CHAPITRE VIII L'INFLUENCE DU FRANÇAIS SUR L ANGLAIS
Résultats. — Beaucoup d'Anglais ont écrit le français tant bien que mal. M. Bastide a donné quelques spécimens de leur style. Il serait facile d'en joindre d'autres à ceux-là ^ Nous n'avons pas à nous en occuper ; il n'y a qu'un écrivain anglais qui ait manié notre langue en maître : c'est Hamilton.
En revanche, nous l'avons vu, nombreux sont ceux qui ont écrit français en anglais. « Les auteurs d'alors, dit Beljame, furent des courtisans en tout... Ils ne mirent en scène dans leurs pièces que des gens du bel air; ils adoptèrent leur langage. La cour affectait de parler français : ils parlèrent français aussi, au point que leurs compatriotes ont souvent besoin aujourd'hui qu'on leur traduise leur vocabulaire ^ et que la bourgeoisie d'alors devait ne pas toujours le comprendre ^. » Dryden est un exemple frappant de l'impossibilité où se trouvait alors un bel-esprit d'Outre-Manche de résister à la mode. Il a protesté contre l'invasion des termes français, et lui-même s'en est si peu privé qu'on a pu donner comme objet à une recherche scientifique l'étude des mots introduits par lui 4.
Malgré les apparences, il ne semble pas que la deuxième période du siècle, où la mode a atteint son paroxysme, ait fait courir à la pureté de l'anglais plus de dangers que la première. Tout au contraire. Jespersen s'est livré à des pointages qui lui ont donné les résultats suivants. Sur 1000 mots anglais (les 100 premiers du Dictionnaire de Murray pour chacune des neuf premières lettres, les 50 premiers seulement pour j et /), il trouve :
1. Le 30 août 1685, Elheredge écrit : « Nous avons este employer ici plus que d'ordinaire le temps de ce Carnaval : autrement je n'avais pas manqué devant de vous faire mes reconnaissances. Vous m'avez accabler d*une telle manière de compliments et de tabac, que je manque des paroles et des moyens en ce misérable endroit (Ratisbonne) pour faire le retour que vostre générosité mérite » ( Works^ éd. citée, Introd., XVII-XVHI).
2. Swift disait déjà que de son temps bon nombre de mots et de phrases introduits sous Charles H par l'influence de la cour étaient à peine intelligibles (A proposai for improving Ihe English longue).