‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 295 sur 352 · Enlret. d'Ar. el d'Eug · texte numérisé non relu

Enlret. d'Ar. el d'Eug

li est vrai qu'aussitôt émise, cette proposition était contestée eni France même et par des hommes moins ignorants des au très nations *,. et par des gens à Tesprit moins délié peut-être, mais dont la vertu, janséniste était peu disposée à se laisser dominer par aucune forme de la vanité ^. Toutefois, si une opinion de ce genre, exposée sousforme de théorie, rencontrait tout de suite une opposition très vive,. si le bon sens se révoltait à Tidée de prendre des peuples en masse^ et de leur « donner brutalement l'exclusive >», un grand nombre d*hommes et de femmes de cour n'en étaient pas moins assez enclins à se croire seuls capables de cette politesse dont ils avaient fait leur idéal et leur secret, et à laquelle un si petit nombre, parmi les Français eux-mêmes, étaient en mesure de parvenir.

Ainsi toutes sortes de raisons matérielles et morales^ devaient causer des malentendus, du froissement, du dépit. Des événements graves, des empiétements, des guerres, la dévastation de divers Etats semèrent en outre la colère et la haine. Une politique de rigueur suivie contre les coreligionnaires dont, de près, on ne trouvait pas le dogme suffisamment orthodoxe, mais qui de loin, n'eni apparaissaient pas moins comme des frères persécutés, achevad'exaspérer une portion de l'Allemagne. De sorte que toutes ces causes, sans être assez fortes pour empêcher l'extension dont nous^ avons suivi les phases, amenèrent cependant, de bonne heure et maintinrent une opposition dont il est facile de retrouver les traces^ opposition assez semblable, en somme, à celle que Titalianisme avait provoquée en France au xvi*' siècle.

On éprouvait pour la France et les choses de France à la fois de^ l'attrait et de la répulsion. C'était de l'admiration mêlée d'un peu. de mépris, du respect où entrait de la crainte, un vif désir de rivaliser, borné soudain par une totale incompréhension. Il est piquant de voir l'Electeur Palatin Ch. Louis lui-même donner dans ces préjugés, ou agir comme s'il y donnait. 11 fonde à Neubourg un Institut de-

1 . Voir ChevraeAna,^ éd. de 1697, p. 90-91 : « On ne doit juger ni bien ni mal d'une Nation par un particulier, ni d'un particulier par sa Nation. Il y a des Allemand» comme des François qui n*ont point d'esprit. . . J'honore fort le P. B(ouhours} qui a du mérite : mais j'ose dire que la France n'a point de plus bel esprit que Madame la Duchesse de Hannavvre d'aujourd'hui, ni de personne plus solidement savante en Philosophie que Tétoit Madame la Princesse Elizabeth de Bohême, sa sœur ; et je ne croi pas que l'on refuse le même titre à beaucoup d'Académiciens d'Allemagne, dont les Ouvrages meriteroient bien d'être traduits. Il y a d'autres Princesses en Allemagne qui ont infiniment de l'esprit ; mais on s'est mis en tête qu'elles n'en ont point, parce qu'elles ne sont ni enjouées, ni coquettes, et qu'en France on juge souvent du bel esprit par la belle humeur. »

2. Voir Sent, de Cléante^ 156. A l'étranger Ancillon fit justice des théories de Bouhours {Mém.j 1709, 264 et suiv.).

jeunes filles nobles. 11 le ferme aux Français qui sont « des ribauds, •des goinfres, des coquets^ des gens légers, qui ne s'entretiennent •avec les femmes que de coquetterie^ de goinfrerie ou de fadaises. * » La maison sera même close aussi aux Allemands, que l'imitation 'd'une race coupable a pervertis. Et après cette satisfaction donnée ^ la vertu, le prince se met à chercher un secrétaire français pour (remplacer Chevreau, qui désirait rentrer en France.

En 1655, Limné (1592-1663), note avec une amusante naïveté cette •défiance instinctive qu'éprouve une partie du public germanique à regard, non seulement des gens et des choses de France, mais «aussi à l'égard des Allemands qui s'étaient frottés à eux. « Ainsi que Scioppius Ta écrit (p. 15 de son Alexipharmacon Regiuni)^ 4iit-il, ce que Cicéron jugeait des esclaves, à savoir que les plus :âavanls en grec étaient en même temps les pires, on peut le dire ^vec vérité de beaucoup de nos compatriotes, qui ont d'autant moins <le valeur morale et rendent d'autant moins de services à la patrie, •qu'iis sont plus habiles en langue française. » Au reste, ajoute ^sagement Limné, qui avait séjourné lui-même en France, « cela n'entache pas la langue mais seulement la personne qui en abuse -. » Distinguo subtil, mais juste, qui nous permet de comprendre et •de concilier ces deux faits contradictoires et réels : d'une part, la (haine et l'envie qu'inspirent la France et Tesprit français, d'autre part, le désir qu'on a malgré tout de posséder sa langue.

Les socrÉTÉs pour la culture de la langue allemande "^ . — Le 2i août 16 1 7, se fonda à Weimar une « Société fructifiante ^ » (frucht- Ibringende Gesellschaft). Le créateur était le prince Louis d'Anhalt Côthen (1579-1650), et avec lui son neveu, Jean Casimir; Ernest, Frédéric et Guillaume de Saxe Weimar et lena ;deux gentilshommes, Christophe von Krosigk et Caspur von Teutleben, le colonel l>letrich von dem Werder et le conseiller Fr. von Kospath. A la

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