Le prince fonda à Breda une école militaire
6. Voyez pour Thistoire des réfugiés en Hollande Koenen, Geschiedenis van de vestiging en van den invloed der Fr&nsche refagiés in de Nederlanden (Amst. 1846; ; Berg^ De réfugiée in de Ned. na. de herroeping van het edict van Nantes (Amst. 1845) ; Weiss, Hist. desréf. prol. de Fr., II (Paris, 1853) ; Poujol, Hist. et infl. des égl. wall. d, les P.-B. (Paris, 1902); Eg^en, De invloed door Zaid Nederland op Noord Nederland geoefend {Gand^ I908j ; G. Cohen, Une église française en Hollande (Revue Bleue, 7 oct. 1911); Schickler, Les églises du Refuge.
églises néerlandaises, car celles-ci s'étaient organisées sur le modèle des églises wallonnes et avaient adopté, dès le premier jour, la confession wallonne K
C'est à Flessingue, en 1572, que se rencontrent pour la première fois des pasteurs qui exercent leur ministère parmi les exilés : mais Téglise de Middelbourg est la première église constituée du Refuge ; ses registres commencent en 1574. Dès 1576, il se trouva des Wallons à Dordrecht ; plusieurs pasteurs de passage, Jean Jaffin, Guillaume de la Grève, y prêchèrent en français. A Delft, en 1578, Guillaume de la Grève fait le culte en français. En 158i, la cour se transporte à la Haye ; et cette ville et Rotterdam deviennent des annexes de l'église de Delft. En 1578, les Wallons retirés à Amsterdam appellent un pasteur ; en 1581 une première prédication est donnée à Leyde. A Utrecht, une petite colonie de réfugiés s'établit vers la fin de 1582, et, en 1586, les Wallons réunis à Haarlem se constituent en églises. En somme, à la fin du xvi® siècle, quinze églises wallonnes ont vu le jour, auxquelles il s'en ajoutera vingt-huit nouvelles dans le courant du xvu® siècle, avant l'arrivée des réfugiés venus de France.
Sans doute, parmi ces émigrés calvinistes, il y avait des flamands aussi bien que des Wallons. M. Eggen a imprimé, à la fin de son livre, le texte du sauf-conduit accordé par le comte de Leycester en 1586 à cent trente-six familles protestantes venant d'Anvers, et, bien que la majorité des noms soient français, on y trouve également des noms hollandais. Mais il est néanmoins hors de doute qu'une quantité de ces réfugiés étaient de langue française. Sans qu'il soit possible d'évaluer avec quelque certitude leur nombre total, on peut affirmer qu*il a dû être très grand, puisque leur départ a amené la ruine complète de l'industrie et du commerce des provinces belges. Là où un demi-siècle auparavant, tout témoignait de la richesse des habitants, où tous les champs étaient labourés et cultivés, le pays était devenu désert et inculte après l'émigration.
Par contre, et c'est là une autre preuve de l'importance du Refuge, l'industrie et le commerce des Pays-Bas durent aux cal-
l. L'article 2 des résdlutions du Synode national de 1571, qui constitua ce» églises néerlandaises, disait : » Pour tesmoi^çner le consentement en doctrine entre les églises des pais-bas, il a semblé bon aux frères de soubsigncr la confession de foy des églises des pais-bas. »
A vrai dire, cette confession wallonne, adoptée en 1561, n'est pas au début française, mais wallonne. Elle fut rédigée en dialecte par Guy de Bray, natif de Mons.
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viiiistes un accroissement immense, surtout lorsque des émigrés français vinrent renforcer les colonies wallonnes. Celles-ci, qui eussent peu à peu perdu leur caractère propre pour se fondre dans la population néerlandaise, furent rajeunies et ranimées par l'arrivée des Français. Or il en vint dès 1585, lorsque Henri III, réconcilié avec les Ligueurs, ordonna k ses sujets réformés de se convertir à la foi catholique ou de quitter le pays. C'est là un premier afïlux, dont Tinfluence très sensible ne saurait être méconnue. Les guerres de la fin du siècle chassèrent de France beaucoup d'autres protestants, et le chemin des Pays-Bas fut un de ceux qu'ils s'accoutumèrent à prendre.
Ils occupèrent bientôt, non seulement dans la population civile, industrielle, commerciale et agricole, mais aussi dans Tarmée des Etats une place considérable ^ .
L'enseignement du français. — Une fois séparés des provinces où le français était la langue maternelle et officielle, les habitants des Pays-Bas indépendants avaient moins besoin de savoir cette langue. D'autre part, renseignement, on le pense bien, ne devait pas fleurir dans ces temps troublés où les villes étaient surtout occupées à se remparer et h organiser leurs milices. Qu'on se rappelle ce qu'il fut à Paris sous la Ligue.
L'enseignement du français ne fut pourtant pas abandonné complètement. M. Riemens a même la preuve que depuis 1583 il y a eu sans interruption à Gouda deux ou plusieurs écoles de langue française. Et il s*en fonda un peu partout en Hollande, en Zélande, dans rUtrecht et la Gueldre.
Parmi les fugitifs wallons qui s'établirent aux Pays-Bas dans le dernier quart du xvi^ siècle, plusieurs demandèrent à être admis dans les villes de la Hollande et de la Zélande comme maitres d'école, soit dans une école ordinaire («duytsche schoolmeesters »), soit dans une école de français « walsche » ou « françoysche schoolmeesters »). .\ Dordrecht, neuf hommes et trois femmes, venus de Malines, d'Anvers et de Gand sont autorisés, en 1591, à ouvrir
1. Sous le prince Maurice, en 1620, il y avait deux compagnies françaises au service des États Généraux; ils envoyaient une députation aux Synodes. Chaque régiment étranger du service des États généraux avait son aumônier confirmé par le Synode (Rég. du marq. de Roussy, 1625, du Maréchal de Châtillon, 1628). Déplus, les troupes en garnison formaient des églises et envoyaient leurs représentants, Nimègue depuis 1621, Bois-le-Uuc en 1625, le^ forts d'Axel et Philippine de 1638 à 1640, Isendijke en 163^-1611 . 11 y eut en outre des prédications françaises à l'Écluse, 1584-1587 et 1605, à Vilvoorde. 1579-1582, à Ostende, 1585, au fort de Lille. 1687-1690, à Berg-op-zoom , 1586, 1619 et sqq.jà Deventer, 1636 et 1666, à Huist, 1649(Schickler, o. c, 18).
une école de français et c'est là, soit dit en passant, une preuve qui s'ajoute à celles données plus haut (p. 214), de la diffusion du français en Flandre et en Brabant K
Assurément, il ne faut pas prendre à la lettre les phrases de Tépitre dédicatoire aux magistrats de Haarlem, mise par Mellema en tête de son dictionnaire françois : « Si nous voulons juger sans passion, il nous faudra confesser que tous les Flamengs, avec leurs seize provinces, nomméez le Pays bas, s'en servent quasi comme les Valons et François mesmes, es marchez, es foires, es cours, les paysans en assez grand nombre, les citoyens et les marchands pour la plus part, les gentils-hommes; brief les parlements et secretairies, le clergé avec les estudiens^. » Les auteurs de manuels, dictionnaires et grammaires exagèrent, dans une intention facile à comprendre. Et tout ce que nous savons directement deTexpansion que le français a eue dans le Nord, nous empêche de croire que jamais, à aucune époque, cette langue y ait été familière aux gens du peuple. Mais il reste vrai que, même au xvi® siècle, elle y était étudiée, comme la plus nécessaire à savoir, parce qu'elle était la plus « espandue par toute la Chrestienté^ »,et qu'elle le fut bientôt de plus en plus.