CONFÉRENCES, CERCLES ET SALONS
françois k Touverture de ses leçons de philosophie en françois. Il y avoit grand monde, des jésuites et des personnes d'esprit. Il parla de Dieu selon Aristote et satisfît toute la compagnie *. »
Jusqu'au bout, il est vrai, il fut obligé de prêcher autrement que d'exemple, et de défendre la légitimité d'un enseignement en français : « Nous devons, dit-il, enségner la Filosofie an Francés, pour donner aux famés, et à ceus qui ne s'atachent pas à la Langue Latine les conésances qui leur sont nécésaires, pour aquêrir la perféxion de leur antandemant, et de leur volonté. Lor qu*on leur anségne la Filosofie an Latin^ leur esprit et ocupé à deus chozes, car il travaille à bien antandre le Latin et la choze qu'il exprime. Mais lor qu'on leur anségne la Filozofîe an Francés, leur esprit n'étant ocupé qu'à bien antandre les chozes, ils les consoivent plus facilemant que cèles qui leur sont expliquées dans une Langue étrangère » ^. Et l'adversaire de son orthographe le chapitre d'importance sur ces idées qu'il considère encore comme extravagantes. Néanmoins nous savons que les leçons de TEsclache étaient très fréquentées ; elles durèrent pendant vingt-cinq ans.
Les livres. Rôle effacé des grammaires. — Les livres servirent naturellement plus encore ; ils portaient plus loin. Les grammairiens avaient beau affirmer qu'ils ne faisaient que mettre l'usage en règles, on sentait bien que cet usage, personne, même parmi les courtisans qui parlaient le mieux, ne le possédait intégralement."" De là le succès d'un Vaugelas, que j'ai essayé de montrer. Ménage, Bouhours, ne furent pas moins lus. Les délicats s'y plaisaient visiblement. Un livre sur le bon usage, comme celui de M. de Callières, était à sa façon un des manuels du parfait courtisan. Dans tous les « Arts de bien vivre à la Cour », et ils sont légion, sous divers titres, il y a toujours un chapitre sur le beau langage.' S'il ne donne le plus souvent pas de détails, c'est qu'on trouvait ces détails ailleurs, chez les maîtres dont nous avons parlé.
Une chose est à observer en effet, il parut extrêmement peu de grammaires en ordre systématique, tirées des Remarques. En dehors du P. Chifflet, qui vit à l'étranger, c'est à peine si on compte, jusqu'à Régnier-Desmarais(i706) quelques ouvrages qui vaillent d'être mentionnés, et qui aient été écrits pour des Français. Ce sont : La politesse de la langue française (1655), le livre de Jobard, cité plus haut, et intitulé Exercices de V esprit (1675), la Grammaire