Vissac, o. c
risquera encore un Charles Martel, Mais les Yirgiles commencent à être découragés.
\^ En revanche les Horaces foisonnent toujours. Epigrammes, élé- '^^gies, satires, tombeaux, épitaphes pullulent. Tous les faits du jour " y passent, un événement de guerre, un ballet, un carrousel,^ n'importe quel fait-divers, et, comme la plupart des maîtres du genre improvisent ^ il circule en latin une sorte de journal des^ événements quotidiens « Gazetta parisiensis ». Catherinot, avocat du roi à Bourges {f 1688), ne laissait pas, dit Moreri, passer un fait considérable en Europe, « sans composer là-dessus une pièce en prose ou au moins une épigramme latine »,
Le Bas-Latium. — Néanmoins, vers 1670, il était sensible que le- Bas-Latium était désormais plus peuplé que Tautre, et que, dans le concert qui y retentissait, les Jésuites jouaient, à eux seuls, un grand nombre de parties. Après Petau, les PP. Cossart, Vavasseur, Commire, Jouvancy, firent partie de la Société -. A chaque instant, dans les écrits du temps, revient Fexpression « les Muses de Clermont ». Les Muses qui restent sont,'en effet, par goût et par fonction, surtout enseignantes. Les Jardins, du P. Rapin (1665) offrent, avec la Peinture de Dufresnoy (1666), les modèles du poème didactique scolaire 3. Or à côté de ces « Arts » complets et majestueux, le siècle a vu pleuvoir des leçons de toutes sortes : sur l'art de converser ou d'élever les poules, sur la musique ou sur Teau de goudron.
Tous ces jeux d'esprit ne sont guère différents du reste de cette monnaie de petits vers français dont les Orontes régalaient les \ salons. La poésie latine suivait la mode. Elle essayait de lutter ^ contre sa rivale. Mais en le faisant, elle se perdait. Sur ce terrain,, malgré toutes les grâces qu'elle affectait, elle devait nécessairement avoir le dessous et être battue par une langue vivante, où la vie se reflétait spontanément, faisant naître au jour le jour dans la conversation les expressions et les images naturellement adap-
1. Hucl raconle que lorsqu'il recevait chez lui Suiilcuil el du Perrier, dans son appartement tout résonnait du bruit de leurs vers. Commire, comme Lucilius, stans pcde in uno, composait des milliers de vers qui coulaient comme de source [Huelii commentAriu8..,j 201, 63, dans Vissac, o. c, 36).
2. La poésie des collèges ne parut en recueil qu'en 1727 : Selecia carmina claristimorum quorumdam in Univ, Paris, professorum. Paris, 18°.
Oelle des Jésuites emplit deux in-4* dans led. du P. Le Jay (prof, de rhét. à Louis le Grand). Bibliolheca rhetorum. Paris, 1725.
Kn 1701, on public les pièces des élèves de Louis le Grand en l'honneur de- Philippe (V. Vissac. o. c, 13).
3. 11 faut ajouter le Praedium raslicunij de Vanière, qui est postérieur.
tées au goût régnant et à Tesprit des salons, toutes prêtes par conséquent à entrer dans le style.
Désaffection générale. — Dès 1665, Chapelain constatait que le^ public se détournait des écrits latins, et il en donnait une preuve ^ péremptoire : ces écrits ne trouvaient plus d'imprimeurs qui ^ voulussent en faire les frais. « L'esprit des Avences, des Estiennes, ^ des Turnebes et des Vascosans n'anime plus la presse, dit-il tristement, et lorsqu'il s'agit de mettre au jour quelque ouvrage des Anciens ou en langue ancienne, aucun d'eux n'y veut mordre, ils ne prestent Toreille qu'à des traductions en langue vulgaire, à des comédies ou à des romans, parce que nostre Cour est ignorante et qu'elle n'achepte que de ces bagatelles là *. »
La décadence alla très vite. On est étonné, quand une fois la tempête a abattu un de ces châteaux forts où se retranche la tradition, et qui paraissaient imprenables, de voir avec quel dédain la génération suivante en regarde les ruines. La poésie latine, si longtemps orgueilleuse, tut son insipide caquet, sitôt qu'il y eut en français des œuvres capables d'attirer et de retenir les lecteurs. « Il n'y n'y a que les femmes qui lisent, disait le P. Mambrun en 16S2, il n'y a qu'elles qui louent, il n'y a qu'elles qui achètent^ ». C'était vrai, les femmes faisaient la mode, et elles avaient cessé de se plaire aux vers latins, ou aux fades traductions qu'on leur en donnait ^r^ Lès latineurs le sentaient bien, et ils s'en sont lamentés dans toutes les formes qu'offrait la métrique :
-Oblectant Galli mira dulcedine vates,
Et versus blandos blanda puella legit. . .
Hds legit et relegit vel seri ad luminis ignés,
Perditaque, hos versus dum meditatur, amal.
Et nos Ausonii per carmina quaerere nomen Pergimus? (Santeuil, Ad CL Perallum, Opera^ 1, 206 sv.).
Ajoutons que les hommes qui fréquentaient ces femmes commen- <;aient à penser comme elles. En réalité, autour de 1670, les gens^ de cour ne savaient plus le latin. Ils ont même osé le reconnaître et se laisser joindre à ces « mulierculae », et aussi à ces « idiots », dont parlaient si dédaigneusement les pédants. Je ne sais si on trou-