Mémoire^ fol. 246-7 ; dans Reuss, o. c, II
2. Voici en quels termes excellents Reuss résume toute cette histoire : « 6i donc les documents statistiques font défaut pour établir d*une façon bien précise un tableau de Tusage de la langue française en Alsace et de ses progrès au xvii* siècle, on peut au moins affirmer, en termes généraux et sans risque d'erreur, que dans le premier ^ tiers de ce siècle, en dehors de groupes de populations assez insignifiants, le français n*a été compris et surtout parlé dans la province que par de rares individus et dans une sphère sociale très restreinte de gentilshommes et de hauts fonctionnaires, aux» quels s'ajoutent quelques savants et quelques commerçants des grandes villes. Dans la seconde période qui s'étend depuis rentrée des troupes françaises en Alsace (1632) jusqu'à la fin de la guerre de Hollande (1679), les progrès sont assez rapides dans les couches supérieures de la société alsacienne ; l'occupation de beaucoup de villes par des garnisons royales, la circulation incessante des armées de Louis XIV dans la Haute et Basse-Alsace, le contrôle direct ou indirect de l'autorité nouvelle et de ses représentants divers sur tous les territoires, favorisent l'extension de l'idiome d'outre- Vosges et l'imposent par la force des choses, — non point par autorité légale, — à certaines catégories au moins de la population. Mais ce n'est pourtant que dans les vingt dernières années du siècle que le mouvement s'accentue après les arrêts de réunion de 1680. Une nouvelle génération, déjà née sous la protection des lis de France, obéissant à l'impulsion générale de l'époque qui fait du français U langue universelle des couches sociales supérieures, se met sérieusement à cette étude, sans abandonner pour cela l'allemand comme langage du foyer domestique, des affaires et des devoirs religieux. Au commencement du xviii* siècle, beaucoup de personnes, dans les rangs de la moyenne bourgeoisie, sont capables do se faire comprendre en français ; elles ne songent pas à le parler entre elles et n'ont pas même l'occasion de s'exercer souvent ailleurs, puisque le monde des immigrés, fonctionnaires civils ou militaires, ne se mêle guère avec la bourgeoisie locale et que les nouveaux venus du tiers-état n'arrivent que tard, tout à la fin du xvii* siècle, et grâce seulement à Valternâtive imposée par le roi, à se frayer un chemin vers les honneurs municipaux » (0. c, II, 199).