Paul Cormier, o. c
5. M. de Sommelsdyck, ambassadeur à Paris, parlait]et écrivait couramment notre
Ce n'est pas à dire bien entendu que tous ses ambassadeurs Paient possédée. Huygens avait fait la roule d'Angleterre avec des représentants qui en étaient bien ignorants K Mais même ceux-là s'arrangeaient de façon à communiquer tout de même en français avec le gouvernement anglais. Je ne prétends pas que toutes les relations des Provinces-Unies eussent lieu en français. En 1644, notre propre représentant haranguait les États Généraux en latin et recevait une réponse dans la même langue ^.
Bien plus tard, la Pologne et l'Empire s'adressaient encore aux États en latin. Eux-mêmes répondaient et répondront encore pendant longtemps non seulement en français, mais en latin et en flamand ^. Le français n*était en possession ni d'un droit ni même d'un usage constant. Il n'en jouait pas moins un rôle tout à fait particulier. D'Avaux a un jour commimiqué à sa cour l'impression que les représentants de la République s'efforçaient de parler français pour obtenir des avantages ^. 11 est difficile à cette distance de contester avec un témoin comme celui-là. Il paraît douteux cependant qu'on ait espéré tirer avantage d'une pratique de ce genre, à laquelle la cour de France avait été depuis longtemps habituée. Huygens ne nous atteste-t-il pas que de son temps déjà, dans les dépêches patentes, « on ne se sert jamais d'autres langues '>? Le respect mesme
langue. Il fut longtemps en correspondance avec Mazarin, avec lequel son f\U continua les relations (JournHl du voyage de deux jeunex Hollandais à Paris, XIV, n. 1, cf. p. 6, n. 1 et p. 4, n. 1).
1. « Ils n'entendent comme rien en François, par ou je suis rabsolut(sic) censeur souvent aulheur de louts leurs escrits. » Il ajoute : la structure des propositions est si belle et si polie qu'il est à craindre qu'en Hollande on ne les voudra avouer esti'e de la façon d'aucun d'eux (Corr., I, 64-65).
2. Lett. à la Reine, 18 mars 1644. Nég. de Munster, II, p. 4. col. 2. Cf. AIT. Étr., Allem., Corr., 35, f» 16 v*). Un protocole des États Généraux du 3 décembre 1639. examine les titres qui seront accordés, ou demandés et leur équivalence dans les diverses langues. Ainsi aux États Généraux Ton met en français : Hauts et puissants seigneurs des Hautes Puissances : en italien : AUi polenti signori, en latin : Celsi et praepotentes domini{Atf. Etr., Allem., Corr.^ 19, f° 73). Ce serait assez pour montrer si on ne le savait d'autre part, qu'on correspondait avec eux en diverses langues. Il est prévu qu'en parlant ou en répondant aux ambassadeurs, on se servira en flamand de la tierce personne, en leur disant les sieurs, en langue française on leur dira vous et vostre, considéré que le Prince d*Orange ne leur baille aucun titre (Id., /i)., ^ 75. Cf. Negoc. secrètes, I, 240, art. II à V).
3. Voir dans les Neg. de Nimègue, p. 238, une réponse en français et en flamand. En 1677, les ambassadeurs de Suède communiquent aux Français un projet de
traité de commerce remis aux médiateurs par les États Généraux. Il est en latin (Aff. Étr., Holl., Corr.poZ., 102, f 271).
4. Il s'agit de « cette main droite à laquelle ils tiennent tant. » Ils se flattent « d'en faire passer la dispute en parlant françois » (AIT. Étr., Allem., vol. 32, f» 165, D'Avaux et Servien à la Reine, 29 avril 1644).
5. Mém,, p. 38. Cf. Corr,, II, 31, où. il dit : Nous avons tous les jours à écrire â ce seigneur (le duc de Savoie). . . mais la dignité et l'usage de cette Cour ne permettent pas que nous nous adressions sans interprètes à toutes sortes de peuples (texte en néerlandais). '
de la qualité du Prince ne permet pas qu'il s'en oblige à davantage. . . L'usage de la langue des Français a désormais prins le dessus» dans la plupart des Cours civilisées, comme la mode de leurs habits. »
En s'adressant à d'autres puissances, à l'Espagne, à Gênes, la secrétairerie des États employait presque régulièrement le français. Le pensionnaire Gats, dans une audience que la Reine d'Angleterre accorda aux États Généraux, s'adressa à elle en français K La charge d'interprète avait tourné dans ce temps là à un véritable secrétariat 2. II fut occupé par un Français en 1688. Or, non seulement on négociait, mais, chose bien plus significative, on traitait en français. Si la paix de 1645 est en latin, le traité de commerce de 1647, le traité de la Haye du 15 avril 1658, le traité de navigation de 1666, etc., sont en français, comme plus tard les préliminaires de Berlin de 1688, et le traité de commerce de Copenhague du 30 juin 1691 3.
11 y a plus. Comme aujourd'hui, mais pour d'autres causes, la Haye était devenue un centre de négociations internationales. La ville en avait pris du coup un certain vernis français. Outre son théâtre français permanent, des hôtels avaient des noms français : « le vicomte de Turenne, la ville de Bourdeaux, la ville de Paris, le roi Guillaume. » Quand un manuel du parfait ambassadeur parut dans ce pays, il parut en français. Il était l'œuvre d'un Hollandais, c'est vrai, mais d'un diplomate, l'auteur le rédigea tout naturellement non dans la langue de sa nation, mais dans celle de sa profession *.
Voilà pour l'ouest de l'Europe. A l'est et au nord, on peut faire abstraction de deux puissances, dans la question qui nous occupe, l'une de premier ordre, avec laquelle il fallait combattre et traiter, la Turquie^, mais elle ne comptait pas dans les Conseils de la chrétienté ; l'autre, la Moscovie, qui ne comptait pas encore o.