‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 334 sur 352 · Id., /i)., fo · texte numérisé non relu

Id., /i)., fo

LA FRANCE TBAITE POUR LA PREMIÈRE P0Ï8 EN FRANÇAIS ii^

Villars prit donc des mesures. Peu confiant dans sa latinité, et pourtant désireux « de ne faire aucun solécisme et surtout de ne pas laisser un seul terme qu'il n'entendît parfaitement )>, il se prépara à faire appel à un Père Recteur des Jésuites, qui devait venir àRastatt^ Maïs comme le prince Eugène lui-même demandait qu'on fît entrer en vue d'aider à la rédaction, M. de laHoussaye, le maréchal, improvisé diplomate, sentit bien qu'il avait intérêt à ne rien presser. 11 prévoyait que d'interminables discussions naîtraient à propos de certaines expressions, qu'il faudrait sans doute en référer là-dessus à Paris et à Vienne ^. Les Impériaux allaient donc être pris à leur piège, et payeraient le prix de leur lenteur. Il affecta de ne laisser voir aucune hâte. Je montre, écrit-il au Roi, le 4 mars 1714, « ime parfait te indifférence » ; « le dessein d'abréger viendra de leur part ; je crois seulement que si le traitté demeure en françois, ils demanderont un article séparé que cela ne tire pas a conséquence pom: l'avenir, veu que l'usage ordinaire est qu'il soit en latin ^. »

Les prévisions de Villars ne le trompaient point. Le prince Eugène se lassa, et très vite. En deux jours on signa un traité en français, le premier. Les Impériaux avaient seulement fait insérer un article spécial, stipulant que ce précédent ne pourrait être invoqué^. Voici cet article : « Le présent traité, ayant été commencé^ poursuivi et achevé sans les solennités et formalités requises et usitées à l'égard de l'Empire, et composé et rédigé en Langue Françoise, contre l'usage ordinairement observé dans les Traités, entre sa Majesté Impériale^ l'Empire et Sa Majesté Très-chrétienne, cette

1. VilUrs à Torcy (25 février 1714), sur les négociatians de RastaU: • Comme je n'ay pas une grande confiance, Monsieur, dans ma latinité, et que le Père recteur des Jésuites désire de venir a Bastati pour parler a M. )e Baron de Hunolsheim de quelques inlerests qui regardent sa maison, desquels il n>st pas question dans le traité, je m'en serviray pour ne faire aucun solécisme et qu'il n'y ait aucun terme dans ledit traitté que je ne puisse entendre parfaittement » (AIT. Étr., Autr., Corr,, 97, f 34).

2. « Je vois, écrit- il le i mars 1714, qu'ils commencent d'eux mesmes a craindre la transposition (du projet de la France) en latin, puisque secondé de M. de la Houssayc et du Père recteur des Jésuites de Strasbourg, je ne laisserai asseurement aucune expression latine douteuse *> ; « avec les intentions les meilleures et les plus droites de part et d'autre nous en trouverons de telles que l'on sera huit jours a convenir du véritable sens de certains mots latins »... Comnae ce n'est pas la première fois qu'il a vu do pareilles difficultés il ajoute : «je puis conter que sur certaines phrases, peut estre sera-t-on obligé d'envoyer des courriers. » (Aff. Étr., Autr., Corr.^ 97^ f» 51).

Page 1