CHAPITRE PREMIER COUP D'ŒIL EN ARRIÈRE
Le français au temps de Charles Quint. Premiers maîtres et PREMIERS OUVRAGES. — J'ai parlé au tome I de cette Histoire (p. 382 et suiv.) de la diffusion du français en Allemagne au moyen-âge. Elle ne discontinua jamais. L'ascendant de notre littérature, les dernières croisades, Téclat jeté par les Universités attirèrent vers notre civilisation de nombreux jeunes gens.
Au XVI* siècle, diverses causes contribuèrent à multiplier les relations. Les premières querelles religieuses amenèrent un assez grand nombre de Français à s'expatrier. En 1572, après le massacre, il y eut une vraie panique, et beaucoup s'enfuirent, de sorte qu'on rencontre dès lors des colonies françaises en Allemagne^. Toute-
1. On trouvera sur ce sujet des renseigpnements bibliographiques dans L. Betz-Baldensperger, L* litlérainre comparée^ 1904, u* éd. ; et Bibliographie der vergleichenden Literaturgeschichle^hgg. von A. Jellinek, 1903 et suiv. ; cf. Ilonegger (J.-J.)t Kriiische Geschichleder franxôsischen Kaltureinflûs$e inden lelxlen Jahrhnndertenj Berlin, 1875, in-8*; Gruckcr {Emile) ^ Histoire des doctrines littéraires et esthétiques en Allemagne^ Paris, 1883, in-8*» ; Rossel (V.), Histoire de la littérature française hors de France, Paris, 1895, in-8" ; Histoire des relations littéraires entre la France et t Allemagne^ Paris, 1897, in-8» ; Wilmotte, Pourquoi il faut parler français^ Extrait des Cahiers alsaciens, 1912; D.-K. Gebauer, Geschichte des franzôsischen Kaltureinflusses ouf Deutschland von der Reformation bis zum dreissig-jâhrigen KriegCy Strassburg, 1911 \ Quellenstudien zur Geschichte des neueren franzôsischen Einfluêses auf die deutsche KuUur (Archiv fur Kultur geschichte, V, 1907, 441 et suiv.); U. J. Kaemmel, Der Eirifluss der franzôsischen Sprache und Literatur auf die hôheren Stânde Deutschlands seil der Mille des XVI Jahrhunderts, Progr. Zittau, 1853;Steinhausen (Georg), Die Anfânge der fr. Litteratur- und Kaltureinflusses in Deutschland {Zeitschrift f. vergL LUteraturgeschichie, N. F. VII, 349 et suiv.); B. Haendcke, Deutsche KuUur im Zeitalter des dreissigjàhrigen Krieges, Leipzig, 1906; F. DiefTenbach, Der franzôsische Einfluss in Deutschland anUr LadwigXlV, 1891; Radlof, Frankreichs Sprach- und Geistes Tyranney ùber Earopa seit dent Rastâdter Frieden des Jahres 1714, Leipzig, 1814, in-8«; RQhs (Friedrich), Historische Enlwickelung des Einflusses Frankreichs und der Franxozen auf Deutschland und die Deutschen, Berlin, 1815, in-8*'.
2. D'après Henri ToUin, il y avait dès 1524 des réfugiés français à Marbourg, mais c'étaient des isolés ; il ne commença à exister de vraies colonies qu*à partir de 1563. Strasbourg et Heidelberg furent parmi les centres les plus importants. La plupart des réfugiés de la Saint- Barthélémy s'établirent en Alsace, en Palatinat et en Hesse. (Voir Die franzôsischen Kolonien im deulschen Reich, Deutsche Erde, I, 1902, p. 4 «t suiv., cité par Gebauer, o. c, p. 16 et 1 , n. 1.)
fois ce n'est pas par là que notre langue et notre civilisation s'introduisirent. Ce n'est pas la France qui alla en Allemagne, ce fut TAUemagne qui vint en France.
J'ai déjà parlé de l'estime que Charles Quint professait pour le français, sa langue maternelle, et du mépris où il tenait l'allemand^. Ses mots sur la valeur relative des langues ont fait fortune. Mais. je doute fort que l'usage personnel de cet irréconciliable ennemi de la France ait beaucoup favorisé le développement de notre idiome". Il le parlait, il lisait fréquemment des livres français, il correspondait souvent en français avec son frère, les princes, ses agents ; il s'en est servi publiquement pour des harangues et pour ses Mémoires ^^ Soit ! Les Allemands aiment assez à imiter les exemples venus d'en haut, soit encore ! et je veux bien croire que, pour le flatter, un prince lui ait offert un livre français de piété ^ ou que d'autres lui aient écrit en français. Mais ce sont là des faits dont il ne faut pas exagérer la portée . Les idées qu'on connaissait à l'Empereur ont pu inciter le chef d'une maison à apprendre le français ou à se procurer un secrétaire ^ français. L'influence n'eût pu être profonde et générale que si dans une Allemagne moins divisée l'Empereur eût vécu au milieu d'une cour francisée, donnant une part au moins de son temps aux arts et aux lettres, au lieu de courir armé d'un bout du monde à l'autre, sans repos ni trêve, à la tête de troupes où entraient dix peuples différents.
Il n'est pas impossible cependant que le règne de Charles Quint ait contribué à faire connaître à l'Allemagne ce qu'était et ce que valait la France de François I®*", et à propager l'idée qu'il y avait là un peuple à connaître ^. En tout cas, la paix une fois rétablie à