Dorfeld, o. c, 5, n
6. Voir réd. de 1561. Epistola, p. 4. Pillot ajoute : « in tota etiam ferme Europa non modo in Germania. »
Néanmoins, malgré toutes les réserves qu'il convient de faire, grâce aux histoires locales, grâceaussi à la curiosité qu'ont éveillée les origines de la philologie romane dans le pays qui a eu F honneur d'en faire une science, nous avons en main des faits assez nombreux et assez concordants pour conclure que dans toute une partie de l'Allemagne notre langue était en haute estime auprès des Cours, que la noblesse et la haute bourgeoisie Tétudiaient avec une certaine curiosité, que plusieurs même s'étaient pris pour elle d'une vraie passion. Et nous sommes dès lors en droit de retenir quelque chose de ces lambeaux de préfaces et d'épitres qui à eux seuls n'auraient point de valeur. Il y a une part de vérité dans ce qu'ils disent et répètent à l'envi : « Si nous visitons les cours des électeurs, des princes, des grands seigneurs de l'Allemagne, quel autre idiome frappera nos oreilles aussi souvent que celui des Français ? Celui qui l'ignore devra, ou bien se taire, ou se résigner à passer pour un barbare *. »
Presque dans le monde entier, disait de même Ph. Garnier à ses étudiants quelques années plus tard, la langue française est devenue indigène, et ne semble pas indigne de partager l'empire avec sa mère, la langue latine. J'en appelle, ajoutait-il, à votre Allemagne, qui a hérité de l'Empire Romain, qui, habituée à parler et à prononcer les langues étrangères, grâce à des dons heureux, fait du français ses délices et ses amours comme d'aucune autre langue. Et il n'y a presque aucun endroit, de quelque côté qu'on se tourne, où le français ne soit adopté. Depuis douze ans que je l'enseigne à Strasbourg, Giessen, Leipzig, et dans nombre d'autres localités d'Allemagne, je puis affirmer que sa connaissance est un des principaux mérites pour lesquels la fleur de la noblesse allemande est estimée ^.
1. Joh&nnis Serreii (de Serres) Gr&mmatica Gallica^ Argentorati, apud haeredes Laz. Zetzneri, 1629, p. 8-9. Nous citons d'après cette sixième édition. Mais la préface de Jean-Louis Hawenreutter, professeur de physique à TAcadémie, est datée des ides de juin 1603 ; voir Reuss, o. c, II, 188 et n. 1.
2. Vndefactum, ut toti pêne orbi vernacula sit pingua gailica], et divisisse Imperium cum Latîna matre soboles non indigna videatur. Germaniam vestram appello, ad quam Imperii Romani summa devoluta est, quœ cumexteras linguas felici ingenio exprimat et loquatur, Gallicam in deliciis et amoribus prueter cœteras habet, nec locus fere est, quoquo te vertas, ubi ipsius idioma non usurpetur. Duodecennium praeter propter est quod eam Argenlinie, Giessic, Lipsice, ac complurimis aliis Germanise in locis doceo, testariquc bona fide possum, inter prïccipuos laudum, quibus flos nobilitatis Germanicœ hodic œslimatur, illam haberi » Praecepla gallicl termonis. Argentorati,Zetzner, 1618.(Epist. dedic). L'édition de 1598 (Argentorati. Ant. Bertramus) est dédiée ; Illvstribvs et / Generosis Dominis :/ d.zobnkoni brtmcbxsi/l. Baroni à Waldslein : Domino in Vngersberg/ct Budouitz : Brtnicij haeredi, etc./ n.RAPHAELi LBscziNio .' LBSsNi,/Goluchowi, Straw, Paronowi, Podhaicza,
300 HISTOIRE DE LA fJLNGUE FRANÇAISE
L'année suivante, Daniel Martin se montre encore plus explicite et plus précis : « Depuis quelques lustres, dit-il, la grâce et la beauté de notre langue a fait venir en France les principaux jeunes nobles bien nés et de grande famille de Germanie, d'Angleterre, de Danemark et de Pologne. Reportée par eux dans les cours des princes, elle s'est ainsi propagée et répandue au loin, comme si elle eût voulu déposséder la langue indigène de son domaine propre. Bien plus, en certains endroits, son prestige s'est accruau point que non seulement pour des charges en vue, mais même pour des fonctions publiques très ordinaires, ceux qui ne la possédaient pass*en sont vu interdire l'accès. Pour ces raisons, des sortes de colonies de jeunes gens de tout ordre sont envoyées en France en vue de s*en pénétrer. Un grand nombre d'esprits plus sages et plus prévoyants, voulant à la fois restreindre le temps si ennuyeux des premiers balbutiements, et les frais considérables que coûte un long séjour sur le pays, ont commencé à faire venir des Français instruits, dont le jugement et la direction devaient leur permettre de faire dans ce stade de la langue une course plus facile et plus prompte. De là tant de maîtres de notre langue, dont quelques-uns, amenés soit par le goût des voyages, soit par l'espoir de gagner de l'argent, ont pénétré dans toutes les Académies d'Allemagne. Ils y ont été accueillis avec bienveillance. Ils ont trouvé dans les princes et les autorités des Mécènes, et ont été munis de chaires, de telle façon que dans son propre pays la jeunesse d'Allemagne pût apprendre à peu de frais les langues étrangères K
Il convient de souligner que De Serres, Garnier et Martin tenaient ce langage à Strasbourg.
etc./ Dn. Palatinidi BrestensiCurauiensi./ n.ArcDRRAB vnonaoiol./ Baroni in Sonncgk, etc./ D.cHRisTOPHORO THVRzoM :/de Berhiehe Fuiva, comiti Scepusiensi, L. Baroni/ Bamoczy, Smtantœ, Galgoczy : Dno in Tliemet-/um et Ruhno: Dominis suis clementibus./s.p.D.
1. Aliquot adhinc lustris Linguœ nostrae gratia atque venustas prœcipuos Germanias, Angliœ, Daniacac Poloniœ juvenes nobiles, generosos, el illustres in Galliam evocavit : quam cùm in Aulas principum transportassent, ita propagata cl latè dirfusa est, quasi vernaculam proprià sede deturbatura; quinimônonnulUs in locisadeo invaluit eius authoritas, ut non ad eximios solùm honores, sed ad munia publica etiam vilissima, eam non calienti aditus intercludalur. Ilisde causis omnis gencris juvenum quasi coloniae, eius imbibendco gratiâ in Franciam ablegantur : quorum pluriuiî mentis sanioris et magis providœ cùm tœdiosum balbuticndi tempus conlrahcre, lùm sumptus, quos qui diu illic commorantur ingénies faccrc consuérunl, redimere volentes, studiosos Gallos sibi adsciscere cœperunt, ut ipsis arbilris et direcloribus in hoc linguoD stadio expediliùs et proniùsdecurrerent. Hinc lot facli Linguœ noslne magislri, quorum nonnulli, parlim peregrinandi studio, partim rei facicndœ spe adducti, ad célèbres quasque Germaniœ Academias penetrârunt, ubi bénigne excepti. Principes, et eorum locorum dominos, Mecœnates cxperli sunt, ornali proféssuris quô intra proprios lares juventus Germanica. sumptu paruo in exolicis linguis erudiretur (Gram. gall.y Argcntorati, J. Caroli sumplibus, 1619, Dédie, du 22 déc. 1618).