PREMIÈRE PARTIE DU XVII® SIÈCLE
cela résulte de quelques passages des Mémoires et de la|Correspondance. Ainsi un jour son beau-père écrit à Constantin : « Ma femme me pria de vous escrire dat aile de wonden nu gènesen sijn » (c'est-à-dire « que toutes les blessures sont maintenant guéries ») ; les paroles imprimées en italiques sont visiblement rapportées telles qu'elles ont été dites, donc en hollandais ^ Ainsi, probablement parce que l'instruction de la famille ne le permettait pas, et peut-être pour d'autres causes, le français n'était dans la maison qu'ime seconde langue.
En outre Huygens n'entendait point qu'il envahît le néerlandais. Le jargon bariolé de français lui était odieux, et, quand les moralistes du temps raillaient les gallomanes, il était avec eux ^. Un jour même, avec une admirable précision, il a marqué comment et pourquoi il faut rester fidèle à Tidiome maternel, qui ne peut et ne doit être ni abandonné ni corrompu, étant seul adéquat à la pensée de chaque nation. Ce morceau, qui ne déparerait pas un traité de linguistique contemporain, mérite d'être cité tout entier :
« De vouloir prétexer, comme font aucuns, l'impuissance et la pauvreté de nostre langue, et que souvent force nous est d'appeler l'estranger au secours, c'est mal avoir considéré la maxime, à mon advis très- véritable et universelle, que touttes les nations du monde ont chez eux de quoy s'exprimer à suffisance. L'usage des monnoyes
1. Mémoires de Conslantin Huygens^ p.p. Jorissen, La Haye, 1873, p. xxviii.