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i08 IllSTUIKR DE LA LANGUE FRANÇAISE
c Comme il n'est que trop facile a connoitre combien celle maxime esl éloignée de loule bonne conduile, lanl pour la religion que pour TEslat, il faul agir doucement pour la leur faire changer et employer toute l'aulorilé lemporelle pour allirer les sauvages parmi les François, ce qui se peul faire par les mariages el par Teducalion de leurs enfants ^ »
M. de Laval forma donc à Québec un petit séminaire, qui s'ouvrit en 1668. Une idée assez heureuse sembla il y devoir être appliquée, on voulait mêler des enfants français aux enfants hurons, pour y réaliser ce qu'on a appelé depuis Tenseignemenl mutuel. Les difficultés étaient grandes^ mais les gens d'oulre-mer voulaienl obéir '\ Il est du reste facile de voir par les lettres de la Sœur Marie de Tlncarnation que ceux qui vivaienl sur les lieux agissaient en cette circonstance par soumission el par déférence plutôt que par conviction 3.
1. Instruction à Boutcrouc, intendant de la Nouvelle France. Arch. des Col., B. K fol. 89, Ordres du Roi.
2. Il fallut, pour avoir des enfants français, prendre aux Jésuites les boursiers royaux. On ouvrit le 6 octobre avec 14 élèves, 6 hurons et 8 français. L'évéque de Pctrée écrit à ce sujet au curé de Soint-Josse, à Paris, le 8 novembre 1668 : « Comme le Roy m*a tcnioi(?nc qu'il souhaitoit que l'on tachast d'élever à la manière de vie des François les petits enfants Sauvages, pour les policer peu à peu, j'ay formé exprès un séminaire où j'en ay pris un nombre à ce dessein pour y mieux réussir, j'ay été oblige d y joindre des petits François desquels les Sauvages apprendront plus aisément et les mœui*s et la langue en vivant avec eux. Cette entreprise n'est pas sans dilliculté... Cependant nous n'épargnerons rien de ce qui sera de nos soins pour faire réussir cette heureuse entreprise, quoy que le succès nous en paroisse fort douteux »> [Helal. de la Nouv. Fr., 1668, éd. de Québec, t. III, p. 31).
3. Sœur Marie de l'Incarnation à son fils, l"* sept. 1668 : « S. M. veut, à ce que Ton dit, que les Révérends Pérès élèvent un nombre de petits garçons sauvages et nous un nombre de petites filles à la Françoise. Si Sa Majesté le veut, nous sommes prêtes de le faire, par Tobéissance que nous lui devons, et surtout parce que nous sommes toutes disposées de faire ce qui sera h. la plus grande gloire de Dieu. C'est pourtant une chose très-difficile, pour ne pas dire impossible, de les franciser ou civiliser. Nous eu avons l'expérience plus que tout autre, et nous avons remarqué de cent de celles qui ont passé pur nos mains à peine en avons-nous civilisé une : nous y trouvons de la docilité et de Tesprit, mais lorsqu'on y pense le moins, elles montent par-dessus notre clôture et s'en vont courir les bois avec leurs parents où elles trouvent plus de plaisir que dans tous les agréments de nos maisons françoises. L'humeur sauvage estfaite de la sorte; elles ne peuvent être contraincles: si elles le sont, elles deviennent mélancholiques, et la mélancholie les fait malades... Nous avons eu des Huronnes, des Algonquines, des Iliroquoises : celles-ci sont les plus jolies et les plus dociles de toutes. Je ne sais pas si elles seront plus capables d'être civilisées que les autres, ni si elles retiendront la politesse françoise dans laquelle on les élève. Je n'attends pas cela d'elles, car elles sont sauvages et cela suffit pour ne le pas espérer « {Lell. hisL^ tel. 7K, p. 627).
A la Supérieure du Monastère de Saint Denys en France, 1 1 sept. 1668 : « Nous avons francisé plusieurs filles sauvages, tant Huronnes qu'Algonquines, que nous avons ensuite mariées à des François qui font fort bon ménage. Il y en a une entre autres, qui sait lire et écrire en perfection, tant en sa langue huronne qu'en notre Françoise, il n'y a personne qui la pût distinguer ni se persuader qu'elle fiU née sauvage. M. L'Intendant (Talon) en a été si ravi qu'il l'a obligée de lui écrire quelque chose eu
Paris persiste dans ses ordres. — La bonne volonté des relig^ieux n'en fut pas moins reconnue et encouragée. Le roi écrivit le 16 mai 1669, à Tévèque de Pétrée, à Québec : «Vous ne pouvez me rendre un service plus agréable... que de continuera donner tous vos soins et toute votre application, non seulement à mettre tous mes sujets qui sont audit pays dans le chemin de leur salut, mais mesme à continuer l'entreprise que vous avez commencée Tannée dernière de prendre les jeunes enfants des sauvages, les instruire à la vraie religion et a les élever dans les maximes d'une vie civile et réglée pour commencer à ne former des François et d'eux qu'un mesme peuple, s'il est possible ^ » Et la même lettre ajoute : « Le s' Talon... vous fera délivrer une gratification que je vous ai faite pour vous aider à soutenir la dépense et Tentretien de vos ecclésiastiques et la nourriture et eslevation des enfants des sauvages. » Cette gratification était de 6000 livres. Elle devait aider 1 evêque à payer les frais, particulièrement ceux <( de Tinstruction des enfans des sauvages, dont S. M. , dit-on au destinataire, désire que vous augmentiez le nombre autant qu'il vous sera possible, n'y ayant rien de plus important pour l'avantage de cette colonie et pour le salut des sauvages, qui est le principal soin de S. M., que de les joindre à la vie commune des François-. »
11 y a, de la même époque, d'autres encouragements envoyés outre-mer -^ Evidemment les résultats étaient peu satisfaisants, car, dès novembre 1670, l'intendant Talon écrit h Colbert, qu'il a trouvé
sa langue et en la notre pour remporter en France et le faire voir comme une chose exlraordinaire. Sa Majesté... désire qu'on francise ainsi peu a peu tous les sauvages, afin d'en faire un peuple poli. L'on commence par les enfants. Monseigneur notre Prélat (Laval) en a pris un grand nombre à cet elTet : Les Révùrends Pères en ont pris aussi à leur Collège de Québec : tous sont vêtus A la françoise et on leur apprend à lire et à écrire comme en France. Nous sommes chargées des filles, conformément à notre esprit » [Jb., Lei. 79, p. 630).
A son fils» 17 oct. 1668 : ... Et quant aux filles, nous en avons aussi de sauvages avec nos pensionnaires Françoiscs... Je ne sçai à quoi tout cela se terminera, car, pour vous parler franchement, cela me paroit très-difficile. Depuis tant d'années que nous sommes établies en ce païs, nous n'en avons pu civiliser que sept ou huit qui aienl été francisées; les autres qui sont en grand nombre, sont toutes retournées chez leurs parents, quoique très-bonnes chrétiennes. La vie sauvage leur est si charamante, à cause de sa liberté, que c*estun miracle de les pouvoir captiver aux façons d'agir des François qu'ils estiment indignes d'eu.x qui font gloire de ne point travailler... Jugez s'il est aisé de les changer... des habitudes qu'ils contractent dès Tcnfance et qui leur sont comme naturelles u (//)., Let. 80, p. 63;V .