‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 175 sur 352 · PREMIÈRE PARTIE DU XVll^ SIÈCLE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE DU XVll^ SIÈCLE

écrits en français attestent sa très grande familiarité avec notre langue. Balzac lui écrivait : « Il faut que vous me juriez que vous êtes Hollandais pour me le persuader, et je ne puis croire que sur votre serment une vérité si difficile, car vous écrivez le langage que nous parlons avec autant de grâce que si vous étiez né dans le Louvre ^ . » Conrart lui disait avec autant d'admiration : « Je say que n'estant pas content d'une médiocre intelligence de nostre langage, vous en avez voulu acquérir une parfaite des plus secrets de nostre éloquence. . . Les François qui escrivent le mieux aujourd'huy confessent que vous les surpassez*. » Faisons dans lun et l'autre texte la part de l'exagération du style épistolaire d'alors, et de cette prodigalité de louanges hyperboliques que la correspondance cérémonieuse en latin, usuelle depuis la Renaissance, avait mise à la mode ; il reste que Huygens abordait, dans ses lettres françaises, les sujets les plus variés sans aucun effort^. Assurément, et lui-même s'en rendait compte, il n'était pas un écrivain français. De temps à autre une impropriété, ime incorrection même survient, qui trahit l'étranger ^. Mais ce sont là des taches isolées, et son style prouve une familiarité telle avec Tidiome que, même sans preuves formelles, nous pouvons admettre que Huygens parlait aussi notre français avec facilité. C'était en effet par la parole d'abord qu'on apprenait les langues étrangères. La lecture et la traduction ne venaient qu'ensuite .

Toute sa vie il resta au courant des productions françaises. Dans ses lettres, il entretient ses confrères des œuvres qui paraissent, il les achète et les prête à l'occasion ^. Depuis 1645, on le voit en relations suivies avec Corneille^, qui lui dédie Don Sanche d'Aragon ' ;

1 . Diss. sur T" Herodes infanlicida » de Heinsius^ déd. à Huygens. Voir Corr.^ 1, 162.

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