Voir les plaintes de Burckard, Hisl. Ung. lat
Les usages a la fin du ministère de Richelieu. La correspondance. — Grâce au zèle de deux fonctionnaires diligents, nous savons très exactement quels étaient les usages des divers gouvernements dans leurs relations diplomatiques, vers la fin du ministère de Richelieu. En ces matières où un titre, une formule, une place, le moindre détail de cérémonial importe et devient, au sens propre, une affaire d'État, tout a été observé, noté, enregistré. Les frères Sainte-Marthe ont fait, autour de 1 640, la récapitulation des idiomes employés par les diverses puissances. Voici celles qui correspondaient en français avec la Cour de France : le grand maître de Malte, le duc de Savoie, la duchesse, le cardinal et le prince Thomas de Savoie, TÉlecteur de Cologne, le duc de Deux-Ponts, le comte de Nassau, le landgrave de Hesse, le comte de Rheingraf, le margrave de Bade, le prince de Salm, le roi de Bohême^ le duc Fr. de Lorraine, le comte de Vaudémont, le cardinal de Lorraine, le roi d'Angleterre, les Etats généraux de Hollande, le prince d'Orange, le bourgmestre de Liège, la reine de Hongrie * ; la reine d'Espagne et la reine d'Angleterre écrivent aussi en français. Le duc de Mantoue écrit quelquefois en français, généralement en italien -,
La liste est assez longue, comme on voit. Toutefois, il ne faut pas oublier, en la lisant, qu'un certain nombre des <c potentats » ënumérés sont de langue française, comme le duc de Savoie, les Lorrains, le prince de Salm, le bourgmestre de Liège. La reine d'Espagne et la reine d'Angleterre ont aussi leurs raisons personnelles. Ce sont des Françaises. Quand on a ainsi fait les retranchements qu'il convient, le nombre des puissances se trouve fortement diminué.
Sainte-Marthe constate d'autre part que certains princes, tout voisins de la France, comme l'Électeur de Mayence ne vont pas
I . Marie- Anne d'Autriche, fille de Philippe III d'Espagne. 3. Bib. Nat., ras. fr. 20162, f» 799 et suiv.
chercher plus loin que leur allemand. Les cantons suisses protestants, font de même K Le roi d'Espagne, Tarchiduc d'Autriche écrivent eu espagnol. Presque tous les Italiens emploient l'italien : le neveu dui pape, le gouverneur ou général d'Avignon, le vice-légat d'Avignon^ le général des Jésuites, le procureur général des frères Prêcheurs^ le grand-duc de Toscane, les ducs de Mantoue, de Parme, de- Modène, de Sforza, la République de Gênes. Dans TEmpire et les. pays du Nord, les chancelleries demeurent fidèles au latin. Sainte- Marthe cite : l'Empereur, l'Electeur de Saxe, la ville impériale d'Augsbourg, les villes Hanséatiques, le roi de Suède, le roi de- Danemark, le roi de Pologne. Les autres souverains écrivent en leur langue ou en latin -.
La France, elle, dans sa correspondance diplomatique, ^ se servait ordinairement du français *. Pourtant on écrivait et oi> continua longtemps à écrire en latin à la Diète, aux princes ou aux Etats de l'Empire, quand on s'adressait à eux collectivement. On faisait de même avec le chancelier de Pologne et avec d'autres.
1. Les Suisses « escri vent quelques fois en leur langue, et quelques fois en françois,. mais tousjours la suscription est en allemand »; les cinq cantons catholiques écrivent toujours en leur langue, les cantons protestants, en allemand ; les Grisons, en leur langue, Genève, en français.
2. Les observations de Sainte-Marthe sont exactes. Elles concordent soit avec les faits^ qu'on peut constater directement par les Archives, soit avec un autre document^ presque identique, et qui est à peu prés de la même époque (vers 1645) : c'est lé Recueil des « suscriptions, souscriptions, et inscriptions des lettres qui sont escriptes au Roy par le Pape, l'Empereur, le Roy d'Espagne, et autres Rois, seigneurs^ républicques et princes étrangers. » « D'après l'auteur, écrivent en français : le duc de- Savoie, le duc de Lorraine, la duchesse de Brunswick (c'est une française, née d'Olbreuse), les Electeurs de Cologne, de Trêves, du Palatinat, le comte Palatin, la villede Strasbourg, le duc de Deux-Ponts, le duc de Wurtemberg, le landgrave de liesse,, la ville d'Aix-la-Chapelle, les Etats des Pays-Bas, le prince d'Orange, la ville de Genève^ le roi d'Angleterre, le grand Maître de Malle, le sultan, le grand Bassa, le premier Bassa et le général de la Mer, l'empereur du Maroc, le roi de Perse, les treize canton» suisses, Fribourg et Berne; le Brandebourg et le margrave de Bade écrivent eu allemand mis en françois » (Bib. Nat., ms. fr., 4266, f* 131-142).
3. VoirDumont et Rousset, Cér. dipL^ 1, 466-9. D'après les Règlements faits dans le cabinet du Roi (Louis XIV} touchant les formulaires des lettres que le Roi écrit àtoup les Potentats, SouverainSj princes. Seigneurs, tant ecclésiastiques que séculiers.
4. Onsera peut-être curieux d'apprendre quel était le formulaire d'une princesse du sang. Voici celui de M"» de Montpensier, petite fille de France (f 1693) :
Toutes les lettres de M"« à des personnages de France ou de l'étranger, même au Pape ou à l'Empereur, sont en français. — Le Roi d'Espagne (Charles II), lui écrit ei» espagnol, la Reine d'Espagne en français (suscription en espagnol), le Roi d'Angleterre en français (suscription en français), la Reine d'Angleterre (Henriette de France;, en français, toi^jours en billet, la Reine douairière d'Angleterre (Catherine de Poi*tugal) en français, la duchesse de Savoie en français, le Grand-Duc de Toscan e« (Ferdinand II) en italien, la Grande Duchesse (Marguerite-Louise d'Orléans) en français, les cardinaux en italien, le landgrave de Hesse Cassel (31 mars 1658) en français,, le cardinal Charles Barberini (4 mars 1658) en français (AfT. Etr., vol. 304, 147-197).