Jean-Louis de Nassau-Hadamar
5. Des princes allemands s*étaient du reste l^bitués à correspondre entre eux, à traiter même de leurs affaires en français. Ainsi avait fait TElecteur de Cologne écrivant à l'Electeur de Trêves (Aff. Elr., AUem., Corr.^ 74, f 272). En 1644, le tribunal de TEmpire de Spire écrivait en français aux chefs de l'armée française (Radlof, Fratikreichs Sprack und Geûtea Tyranney^ 11 ; cf. 16).
396 HISTOIRE du: la LANGUE FRANÇAISE
incapacité, soit volonté arrêtée, n'usait jamais d'une autre lanf^e vulgaire que de Titalien, presque officiel à la cour d'Autriche.
D'autre part on nous a rapporté que, même à table, les négociateurs des diverses nations conversaient en latin et tachaient dV avoir de Tesprit. Ainsi Ogier raconte comment le mardi 16 janvier 1616 il riposta à M. de Saavedra, plénipotentiaire d'Espagne. Celuici lui avait trouvé aliquid hispanicum in valtu. Le chapelain de d'Avaux n'avait pas Tesprit de l'escalier, il expliqua : « Non est mirum, Excelle ntissime Domine, Navarreus quippe sum origine. Audivi ssepius a pâtre meo avum ipsius fuisse ejeclum e finibus Navarrœ cum Joanne et Catharina regibus. Unde proxima spes afFulget per istam pacem nos restitutos iri in bona paterna. * » Voilà qui ne laisse aucun doute, la conversation, à ce moment-là au moins, était en latin.
Il n'en est pas moins très important que le français ait commencé à être usité, fût-ce par occasions et comme langue mondaine, dans une réunion internationale. C'est à ce titre qu'il s*introduira plus tard dans les débats officiels et enfin dans les traités.
Dans les négociations proprement dites, le français ne prit qu'une place fort médiocre et qu'il dut disputer. Pour les pleins pouvoirs^ pour les communications verbales aussi, il était admis que les envoyés de certaines puissances se servaient de l'idiome de leur pays. Ainsi Espagnols et Français rédigeaient leurs pouvoirs en leur langue, et si on leur demanda un moment de réduire ceux qu'ils apportaient à une forme unique, en latin, ils purent s'y refuser sans que cela fit grande difficulté ^. De même, quoique les Médiateurs eussent proposé le latin comme langue commune, les Français, qui n'y avaient pas voulu consentir, purent, à la première séance du Congrès (24 nov. 1644), parler français, sans qu'on y mît obstacle ^. Les Impériaux s'exprimaient de leur côté non seulement en latin, mais aussi en italien *, comme les médiateurs vénitiens et le nonce.
1. « Cela n*est pas étonnant, Excellence, car je suis dWigrine Navarraise Mon père m'a souvent conté que son aïeul avait été chassé du pays Navarrais avec le roi Jean et la reine Catherine. Aussi vois-je luire l'espoir que prochainement ce traité nous fera rentrer en possession du bien paternel. »
2. A. p, tV., I, 274. Voiries pleins pouvoirs de l'Empereur aux Archives des AfTaires Etrangères, Allem., Corr,^ vol. 35, f» 49 (23 juin 1643) ; ils sont en latin. Ceux du roi d'Espagne (11 juin 1643] sont en espagnol. Cf. Bougeant, ^{«f. du traité de Westphalie^ 111,159, 160,164.
3. Wicqueforl, V Ambassadeur et ses fonctions, éd. 1715, 1. II, Sect. 3, t. II, p. 37.
4. Voir la Relation (en latin) de ce qui s'est passé sur la délivrance des propositions de paix des ambassadeurs de l'Empire, de France et d'Espagne, Mijnster, 4 déc. 1644 : « Haec cum omnia italico sermone explicasscmus » {Negoc. secr.^ I, 316).
Dans la même pièce, il y a une citation d'une phrase de l'ambassadeur de Venise,
les traités de westphalie 397
La langue des pièces écrites. Protestahons des Impériaux. — Au reste, des conflits très intéressants eurent lieu entre la France et TEmpire relativement à des pièces produites au cours des débats. Pour en bien comprendre le caractère et la portée, il faut se souvenir que les Diètes d'Empire avaient pour règle inviolable de ne communiquer avec les puissances étrangères qu'en latin. Le 6 avril 1644, les ambassadeurs de France expédièrent une lettre latine, en Tadressant : « A Messieurs les Électeurs, princes et États du Saint- Empire assemblez à Francfort. » Des protestations s'élevèrent, non seulement parce que les titres habituels ne se trouvaient pas exactement reproduits dans la suscription française ^ mais parce que cette suscription était en français. On ne s'expliquait une pareille dérogation aux usages établis que par le caractère capricieux des Français, « toujours à la recherche de nouveautés en tous genres, dans leurs correspondances comme dans leurs modes '^. »
Wicquefort a raconté les différends qui survinrent entre Allemands et Français à propos d'une autre lettre : « M. de la Court, dit^il, qui avoit aussi le titre d'ambassadeur à Munster^ mais non celui de plénipotentiaire ^^ ayant un jour présenté un Mémoire en François aux députés des États de l'Empire, ils en furent fort scandalisés et en murmurèrent fort ; ils résolurent qu'on feroit dire aux Ministres de France que c'étoit une ancienne et inviolable coutume des diètes de TEmpire que Ton n'écoutoit point les Proposi-
en italien (31 7). Cf. une dépêche des plénipotentiaires français (Munster, 2i nov. 1644) : « le nonce lui respondit (à M. Servien). .. qu*il ne s'estonnoit perche il sigiior Servien mi da quesla bastonata, ce sont ses mots » (AIT. Etr., Allem., Corr., 34, f* 160).
1. Messieurs ne traduisait pas Révérend issimoru m, celsissimorum et revendissimorum principum.
3. « Necpoterani capere diversilatU rationem^ nisi quod suis in epislolis sicut veslimentis Galli varietaiem et multivagam inconstanliam sectentur » [Négoc. secr, de Mûnsler, I, 249-250).
De fait, toutes sortes d'écrits analogues, émanant des Français, sont en latin. Ainsi une lettre de Servien, plénipotentiaire de France à Munster A la Diète de Francfort, déc. 1644, est en latin ( AfT. Etr., Allem., Corr., 38, f» 286). Cf. une autre lettre collective des plénipotentiaires de France aux princes de l'Empire (4 déc. 1644, ibid., f* 287) ; une lettre des plénipotentiaires français A l'Electeur de Cologne, du même jour, (Aff. Etr., Allem., Corr.^ 3i,f® 266) ; une lettre des mômes au cercle de Franconie (/i>., f» 268), etc.
3. Delacour était résident de France à Osnabrûck. Il avait insisté pour étix; chargé des négociations. Le 19 nov. 1646 il écrivait à Brienne : « Je pretens estre icy pour touttes les affaires qui regardent le traitté qui se doit faire à OsnabrQck. C'est le lieu qui a esté choisy par MM. les Plénipotentiaires de Suède, et s'ils traittent icy, c'est seullement par les prières de MM. les ambassadeurs, qui les ont prié de commencer pour l'achever aprèsà Osnabruck.... c'est le mesme traitté avec les mesmes personnesavec qui j'ay ma résidence » (AfT. Etr., Allem., Corr. polit. ^ 74, f» 303). Brienne répondit aux plénipotentiaires français de Munster, 30 nov. 1646. On a décide « qu'il y auroit auprès des plénipotentiaires de Suéde un résident de France qui scroit admis à toutes les conférences qu'ils tiendroient avec les médiateurs ou les parties, n Lacour a été désigné (/Jbid.,f* 306).