Ibid,. V
Histoire de la Langue français. V. 15
il s'informe de ce qu'on fait h l'Académie ^, discute les principes de notre versification^; s'intéresse à la querelle de Ménage et de Chapelain 3, bref se mêle à la vie intellectuelle parisienne comme un Balzac ou un Moysant de Brieux.
Mais il est bon d'ajouter diverses remarques, pour montrer les choses sous leur jour véritable et déterminer la place exacte du français dans cette maison. D'abord ce n'était pas la seule langue à laquelle Constantin ait cru bon de s'appliquer. Il avait également étudié l'anglais^ et l'italien. Pendant son séjour en Angleterre, il parle dans une de ses lettres de son « advancement en la langue, à quoy il vise spécialement ^ », et il a toujours entretenu les relations que, dans sa jeunesse, il s'était créées de l'autre côté de la Manche ; il a même écrit des lettres en anglais ^. Malgré cela, l'anglais n'a jamais joué dans ses relations un rôle comparable à celui du français. C'est une langue étrangère, qu'il a voulu apprendre, pour la commodité de ses affaires, voilà tout. Le français est plus et mieux que cela. Pour arriver à déterminer l'usage que Huygens en faisait, il convient de se demander non pas le rôle qu'il lui a donné dans sa maison, mais celui qu'il ne lui a pas donné. La réponse est nette. Il n'a jamais été la première langue, il n'a jamais ni pris ni été sur le point d'usurper la primauté sur la langue maternelle. Jamais la famille Huygens n'a abandonné son idiome, comme l'ont fait, par exemple, tant de grandes maisons de Russie. La correspondance de Constantin à elle seule nous éclaire complètement là-dessus. Constantin écrit en français à sa mère, comme plus tard il écrira en français à ses fils, mais elle lui répond en hollandais '• ; ses sœurs aussi lui écrivent dans leur langue maternelle ^, tandis que son père correspond avec lui en français ^. Il semble assuré d'autre part que ni dans la maison paternelle de Constantin, ni chez lui même, on n'usait du français dans la conversation quotidienne ;
1. Le 29 janv. 1660, Huygens demande à Conrart <e en quel estât est ceste fameuse Académie, comment composée, qu'est-ce qu'on y traictie. que c'est qu'elle produit et si ce certain dictionnaire a veu ou verra jamais le jour » (Jonckbloet, Geschiedenis der NederUindsche Letlerk,, IV, 75).
2. Worp, Lettres du Seigneur de Zaylichem à P. Corneille, Groningue et Paris, 1890, 12 et suiv. (lettre du 30 mai 1663) ; Van Hamel, Le vers français à V étranger (dans Actes du Congrès pour Vextension et la culture de la tangué française^ Liège, 1906).