HISTOIRE OE LA LANGUE FRANÇAISE
lions ny de bouche ny par écrit, si elles n'étoient faites en la langue du pays ou bien en latin^ parce €pie si Tonsouffroit qu'on y introduisit aussi la françoise, les Espagnols, les Italiens, et ensuite les Hongrois et les Suédois voudroient aussi sV faire entendre en leur langue. » Je n'ai malheureusement pas pu trouver confirmation de ces faits, auxquels il n'est pas fait allusion dans la correspondance que j'ai dépouillée. Mais Wicquefort a travaillé sur les originaux et son récit mérite toute créance.
Les Français étaient en effet dans leur tort. Seulement les préten* tions des Impériaux allaient plus loin. Le 16 octobre, ils s'adressèrent aux Médiateurs Vénitiens. Ils demandaient qu'à l'avenir les Français fussent invités à produire leurs « déclarations » en latin, en se conformant à Tusage suivi à la Diète de l'Empire à Ratisbonne. On éviterait ainsi une traduction et des différences d'interprétations. Les Médiateurs déclarèrent qu'ils rédigeraient aussitôt, et en latin, un <c Articul », qui, avec l'agrément des deux parties, serait considéré comme affaire réglée et demeurerait auprès d'eux en dépôt. Pour Tavenir, au cas où il se présenterait quelque chose sur quoi les Français auraient à donner quelque éclaircissement écnt, les Médiateurs négocieraient avec eux pour que, s'ils voulaient le produire en leur langue naturelle, ils consentissent du moins à y ajouter une traduction élaborée par eux-mêmes K
Nous verrons la France refuser plusieurs fois cette proposition. Elle n'y consentit pas 2.
Le fait et le droit. Le latin et l'autorité de l'empire. — En ce qui concerne les traités, personne ne songea à déroger aux usages. Le traité entre la France et les Pays-Bas, du 1*^*" mars 1644, était en français 3. Quand on en vint à la conclusion de la paix avec l'Empire (mai 1647), on examina en quelle langue elle devait être rédigée. Il ne pouvait être question de Tallemand, les puissances eussent regardé l'emploi de cette langue
'2. La réponse des ambassadeurs français (30 mai 1646) à la proposition impériale du 29 fut aussi remise en français (A. p. W., Ill, 37} et les Français refusèrent encore de la traduire eux-mêmes. Ce fut îleher, envoyé de Saxe-Weiniar, qui en fut chargé.
Une autre fois la même attitude fut de nouveau gardée. Le 8 juillet 1648, la lettre qui accompagnait le projet de traité envoyée parServien fut remise en français, sans traduction. Comme un écrit de ce genre n''était pas « conforme à Tidiome de TEmpire », le « secrétariat » du Heichs-Directorium le fît traduire en latin (A. p. W., VI, 587).