CAUSES DE CETTE DIFFUSION. LA POLITIQUE ET LA LANGUE
qu*il est avéré qu elle savait fort peu de français, qu'elle ne l'apprit même jamais parfaitement ^
Éléonore Desmier d'Olbreuse et la cour de Brunswick. — L'arrivée dans une petite cour d'Allemagne d'une dame de France qui n'avait même pas besoin d'être toujours une très grande dame, avait de tout autres conséquences. « Les têtes allemandes, a dit un ennemi, Rûhs, en étaient entièrement tournées. » Nous en avons un exemple éclatant dans ce qui se passa en Brunswick. La duchesse était une française d'assez petite noblesse, Éléonore Desmier d'Olbreuse, qui avait été attachée à Emilie de Hesse-Cassel, devenue princesse de Tarente 2. On sait comment l'amour 1 éleva jusqu'au trône, et fit de la modeste gentilfemme de Poitou l'aïeule commune des rois qui régnent aujourd'hui en Prusse et en Angleterre.
Une fois duchesse régnante, elle s'entoura de compatriotes, la marquise d'Olbreuse, sa belle-sœur, première dame d'atours. M"" de la Motte-Fouqué, de Beauregard, la marquise de la Roche-Giffard, M"® Hélène de Lescours, sa demoiselle d'honneur. Près d'elle on trouve encore M***® de la Motte, de Charriard, de Maxûel de la Portière et de Mel ville.
Le duc avait suivi Tentrainement. Dans ses troupes ducales et dans celles de Tévêque d'Osnabrûck, des Français avaient été pourvus de hauts commandements. On y trouve des Bragelogne, des de Villiers, des Malortie et des Melleville. C'est Jérémie Chauvet qui remplaçait le plus souvent à la tête de ses troupes le prince absent. François de Beauregard était major général de la milice. Le colonel de Launay commandait le régiment des gardes du corps. Le général de Boisdavid était grand écuyer, charge qu'avait occupée Henri Desmier de Beignon ; un Du Bocage était colonel des dragons de la
1 . Quand elle voulut se confesser, à Chàlons, elle avoua qu'elle était incapable de le faire en français. On fut obligé d'avoir recours A un chanoine de Liège (M"* de Montpensier, Mém.^ 489).
Plus tard, le 31 octobre 1687, son confesseur, le P. Freys, mourut A ses pieds en la confessant. Dangeau dit à ce propos : « Elle ne peut se confesser qu'en allemand. Aussi je crois qu'elle prendra son compagnon le P. Adelmann » {Journ.^ II, 5©).
3. Elle parlait sans doute le français avec élégance, ayant vécu dans une société très cultivée, mais voici un spécimen de son orthographe : « De la manière dont jay ouy parler de M"" de la Laigne elle me parois for propre A consoller un homme aflige et a faire oublier tous les chagrain du monde il faut ce rejouir avec vous mon frère du chois que vous en aves fait et du bonheur que vous alay avoir de la poseder vous ne pouvies mieus faire ny mieus choisir car son mérite mes connu et je say depuis lontant comme elle a résiste au avantage qui luy ont este ofer par M"*' de Mintenon moyenan quelle quitas sa religion...» (Haag, France Prot.y2* éd., art. Desmier, p. 351).
326 HISTOIRE DE UL LÂMGDE FKANÇAiaE
garde ; M. Schot» médecin du duc et de ses troupes ; M. de Lestoc, chirurgien en chef des troupes du duc de Zell *.
On y trouve un M. de Boisclair, maître des Eaux et Forêts, un M. de la Portière, grand fauconnier. Parmi les gentilshommes de la chambre, on compte encore le marquis de Suzanne t de la Forest, le baron de Caumont-Montbreton, et Henri de Pouguet de Faillac; M. G. Caulier est premier valet de chambre. Le grand maréchal et premier gentilhomme de la chambre de la duchesse est Armand de Lescom's. Comme chevaliers d'honneur et chevaliers de la Cour, il y a MM. de Malortie de Villars, écuyer de la duchesse, du Vergier de Monroy, de Vaux, et du Vergier de Paisay 2.
Dans le conseil privé, sur cinq membres, siègent deux Français, le général Jérémie Chauvet et M. de Rosemont de Bouoœur 3. Le colonel de Villiers, Messieurs du Docage, le baron de Beauregard Montamaud, capitaine de cavalerie, sont au service de la maison de Brunswick-Lunebourg ; M. de la Vallée y est écuyer expert; M. Prodhomme, M. Harleuse secrétaire de Son Altesse pour ritalie, Paul Joachim de Bylon conseiller privé *.
On pense quelles étaient les mœurs d'une société où tant de Français avaient apporté leurs goûts. Bals, concerts, ballets alternaient avec les représentations théâtrales que donnait une troupe française de vingt-quatre acteurs, entretenue à frais communs par les trois frères, Georges-Guillaume de Zell, Jean-Frédéric de Hanovre '^ et Ernest- Auguste, évéque d*Osnabruck, qui la gardaient chacun quatre mois.
En 1669, quand Chappuzeau arriva à Pyrmont, résidence des princes de Waldeck Pyrmont, où le duc et la duchesse de Brunswick-Lunebourg étaient attendus, on lui commanda en toute hâte une comédie, qu'il composa en treize jours : Les Eaux de Pirmonù. La duchesse, qui était comme lui du Poitou, le récompensa géné-
1. Chapposeau nous a déjà donné ane paKic de ces détails (L'Alem., 35^-960). « Leur cour était remplie, dit Gourville (Mém., éd. Mich. et Pouj., 541), particulièrement celle de M. deZeU, de François, à qui ils donnoient une subsistance proportionnée aux emplois qu'ils avoient dans leur maison. » Cf. IL de Beaucaire, Éléonore Desmier d*Olbrev%ej duchesse de Zell, Paris, 1884, 8«, particokièrement p. 55-56, 79, 81-86, 102, et Sander, E, Desmier d'Olbreuse, Berlin, 1893, op. de 13 pages. Cf. Extrait du livre ides Protocoles des Actes faits en VÉglise Réformée recveiUie i Zell (>ls. 317, Bib. Soc. Hist. prot. fr., Paris).