, mais au xvii*' siècle le nombre n'en augmente guère. Bordeel, hospitaal existent au Moyen- Age ; palissade, plant soen y sont du xvi® siècle. On ne voit guère que hôtel qui soit à mettre au compte du temps que nous étudions. Parmi les quelques mots d'écoles les uns sont du Moyen-Age : promoveren, scholier, schrijven (écrivain), studie, student ; vakantie est du XVI® siècle.
Les termes qui concernent la vie champêtre remontent presque tous àTépoque ancienne. Il est vraisemblable qu'ils sont entrés avec un sens spécial, puisque, peu à peu, ils sont devenus, à cause des relations avec la France, les expressions usuelles pour rendre des idées