‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 313 sur 352 · Ut., IV, 14, dans Est. Pasquier, Œvr., II · texte numérisé non relu

Ut., IV, 14, dans Est. Pasquier, Œvr., II

LA SITUATION AU XVl« SIÈCLE 389

cause de la Renaissance, le latin avait cessé d'être apte à vivre de la vie des nations modernes. Restauré dans sa pureté antique, il était devenu en effet par cela même à peu près incapable d'exprimer certaines idées modernes, scientifiques ou politiques. On Tétudiait mieux, mais précisément parce qu'on Tétudiait davantage comme une langue morte, et en vue de la beauté littéraire ; dès lors, il devenait de plus en plus difficile de Tutiliser comme une langue vivante, et de l'appliquer à la vie pratique, publique ou privée. Il en résultait pour ceux qui y étaient forcés, sinon un empêchement, du moins une gêne.

Les prononciations diverses dont on l'affublait dans les différents pays ajoutaient aussi à l'embarras. On ne se comprenait plus en parlant, on ne se comprenait plus du moins du premier coup, chose particulièrement fâcheuse dans les tractations où il importe souvent de comprendre à demi-mot, avant que les idées aient été positivement exprimées. Il courait là-dessus toute sorte d'anecdotes. Même en pays latin, un étudiant n'était pas assuré de se faire entendre. Pasquier rappelle quelque part à Ramus la plaisante rencontre qu'il fit à Étampes d'un étudiant allemand, en 1567. L'étudiant avait prétendu lier conversation avec M. Loysel et lui, alors qu'ils allaient aux Grands Jours de Poitiers, mais ils n'arrivèrent pas à se comprendre. Scaliger lui-même, qui ne pouvait pas être accusé de ne pas avoir l'oreille latine, avait pris pour de l'irlandais le compliment latin d'un écolier irlandais ^ .

Dans le monde politique les mésaventures étaient pires encore. Plusieurs sont restées célèbres. A en croire Erasme, un jour d'audience solennelle, les députés avaient harangué l'empereur Maximilien, en latin, et tous les assistants s'étaient imaginés que chacun des orateurs avait parlé en sa langue *. On disait aussi que du temps de Charles IX les envoyés de Pologne ayant salué Sa Majesté en latin, il ne s'était trouvé personne parmi les Grands de la Cour de France qui pût donner l'intelligence du compliment de l'Ambassadeur au Roi. Chacun « s'excusa sur ce qu'il n'entendoit pas le polonois 3. »

Fondées sur des légendes ou sur des réalités, ces histoires qui se colportaient ont leur signification et traduisent une observation d'une rigoureuse exactitude : la vieille cité latine internationale

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