Rance, o.c, III
2. Il s'engagea, au sujet de% Antiqaitez de Joseph Séguin, une discussion sur « deux ou trois mots qui ne sont pas tout-à-faict dans l'usage de Tëloquance moderne », et Ton conclut que a pour ce qui est de donner Texclusifve aux mots qui sentent le latin ou le grec, c'cstoit un peu trop entreprendre, et qu'au lieu d'embellir nostre langue on la décharneroit, pour ainsi dire, on l'espuiseroit au lieu de la puriffier » (Reg, de VAcad., fol. 183. Mémoire d'avril-may 1680). Un académicien fit remarquer que cette exclusion était d'autant moins justifiable, « que la plus part des mots qui composent le langage françois viennent de loing, que les Grecs et les Uomeins nous les ont prestes. • (Rance, o. c, III, 281-283).
registre d'Arles nous a conservé de curieux tableaux de ces séances où r Académie finissait par confesser son impuissance. Au nom des Académiciens, le secrétaire d'Arles répondit qu'il remerciait M. Marmet de Valcroissant pour l'estime qu'il faisait de leur sentiment, en les prenant pour oracles c< mais qu'ils n'ont pas jugé de pouvoir répondre plus pertinamment à cette estime qu'en ne répondant point... ils n'osent s'ériger en critiques..., et ils n'ont pas creu de pouvoir mieux faire que de douter avec vous *. »
La chasse aux provincialismes. — Restait cependant une matière où les Académies de province auraient pu avoir une compétence particulière et supérieure, c'était les provincialismes. Il leur appartenait de les observer et de les combattre. En faire le recueil eût été déjà une belle occupation, en débarrasser la province était le plus séduisant des rêves pour des puristes.
Les Académies ont eu parfois cette idée, conforme du reste aux intentions de dégasconnement général, qui hantaient les cerveaux depuis Malherbe. Dès 1666, les abbés de Boche et de Barréme avaient montré à leurs confrères d'Arles les « observations qu'ils avoient faites sur les phrases et termes corrompus de la province 2. » Les lettres patentes du Roi (septembre 1668), engagaient la compagnie à suivre cette voie. « Nous n'avons pas seulement
1. Rancc, o. c, III, 265 et noies. Cependant, celle question avait fait 1 objet de plusieurs délibérations de 1* Académie, car le secrétaire ajoute : » Il est vray que pour satisfaire à vostre obligeante persécution, je n*ay pas cru que ce fût un grand péché de vous envoyer leurs entretiens académiques sur le sujet proposé, mais... c'est à leur insçeu que je vous les envoyé. »» {Beg. de VAcad., 47 v», 48 r» et 48 v«, dans Rance, o. c, 111,266.)
Une autre fois, en octobre 1669, la séance venait de s'ouvrir sous la présidence de M. Tabbé de Boche : « A pêne est-on assis qu'on ouvre un papier escril de la mein du sieur ChaUmond^ où il demende la solution de deux façons de parler qui ont esmu grand dispute entre les honnestes gens du plan de la cour, qui tous d'un sentiment unanime s'en rapportent au sentiment de l'Académie, sçavoir s'il faut dire Remorguer un vaisseau ou Remorquer. M. de Beaumonl demende dans ce temps-li quelcuu de l'assemblée, on prie M. le secrétaire de luy faire civilité. Il y va, il le prie, de la part du petit corps, d'entrer, il se laisse veincrc, et n'osant dcmcnder une place dans l'Académie, il la prend sans qu'on la luy présanlc, et comme si c'estoit pour une conversation d'amis ordinaire. Inviius invilos invisit, quelcun dict ces trois parolles sans y panser, qui ont servi despuis d'excuse à l'Académie. On luy faict part du papier escrit, on le presse de donner son sentiment. Il opine qu'on doibt dire Remorquer^ et l'Académie croit qu*on ne doibt, et qu'on ne peut dire que Remorquer^ que c'est le terme de l'art, qui ne se doibt point changer, et que l'usage l'a ainsy ordonné. — Le sieur ChaUmond demende encore dans son papier si, en matière de mots françois, il en faut croire ceux qui n'en escrivent qu'en passant, ou ceux U qui en ont escrit ex professo, adjoustant que c'est un Jésuite qui a escrit Remorguer^ dans son Indiculus où il marque tous les termes de l'art, et les redit ainsy plus d'une fois. L'assemblée croit qu'il s'en faut tenir à un habille homme, qui escrit par prolTession, pluslost qu'aux auslres » [Reg. de V Acad. fîo\. 73 et verao, dans Rance, o. c, III, 267-268 et n. 1).
2. Reg, de VAcad., fol. 20, v«, dans Rance, o. c, III, 266, n. 1.