‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 123 sur 352 · Charl., Th. et crit · texte numérisé non relu

Charl., Th. et crit

5. Ib.y 131. Le vrai nom d*Orinda était Catherine Fowler, dame Philips. John Davics lui dédia sa traduction du neuvième livre de Cléopàtre en 1659 (Upham, o. c, 355). Elle traduisit aussi plusieurs poèmes français (Ib., 357) « Je suppose, dit plaisamment un personnage de comédie, que Madame a lu Boisu ? — Oh oui, et Rapin et Dacier^ plus quAristote et Horace »> (Congr., Double Dealer, \69A ; Br. Dr., III, 173).

LA « GALLOMANIE » 173

du style. D'après le simple modèle des anciens, ils ont créé un noble satyrique. Dans le genre épique, leurs efforts ont eu moins de succès. Pour le dramatique, ils ont eu le bonheur de porter leur scène à la perfection la plus grande que puisse permettre le génie de leur nation. Mais l'esprit élevé de la tragédie peut mal subsister où l'esprit de liberté manque. Le génie de cette poésie consiste dans la représentation vivante des désordres et des malheurs des grands ; afin que le peuple et ceux de basse condition puissent mieux apprendre à se contenter de la privante de leur vie, à jouir de leur état plus tranquille, et à apprécier l'égalité et la justice de leurs lois tutélaires^ »

Parmi les gens de lettres, sans parler de ceux qui ont fait des traductions du français, et ils sont légion, de Milton à Pope, presque tous se sont honorés d*être familiers avec nos écrivains-. Dryden possédait son français au point d'en être possédé, Etheredge avait fait séjour en France, Rowe était en état de traduire La Bruyère, Prior, qui était poète autant que diplomate excellent, parlait couramment notre langage, tellement qu en 1711 il fut arrêté à Deal comme espion français. Addison l'apprit à Blois, et Vanbrugh avait complété son éducation d'architecte à Paris, avant de faire connaissanceavec la Bastille et Vincennes, où sa pièce, The Provok'd Wife^ fu composée .

La mode. — La raison supérieure de cet engouement était la mode, qui se passe de toute raison. Malgré les prêcheurs et en dépit des conservateurs entêtés, le beau monde s'éprit de plus en plus autour de 1650 des raffinements de la culture française. Pepys, dès la première année de la Restauration, apporte une preuve amusante de la gallomanie exaspérée de la cour : « J'ai dîné, écrit-il le 20 octobre, avec lord et lady Sandwich ; il fut très gai et déclara

1. CharacteristickSj vol. I, traités, Soliloquy^ p. 218. Il est vrai que ce jugement est accompagné de toutes sortes de restrictions. « En vérité, les Français peuvent se vanter légitimement de quelques auteurs vraiment agréables, corrects, et sans aucun mélange de genre affecté ou corrompu (spurious), sans faux tendre ou faux sublime, sans allitération forcée et pointes ridicules. Ce sont ceux dont le génie s'est formé sur le modèle naturel des Anciens, et qui reconnaissent volontiers leur dette envers ces grands maîtres ; mais pour le reste, qui puisent à une autre source, comme dans les auteurs italiens en particulier, ils ne peuvent guère être considérés mieux que comme les corrupteurs de Tétude vraie et de Térudition, et ne peuvent véritablement être goûtés que de ceux seuls que l'éducation a malheureusement privés de la familiarité des nobles antiques, et de la pratique d*un goût meilleur et plus naturel *> (Id., ib., 365, note).

2. Voir Beyame, Le publ. en Angl.^ p. M et suiv., Upham, o. c. et Gillet, o. c. passim.

bien haut qu'il allait faire venir un maître d'hôtel français... c'est qu il devient parfait courtisan * . »

La France apportait des satisfactions supérieures à un appétit général de luxe. Aux caprices des dames, Londres offrait tout le solide : boucles d'oreilles, diamants, brillants et belles guinées de Dieu, mais toutes les « menues denrées d'amour », suivant la jolie expression d'Hamilton, « gants parfumés, miroirs de poche, étuis garnis, pâtes d'abricot, essences » arrivaient de Paris chaque semaine^. On attendait tous les mois le débarquement de la poupée articulée, le mannequin du temps, revêtue des dernières élégances imaginées par les fournisseurs de la cour ^. Les hommes eux-mêmes faisaient venir des parures, et les poètes se sont plusieurs fois moqués de ceux qui ne pouvaient avoir un chapeau ou une épée qui ne sortît du meilleur atelier de Paris ^.

Charles II avait donné le mauvais exemple. Quand la reine arriva avec sa suite de Portugaises, on leur intima l'ordre d'abandonner leurs toilettes nationales. Il est vrai qu'il y eut une réaction, en 1666. Mais malgré des ordres formels et les proclamations solennelles des autorités^, elle fut de courte durée, et le goût se changea en frénésie. Dames et cavaliers emperruqués s'exercent à nos révérences. Les mouches, les masques couvrent les visages des ladies. Les éventails jouent suivant une technique parisienne. On reçoit dans des « ruelles », et le mot devient anglais; on sort, non plus dans de vilains et lourds carrosses, mais dans des calèches à l'instar de celle du duc de Grammont, qui avait fait révolution. Les repas s'ordonnent et les mets se préparent suivant les rites du « Cuisinier français ». On fait venir d'outre-mer non pas seulement du vin ou des truffes qu'on n'avait pas, mais jusqu'à des fromages. Les « cadeaux » avec violons et guitare, font rage. 11 n'y a plus de bal où les danses importées de France, et enseignées par des Français, particulièrement le menuet, ne tiennent la place d'honneur .

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