‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 312 sur 352 · Cf. Pradier-Fodéré, Courrier diplomat.y 31 janv · texte numérisé non relu

Cf. Pradier-Fodéré, Courrier diplomat.y 31 janv

qu'en la nostre, et sur tout les Ambassadeurs qui vont vers les Princes estrangers : ainsi que firent Caton le Censeur, et le Seigneur de Gyé, estimé entre les plus sages de son temps, lesquels estant Ambassadeurs l'un vers les Athéniens, et Tautre vers le Pape, honorèrent tant leur langue, qu'ils n'en voulurent parler d'autre, combien qu'ils l'eussent peu faire également [élégamment ?] et proprement K » Les Espagnols avaient eu autrefois une ambition de ce genre ; la leur avait-on prise et prétendait-on riposter à leur arrogance par autant de prétention ? Peut-être. Aussi convient-il de ne voir là qu'une de ces innombrables idées que le xvi® siècle a remuées sans s'y arrêter. Il est possible encore et même très vraisemblable que l'imagination de Nicolas Pasquier s'échauffe, comme il arrive si souvent aux érudits de ce temps, sur un souvenir antique, et peut-être donne-t-il à la résolution de M. de Rohan-Gyé, en souvenir de Caton, une valeur doctrinale qu'elle n'avait pas.

Quoi qu'il en soit, rien à ma connaissance ne laisse supposer que des hommes d'Etat du xvi* siècle, exclusivement épris en général de résultats matériels, aient apprécié en aucune façon les avantages d'ordre moral que la nation pouvait tirer d'une semblable conquête. Certains d'entre eux, je l'ai montré, ont rendu au français d'inappréciables services, en en faisant la langue nationale ; ce serait un grand honneur pour eux si on pouvait prouver qu'ils ont caressé aussi un autre rêve, même sans le réaliser, celui d'en faire la langue internationale. Mais y eussent-ils appliqué toute leur volonté et toute leur habileté qu'ils n'eussent sans doute pas réussi. Dans la plupart des conventions négociées et conclues au xvi® siècle, le nombre des contractants était très restreint. Rien alors qui ressemblât à un de ces grands congrès européens, tel que sera celui de Munster. D'autre part, jusqu'à la mort de Charles-Quint, l'Empire enveloppe la France de toutes parts, et c'est surtout avec lui qu'elle lutte et qu'elle traite. Or l'Empire affecte non seulement le nom, mais la langue de Rome. Enfin ce n'était pas en pleine Renaissance qu'il y avait chance de déposséder le latin d'une prééminence séculaire. Ni la géographie de l'Europe, ni la situation politique, ni l'état des idées n'étaient favorables à ce changement.

Décadence du latin. — Au xvu® siècle, au contraire, les circonstances sont complètement modifiées. Pour ne retenir que les faits qui sont de mon domaine, malgré la Renaissance et aussi à

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