Poullet, o. c, I
7. Dans le même pays, suivant une ancienne coutume, l'élection de l'Évêque était annoncée au peuple « du haut du jubé de saint Lambert, en langue latine, en langue française et en langue flamande ». Ce fait, peu important en soi, montre du moins que même là où les Flamands étaient en minorité, en certains cas on se souvenait qu'il y avait lieu de leur parler dans leur idiome. Poullet, o. c, I, 374. Cf. Pirenne, II, 414.
i98 HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE
généraliser l'usage du français dans Tadministration du pays, ce fut sous le Téméraire. Mais comme il a été le plus flamand de tous les Bourguignons, il est, a priori^ fort douteux qu'il y eût là de sa part un essai de francisation du pays, aux dépens du flamand ^ Le duc se souciait surtout de régner en maître, et d'étendre le rôle du pouvoir ducal ; s'il tentait d'imposer une langue, ce n'était pas parce qu elle était la française, ce n'est même pas parce qu elle était la sienne, c'est qu'elle était celle de l'Etat, et du gouvernement central.
Au reste, une vive réaction particulariste suivit la mort du vaincu de Nancy. La tentative d'instituer un pouvoir presque monarchique, sous lequel les comtés et les duchés jadis indépendants viendraient se ranger comme de simples provinces, avait avorté. Le « Grand privilège » de Marie de Bourgogne (H février 1477) rétablit les souverainetés locales. Le pays gardait son caractère, il n'y avait plus de place pour les fonctionnaires centraux, venus de Bourgogne, administrateurs et légistes, qui devaient préparer la monarchie. Plus de place par conséquent non plus pour une langue d'État. La princesse accorda partout Tégalité des langues ^ : Désormais le Grand Conseil et les Conseils des provinces devront, à peine de nullité, employer pour la rédaction de leurs actes et lettres la langue usitée dans la localité que ces actes ou lettres concernent. Des stipulations expresses garantissent qu'en Flandre : « les commissaires commis au renouvellement des lois, et à l'audition des comptes des villes seront tous flamands de naissance et sachant la langue flaifiande ^, n Le conseil de Flandre, détenant la juridiction supérieure dans le comté, sera composé de i2 membres, tous flamands et parlant flamand ''. Le même privilège est accordé au comté de Namur ^, etc.
Le français dans le pays. — Diverses causes, fort bien démêlées par M. Pirenne, avaient non seulement assuré dans le pays la conser-
1. Pirenne rappelle que le duc veillait à ce que les fonctionnaires sussent le flamand (II, 415, n. 3) et que lui-même Tapprit, comme avait fait son père (Ib., 415-6 etn. 1).
2. Voir Pirenne, III, 9. Aux États-généraux, on parlait soit en français, soit en flamand, souvent en traduisant ou en résumant dans Tune des langues ce qui venait d*être dit dans l'autre. Bull, de U C. Roy, d'HUt. de Belg., Z* série, I (1860), 315, IV (1863), 338, 342, 344, 348, 349; dans Pirenne, II, 414.