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RÉSULTATS I. — EMPRUNTS DE LA LANGUE NÉERLANDAISE AU FRANÇAIS

Il ne sera dans ce qui suit question que du Lexique. Les influences françaises sur la Morphologie néerlandaise paraissent en elfet des plus contestables K Celles qui concernent la syntaxe ne doivent non plus être acceptées qu avec une extrême réserve et après un examen approfondi'^.

1. Vs du pluriel a été qualifié de fait de morphologie germanique (I, 397), et avec raison. 11 est même plus que douteux que l'imitation du français ait contribué à en étendre remploi. Ce qui a engagé plusieurs germanistes à reconnaître ici Tinfluence française, c'est que ce s semble ne pouvoir s'expliquer par le néerlandais lui-même et qu'il est inconnu dans le vieux bas-franconien, auquel remonte le néerlandais. En outre, il ne s'ajoute ordinairement qu'à un petit groupe de mots, les noms de personnes en -ère, -Aère, puis aux mots masculins en -e(, -en et à des mots français en -ler. Mais, d'après cette observation même, ce n'est pas à des mots d'origine française que s commence à s'adjoindre. En second lieu, dans l'ancien français, ce s ne se trouvait, au pluriel des masculins, qu'à l'accusatif; et, ce qui est plus grave, les mots féminins, au pluriel, ont également <, au nominatif et à l'accusatif. Enfin, quelle qu'ait pu être à l'époque ancienne la pénétration française aux Pays-Bas, rien absolument ne nous autorise à croire à une difTusion assez grande pour que le français ait pu agir sur le système morphologique. La morphologie est l'élément le plus caractéristique d'un idiome, rien ne lui demeure plus propre, il résiste même à de vraies invasions. Les mots étrangers qu'on adopte s'y accommodent. (Cf. Franse Woorden^ 321, et plus haut, I, 397). A notre avis, il ne serait pas impossible d'expliquer ce s du pluriel par le génitif singulier en s des mots dont le radical se terminait anciennement en a. Voyez Nienwe TaalgidSy VIII, 15.

2. Ainsi, on a expliqué par l'exemple du français le remplacement du pronom de la deuxième personne du singulier par le pluriel (J. A. Vor der Hake, De Aanspreekvormen in'i Nederlandêch,^ I; Thèse de l'Uni v. d'Utrecht, 1908); il est plus probable que ce phénomène s'est produit en hollandais indépendamment du français. La difficulté est que nous ne connaissons pas la langue parlée au Moyen-Age, c'està-dire à répoque où la substitution du pluriel au singulier comme forme de politesse s*est produite. Si, dès les débuts de la littérature néerlandaise, dans les œuvres courtoises traduites en français, le pluriel est plus fréquent que le singulier, cela ne peut pas servir de preuve en faveur de l'origine française de ce phénomène, car, en admettant que l'emploi du pluriel pour le singulier se soit développé en néerlandais, on s'expliquerait très bien que, dans ces romans où l'action se passe dans la haute société, la forme de politesse qu'était ce pluriel remplaçant un singulier ait été plus employée qu'ailleurs. 11 y a lieu d'insister sur ce fait que, dans les langues germaniques, on trouve des évolutions parallèles à celles des langues romanes et pourtant indépendantes : les unes comme les autres deviennent de plus en plus analytiques, les cas y sont remplacés par des prépositions, le rôle des auxiliaires devient de plus

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Le lexique néerlandais s'est au contraire enrichi de nombreux éléments français, qu^on peut diviser en trois catégories : mots et expressions, procédés de formation de mots, calques néerlandais de mots français ' .

Mots empruntés. — On a vu plus haut (I, 393) que les vocables introduits au Moyen-Age portent le plus souvent une empreinte picarde ou hennuyère, et qu'il arrive que le même mot se rencontre en moyen-néerlandais sous deux formes, Tune française, l'autre dialectale. Au contraire, dans la période que nous étudions en ce chapitre, si les mots ne viennent pas tous de France, tous du moins

Vn plus importanl et la répartion d'avoir et être comme éléments temporels sur les diiTéreiites espèces de verbes présente des analogies frappantes (Comp. surtout : J. H. Kern, De met het Participium Praeterili omschreven werkwoordsvormen in*i Nederlands; Verhandelingen der Koninklijke Akademie van Wetenschappen te Amsterdam, 1912), l'idée subjective est de moins en moins exprimée par le subjonctif, l'imparfait du futur y est revêtu des fonctions du conditionnel, Tidée optative est exprimée par pouvoir^ etc. Voilà pourquoi on doit se refuser à voir des calques du français dans la double négation, dans l'introduction de la négation au second membre d'une comparaison, dans l'intransitif exprimé parla forme réfléchie du verbe ou dans l'emploi de l'article partitif. L'extension rapide du génitif analytique, van den vader, à la place de des vaderi^ est trop conforme aux tendances de Coûtes les langues modernes pour qu'on soit obligé de le mettre au compte du français. (Quoique les conditions de l'anglais vis-à-vis du français aient été tout autres que celles du néerlandais, il semble que M. Kluge, dans le Grundriss der german. PhiloL. 2* éd., 1, 1071 et suiv. attribue au français une influence beaucoup trop grande sur la syntaxe anglaise. Aussi M. J. H. Kern ( Vereervoudiging in de Engelse Verbniging, Groningue, 1913) va-t-il beaucoup moins loin; c'est tout au plus s'il admet que la rapide extension du génitif et du datif analytiques a été favorisée par le français). Les analogies que présente la syntaxe du néerlandais avec celle du français doivent être attribuées, non à l'emprunt, mais à des tendances d'esprit communes aux peuples de l'Europe occidentale, que rapprochaient plusieurs siècles d'une culture commune. (Voyez sur ces questions l'article important de P. A. Lange, Ueber den Einfliîss des Franzosischen auf die deutsche Sprache im 17. und iS. Jahrhundert, dans : Uppsattser i Romansk Philol... Prof. P. A. Geijer, 1901).

1. Le Grand Diclionaire François Flamen,.. Rotterdam, J. Waesbergue, 1618, renferme à la fin de sa partie flamande un Appendix des mots absurds et eslranges^ attirants aux mots Latins, Espagnols, François, etc. desquels il y en a aussi au Dictionaire. Cet appendice renferme 26 pages. Une seule lettre en montrera l'importance et fera voir pour combien les mots français entrent dans le total. Voici TE : Ebatement, Eben, Eclips, Effect, Effectueren, Effort, Electuarie^ Eleganlie, Elément^ de Elementen, Emaille, Emailleren, Emailleerder, Emaraude^ Embre, Embuscade^ Embuschey Emende, Emologeren [Homologeren)^ Empescheren^ Employèrent Endivie, Enfanlerie, Engyen, Enqueste, Enquesteren, Enlerineren, Entérinement, Entreye, Entremets [Entelmes, Entelmoes) , Entreprinse, Enule campane, Episteler, Epitaphe, Equiperen, Equipage. Ermine, Errey Esmeraude, Essay, Esse, Essenlie, hssue {Essuwe), Evaluatie, Evaluation, Evalueren, Evangelie, Evangelier, Evangeliken, Evangelist, Exactie, Exactioneren, Exalteren, Exaltatie, Examinatie, Examineren. Excellent, Excellentie, Excepteren, Exceptie, Excès , Excessif, Excommuniéeren, Excommunicatie, Excuse, Excusalie, Excuseren, Executeren^ Executèerder^ Exécuteur, Executie,Executeren, Exemple, Exemplaer, Exempt, Exemtie, Exerceren, Kxercitie, Expedieren, Experientie, Expérimenter en, Expert, Exploot^ Explooteren^ K rponeren, Exposilie, Exprès, Expresselijc. Exspireren, Extract, Extraordinaris, Exuwe (cf. Essue).

ont la forme qu'ils ont dans la langue générale de France. Seule, Tanalogie des suilixes amène quelquefois une forme dialectale dans un mot emprunté tard, par exemple admiraliteit^ activiteit, nationaliteity où le suffixe -té a la forme picarde -teit^ d'après les mots français nombreux qui, en moyen-néerlandais, avaient ce suffixe. Généralement parlant, si les mots présentent des modifications par rapport aux mots français, ils les ont subies une fois importés. Cest la différence des organes et des habitudes des Hollandais qui leur imposent des changements phonétiques. Il arrive aussi que des mots n'entrent pas par la langue parlée, mais par les livres. Étant écrits et non entendus, les étrangers les prononcent d'après les lettres et lorthographe, et ils font entendre des sons là où, pour un Français, la lettre n'a qu'un rôle orthographique. Billard est prononcé en néerlandais avec un t final, et cela tient naturellement à ce qu'il y a pénétré comme inscription sur la devanture des cî<fés. tandis que boulevard sonne comme en français, étant venu en Hollande par la langue parlée. A mesure qu'on approche de Tépoque moderne, le premier cas devient plus fréquent en raison de l'augmentation du nombre des sujets qui savent lire.

Pour ce qui est des changements causés par ce fait qu'un Hollandais produit les mots français avec ses habitudes de prononciation néerlandaise, trois sont en particulier à signaler.

I. Contrairement à l'anglais, le néerlandais ne change qu'exceptionnellement la place de l'accent français ; le plus souvent les mots restent accentués sur la finale et il est presque toujours possible de déterminer les causes qui ont amené — quand elle se produit — l'adaptation de l'accent. à la prononciation indigène, qui le met sur l'initiale. Ce déplacement s'est fait fréquemment dans les mots composés ; le préfixe, comme dans les mots néerlandais, attire à soi l'accent qui met en relief le contraste entre le composé et le simple (p. e. diskrediet, displezier^ interest,contradans)^, et il en est de même du premier élément d'un mot composé de deux mots simples (bas-relief, belle-fleur, Grand-Hôtel, paspoort (passeport). L'accent peut devenir initial dans les noms propres, qui s'assimilent facilement aux mots indigènes quand ceux qui les portent sont devenus Hollandais {Boissevain, Valeton, etc.). Le déplacement de l'accent français se produit aussi quand la forme du mot fait l'impression de ne pas être française [domino, noga, lila, triko),

l. Le mot français qui correspond au mot néerlandais cité sera indiqué en cas de besoin seulement, c'est-à-dire quand Tidentification ne peut pas être faite immédiatement par un lecteur qui ignore le hollandais.

Plus importante au reste que la différence entre la place de Taccent en français et en hollandais est celle que présente la nature de ces deux accents, celui du néerlandais étant plus fort, et amenant par là facilement la disparition des syllabes atones ^ Exemples : fret (furet), fremineur (frère mineur), krent (corinthe), mankeliek (à côté de melankoliek) , priiik (perruque), etc. Souvent, pour empêcher la chute de ces syllabes, le néerlandais les renforce au moyen d'une consonne liquide -. Ex. : alstronomijn^ messelgier (messager), konkelbine (concubine), fermilie (famille), Garscoenge (Gascogne), sercoers (secours), ampart (à part), pampier (papier), correngeren (corriger), fronseren (froisser). Ces formes sont surtout fréquentes dans le langage familier.

II. Les voyelles françaises se prononçant plus avant dans la bouche que les voyelles néerlandaises correspondantes -^ une voyelle vélaire du français est plus près de la palatale correspondante du néerlandais que de la vélaire néerlandaise : quand les Français prononçaient ou, il est probable qu'un Néerlandais percevait un son plus voisin de ù. G^est ainsi que s'expliqueraient les changements de voyelles suivants : è français peut devenir i '*, par exemple fïits (flèche), krip (crêpe); o peut changer en œ, u, œi, par exemple keurs (corps), breuk (broche, dial. broke), kabuis (caboche) ; o, œ peuvent passer à w, par ex. : gale (gueule), colure (couleur), ajuus (adieu), uur (heure) ^ ; à ou peut correspondre œ, par exemple i&eur« (bourse), cuslen (coûter) ; au lieu de oi on trouve œ, œi, par exemple bus (boîte, anc. boiste), kamuià (chamois, dial. kamois) ; on peut devenir un, par ex. ajuun (oignon), kapuin (chapon, dial. kapon), kruin^ à côté de kroon (couronne).

III. Les consonnes chuintantes, c/i, j\ deviennent en néerlandais s, 5 ou 5 -f- yod, z -f- t/od. Gette substitution s'explique par le fait qu'en hollandais il n'existe guère de chuintantes ^.

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