‹ Histoire de la langue française (volume 4)Chapitre 59 sur 352 · RÔLE DES ACADÉMIES DANS LA DIFFUSION DU BEAU LANGAGE · texte numérisé non relu

RÔLE DES ACADÉMIES DANS LA DIFFUSION DU BEAU LANGAGE

loué, dit le Roi, les soins extraordinaires que prenoient tant de beaux esprits pour faire fleurir les sciences et les arts, et d'introduire /a pureté de langue française dans une Province maritime où le mélange des nations apporte ordinairement la corruption et le changement de langage ; mais nous avons voulu les exciter à continuer ces sortes de conférences ^ » Malheureusement les membres eux-mêmes laissaient échapper des fautes en ce genre, et on ne se tint pas à ce projet ^.

Conclusion. — En somme les Académies n'ont pas fait ce qu'elles auraient pu faire. Mieux organisées, plus nombreuses, ayant des rapports réglés avec Paris, elles auraient pu avoir un grand rôle. Incapables de créer la langue ou de contribuer à la régler, elles pouvaient en vulgariser la forme"^ correcte, devenir des sortes d'écoles sans chaires, d'où aurait rayonné un enseignement, en partie régional, qui n'existe pas encore aujourd'hui.

Il n'est pas sûr même qu'elles n'eussent pas ainsi exercé à la longue une influence sur les Collèges. C'est un fait à noter que l'invitation adressée par les jésuites à l'Académie d'Arles, la conviant à la thèse d'Arnauld Eymin (26 août 1683) ».

L'action de ces sociétés en faveur de la « bonne langue » n'a cependant pas été nulle. Les Académies ont beaucoup harangué, en s'efforçant, avec le zèle le plus louable, de respecter la correction et d'atteindre à Téloquence. Elles ont beaucoup lu aussi, en choisissant ce qu'elles croyaient le meilleur, et en examinant de tout près le style et la forme des écrits, en faisant d'utiles réflexions sur les divers genres et le style qui leur convenait. Et ainsi elles ont enseigné à leurs membres et au public, elles ont montré aussi par l'exemple à quel prix se devait estimer la politesse du style. Et c'était là une bonne et utile leçon.

Pour en mesurer la valeur, il faut se souvenir que dans leur province, les pères de tous ces volontaires du purisme avaient ignoré qu'il y eût une règle en français, et qu'ils eussent été fort étonnés,

1. Voir Rance, o. c, I, 168-9. n D'après une résolution du 10 juin 1675, « chascun dcvoit observer de tout son mieux les mots ou phrazes les plus ordinaires qui sont dans la bouche des Provenceaux, et qui chocquent ou la grandmère francese ou la politesse, affin qu estant observées on les pust éviter facilement » (Rtg, de VAcad.y fol. 133, dans Rance, o. c, I, 297, cf. III, 279 et n. 1).

2. Les provençal ismes sont nombreux, dit Tabbé Rance, dans le registre d'Arles : porter un tonnet^ pour apporter un sonnet ;pro/î<er le papier^ pour utiliser le papier, etc., etc. (o. c, III, 276, n. 1, et 277).

3. Comme la thèse était sur un sujet de rhétorique, et à cause de l'assistance où se trouvaient des dames, il fut « proposé la plupart du temps en français » (Rance, o. c, II, 360.)

si on s'était aventuré à leur dire qu'il y avait un mérite à connaître cette règle et à l'appliquer, que c'est là non seulement un devoir d'écrivain, mais une vertu d'honnête homme. L'action directe des Académies n'a peut-être pas contribué beaucoup au développement du purisme. Il a préparé du moins la France provinciale à l'accepter et même à l'aimer.

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