CHAPITRE II OE L EXTINCTION DES DUCS DE BOURGOGNE A LA SÉCESSION
Marguerite d'Autriche. — Cette princesse avait fort couru le monde, et, à vingt-six ans, elle connaissait « le régime et façon de faire, et les différences des nations Françoise, Bourguignonne, Haynnuiere, Flandroise, Germanique, Angloise, Espaignole, Morisque, Sauojenne, Italique et de plusieurs autres ^ ! » Dans ses voyages, elle avait appris plusieurs langues, mais elle ignorait et le flamand et Tallemand. Bien qu'elle n'aimât pas la maison de France, où elle avait manqué d'entrer, c'était le français qu'elle parlait. Les « indiciaires » à ses gages, Jean Molinet, Nicaise Ladam, Julien Fossetier, n'écrivaient qu'en cette langue^. Et si leurs noms sont obscurs, celui de Jean Lemaire commence à sortir de l'ombre. C'était un enfant de Bavay, dans le Hainaut ^. Elevé par Molinet, il n'avait guère besoih de l'encouragement de Crétin pour « escrire en langue françoise et gallicane ». Sans doute il savait le flamand, il savait aussi l'espagnol ^, mais seul le latin eût pu attirer un styliste aussi raffiné. Dès le début, quand il composa contre les Français et en l'honneur de leurs vainqueurs paysans et charbonniers les « Chansons de Namur », c'est du français qu'il se servit. Poète errant, serviteur assez infidèle, il vécut à Valenciennes, k Bruxelles, à Malines, avant d'aller à Bourg, puis enfin à Blois et à Nantes. Il fut tour à tour à Marguerite, à Louis XII et à Anne de Bretagne, et dès 1512, il fallut le remplacera la cour de Malines comme indiciaire. Malgré tout, son œuvre entière est française, et il tient ou tiendra un jour dans notre littérature la place d'un précurseur, tout encombré encore d'un certain fatras du moyen âge, mais qui avait l'étoffe d'un poète, une imagination créatrice et la maîtrise de son verbe.
Jean Lemaire est surtout considéré comme un prosateur ; mais la cour de Marguerite avait d'autres poètes — classés ceux-là — dont