Voiro. c.,II
3. Le choix n'était pas irréprochable. A Montbéliard, dit Tauteur des Mémoires de deux voyages, t il semble que ce soit un rendez-vous de gens de diverses provinces d* Allemagne, aussi tout le monde y parle-t-il allemand et françois, outre ce méchant patois . . . qu'ils apellent le Romain. Ils envoyent leurs enfans à Milhouse en Alsace, pour y aprendre rallemand (à cause de la religion, plus encore peut-être que du voisinage, est-il dit en note), d*où en échange on en envoyé d'autres à Montbéliard pour aprendre le françois ou, pour mieux dire, ce patois Romain » (p. 224).
i28 HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE
Louvois^ Il convient en outre de se souvenir que beaucoup de familles continuaient à pratiquer Téchange. Mais qu'importent ■quelques noms de plus ?
L'enseignement du français a Strasbourg. — Pour renseignement proprement dit, rien ne fut fait officiellement au Gymnase-. Reuss estime que le besoin ne s'en faisait pas sentir, tant il y avait ^'écoles et de maisons privées. J'ai peine, je Tavoue, à accepter cette explication. Si renseignement du Gymnase demeurait latin, c'est que le préjugé et la tradition tenaient bon à Strasbourg, comme en tant d'autres endroits*^. En revanche, je ne crois pas qu'il se trompe quand il estime que « si par moment l'autorisation d'établir im nouvel enseignement de ce genre (de français) est refusée par le Magistrat de Strasbourg, ce n'est point par hostilité, ni même par indifférence pour cette étude, mais sur la demande des maîtres 'de langue déjà en exercice, jaloux de toute concurrence nouvelle. *> Ainsi, le 5 novembre 163S, le droit de faire des cours de langue française est réservé par l'autorité aux sieurs Piot, Materne et Philémon Fabri « Parisien ». Rivalités d'école, semble-t-il, car dans le cas particulier, nous voyons les étudiants protester et réclamer, le 26 novembre, en faveur d'un autre maître : Henri Holzwarth*. Voilà déjà la coexistence d'un certain nombre d'écoles françaises établie à cette date.
Un peu plus tard, en 1662, on imprime à Strasbourg la grammaire de J. Piat ^. Or Telles, qui donne une grammaire spécialement destinée aux Allemands, est aussi établi à Strasbourg, où il a peut-être pris la direction de l'ancienne école de Martin, car il réédite son Parlement nouveau^. Sur les entrefaites, en 1663, Antoine de Mirabeau obtient à son tour l'autorisation d'organiser un cours à domicile (7 oct.) '. Et de temps en temps, on note
1. De Bouleill et Hepp, Corr. au ma,g. de Slrasb.j p. 429, note 89.
2. Voir Heusfl, o. c, II, 192. En 1705. un sieur Hermann Kleppë, jésuite, signe une pièce en ajoutant : prédicateur des controverses en allemand. Il est au Collège, dit-il,
-depuis 15 ans. La pièce est autographe en français (Arch. Nat., G', 81).
3. M' U. V. Châtelain me paraît autrement près de la vérilé, quand il signale ce fait qu'aux matricules de TUniversité sonl inscrits péle-méle « didascali alquc servi. » En 169 i, Léonard JoUinier des Colombe, maistrc a chanter, travaille au danse. Toulousain ; en 1698, Gaspard Demyan, maistrc d'armes; Benoist Burbaud, maistre en langue françoise de la ville de Baugé en Bresse; François Foudrin, natif de Picardie, écrivain françois {Qaas oh causas Docli..e Gallia agressi essenl.., Paris, 1904, 58).