Verii. orth
390 HISTOIRE DE LA LANtiUE FRANÇAISE
était devenue une Babel. L^héritier du nom des Césars n'eût Fait comprendre à personne un des trois mots traditionnels : veni, vidi, vici. Les Allemands disaient fiki, les Italiens vitchi, les Espagnols bici (ayec leur c avancé), les Français visi, les Anglais vaikai ^ Il eût fallu, pour remédier à cet état de choses, revenir à une prononciation commune. Faute de ce retour, peut-être impossible, le monde allait recourir à un nouvel interprète 2.
Aussi, malgré les manuels, qui pendant un siècle encore répéteront comme un axiome aux apprentis diplomates que tout envoyé doit avant tout posséder son latin, il est incontestable qu'un certain nombre d'hommes, de ceux du moins parmi lesquels les princes choisissent volontiers leurs représentants, s'habituaient peu à peu à compter sur des secrétaires, et s'épargnaient la peine d'acquérir un idiome qui avait beaucoup perdu de son utilité pratique 3.
1. « Les Anglois s'expliquent en Latin d'un certain accent, et avec une prononciation qui ne le rend pas moins difficile que leur langue •> (Samuel Sorbièi^, o. c, 94).
2. Voir de Gallières, De la manière de négocier àvee les souverains ^ Paris, 1716, ly, p. 98-99 : « Chaque sujet qui se destine à être employé dans les négociations pour le service du Roy, devroit sçavoir les langues allemande, italienne et espagnoUe, avec la latine, qu'il seroit honteux d'ignorer à un homme engagé dans les employs publics, cette langue étant la langue commune de toutes les nations chrétiennes. » Cf. « La latine luy est absolument nécessaire parce qu^on la parle presque partout, et qu'elle peut ainsy luy suffire en quelque façon au deffaut des autres... mais elle n'est pourtant sceue que dun certain nombre de gens (Louis Rousseau de Chamoy, Vidée du parf. Ambass,^ 23).