‹ Histoire de la langue française des origines à 1900Chapitre 85 sur 385 · HISTOIBE DE LA LANGUE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

HISTOIBE DE LA LANGUE FRANÇAISE

comme uii instrument d'étude. En 1642, le professeur en médecine, Melchior Sebiz, recteur de l'Université de Strasbourg, répétait avec insistance « qu'on ne saurait se passer de la connaissance du français * ». Reuss cite en outre ce fait, que J. Wencker, archiviste de la ville et historien, se faisait expédier en 1646 par le secrétaire de la ville, Gaspard Bernegger, tout ce qui avait été publié de plus, récent sur l'histoire de France, les livres de Scipion Dupleix, de Mézeray, d'André Duchesne, etc. Il demandait jusqu'aux pamphlets échangés entre les docteurs de la Sorbonne et les RR. PP. Jésuites, ainsi que les brochures politiques du jour 2.

La séduction française. Protestations. — Les jeunes filles, elles, aussi, et ce fait achève de caractériser le mouvement, lisaient volontiers des livres français, on le leur reprochait vivement : « Il y en a beaucoup, dit l'auteur de Teutscher Sprache Ehrenkrantz (Strasbourg, 1644, in-18<*, p. 303) qui ont dans leur chambre de beaux volumes dorés sur tranche et recouverts de velours ou de maroquin ; on pourrait- croire, en les voyant, que c'est V Ecole des catéchismes^ le Psautier, la Sapience, le Jardin du Paradis, le Véritable christianisme d'Arnd, etc., mais, quand on les ouvre, on voit que c'est VAmadi^, VAstrée, Diane de Montemajor, le Chevalier PontuSy Mélusine, la Prison de V Amour, et autres livres pareils 3. »

« Lors que les jeunes gens, disent les Mémoires de deux voyages y. partent de leur païs, on peut dire que ce ne sont que de belles statues; ils paraissent décontenancés comme s'ils ne savaient où mettre leurs bras. Mais quand ils ont roulé quatre ou cinq ans dans les cours étrangères, et surtout en France, où ils apprennent d'ordinaire leurs exercices, comme ils sont la plupart grands et bien faits, leur corps étant dressé par d'habiles maîtres à la dance, aux armes et à monter à cheval, et leur esprit orné de la connaissance des langues... ce sont des hommes accomplis. » Et dès lors l'idée se généralisait. « Quelque bonnes qualités qu'ait un gentilhomme qui n'a pas vu le monde, » on dira toujours de lui : « Quel dommage que ce gentilhomme n'ait pas été à Paris ! » C'est pourquoi « les pères de famille les moins accommodés mettent chaque année quelque somme en réserve pour fournir aux frais de voïage de leurs, enfants, afin qu'ils le fassent d'une façon utile et honorable ^. »

La France avait le secret de plaire, et elle arrivait à séduire les

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