CHAPITRE PRExMIER COUP I^ŒIL EN ARRIÈRE. LE XYI* SIÈCLE
Le français a la Cour. — En Angleterre, disait Peletier du Mans, autour de 1550, « aumoins antre les Princes et an leurs
1. M. Bastide, que je citerai souvent au cours de ce chapitre, a bien voulu me donner divers renseignements et de précieux conseils. Je le remercie sincèremeat de son obligeance.
2. BiDuooR.\PHiB. Les ouvrages les plus souvent cités sont Charlanne, Vinflnence française en Angleterre au XVI!'$. Le Théâtre et la Critique, Paris, 1906, 8». (Abrer.: Th. et Crit.)
Id. Vinfluence française en Angleterre au XVII* s. La vie sociale, Paris, 1906^ 8«. Thèse complémentaire de la précédente. (Abrev. : Vie soe.).
Bastide, Anglais et Français du XVII* «., Paris, 1912, 12«.
CÎ.Juaserand, Histoire littéraire du peuple anglais^ Paris, 1894, 8**, t. II. Id., Shakespeare en France sous l'ancien régime^ Paris, 1898, 8«. Upham, Freneh Influence in English Uterature^ New-York, Columbia University Press, 1908. Grisy, Histoire de la comédie anglaise au XVII* siècle [161 2-11 01), Paris, Didier, 1878. Geffroy, Étude sur les pamphlets de Milton^ Paris, 1848. Thèse. Gillet, Molière en Angleterre^ Paris, 1913. Daniels, Saint- Evremond en Angleterre. Thèse de TUniversité de Paria, Versailles, 1907.
Michel, Les Ecossais en France et les Français en Ecosse, 2 vol. 8«, Lond., 1861. Schickler, Les Eglises du Refuge^ Paris, 1882. Beljame, Le public et les hommes de lettres en Angleterre au XVIII* s. (1660-1744), Paris, 1881, 8».
Derocquigny, Contribution to tfie stndy of the Freneh Elément in English, 1904.. Jespersen, Growth and Structure of the English Language, 1905, 2* éd., 1912.
Beljame, Quae e Gallicis ver bis in Anglicam linguam Johannes Dryden introduxerit, Paris, 1881, 8».
Parmi les auteurs du temps, je citerai :Elheredge; The worksofsir George — , piays and poems. Edited by A. Wilson Verity, Lond., 1888. Mrs Behn, Plays wrilten bg the L&te Ingenious —, 3» éd., 1724, 4 vol. (The Rover, I et II, The Dutch Lover, The Round Heads, Abdela2er, The Young King, The City Heiress, The Feign'd Curtezans, The Town-Fop, The False Gount, The Lucky chance, The Forc'd Marriage^ Sir Patient Fancy, The Widow Ranter). Butler, Hudibras, Londres, 1664, 8*. The British Drama; comprehending the best plays in the English Language^ tome III, Comédies, Lond., 1804 (Abrev. : Br. Dr.). Ce tome contient: Massinger, A mew way to pay old debts ; Beaumont et Fletcher, Rule a wife. . . ; Wycherley, The Plain Dealer; Congreve, The Double Dealer; Vanbrugh, The Provok'd Wife; Cibber^ Love makes aman; Congreve, Way of the World. Saint-Ëvremond, Œuvres de M, de — , éd. Des Maizeaux, 1753. Hamilton, Grammont, éd. Auger, 1861, 12"». L' Estât present de V Angleterre.., traduit de TAngloii d^Eduard Chamberlayne de la Société Royale, Amsterdam, chez Jean Blaeu, 2 vol., 1669 et 1672 (Abrev. : L Est. près.).
i48 HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE
Cours, iz parlent Fràçoes an tous leurs propos »'. Peletier exagérait, mais il est exact qu*au xvi® siècle les rois d'Angleterre savaient le français. Une vieille tradition les portait à l'apprendre, les besoins de la politiqi^ et de Tadministration leur en faisaient presque une nécessité. En outre ils s'y complaisaient. Henri VIII, comme le rappelle Bayle [Préf. de Furetière, 1690), écrivait à Anne de Boleynen français. 11 faisait même des vers, — peu importe qu'ils fussent mauvais — et avait envoyé son fils nalurel, le duc de Richmond, étudier à Paris. Edouard VI avait eu pour maître Jean Bellemain, qu'il garda en Angleterre jusqu'à sa mort '-. Elisabeth, dont le long règne .occupe toute la deuxième moitié du siècle, avait traduit Marguerite de Navarre. Elle faisait vanité non seulement d'écrire notre langue, mais de la parler sans accent -^
Je n'ai pas besoin de dire cependant que la Cour où régna notre idiome, ce fut, non la sienne, mais celle de Marie Stuart, amie des poètes, poète elle-même, qui savait d'autres langues, parmi lesquelles le dialecte de son peuple, mais resta fidèle à la .sienne, qu'elle aimait d'amour^.
Ronsard passa de longs mois en Ecosse et en Angleterre, où il fut choyé. Brantôme, dont le père chassait avec Henri VIII, se rendit deux fois à la cour d'Elisabeth. Jacques Grévin, Jean Bodin, du Bartas, la Noue, Henri Estienne franchirent aussi le détroit. Au reste ce n'est point la Renaissance qui avait valu à la littérature cet avantage. J'ai déjà parlé du Moyen Age. Depuis 1500, Gringore avait eu Thonneur d'être traduit par Barclay, Marot fut copié par Spenser, qui fit du reste son profit de Du Bellay aussi. Rabelais fut très lu. Plus tard, Montaigne, du Bartas, Desportes, Guy du Faur de Pibrac, jouirent chez nos voisins d'une vraie gloire.
. C'est que, pendant que la France entière ignorait l'anglais, les hommes distingués d'Outre-Manche, nobles, savants, écrivains, se plaisaient à apprendre le français. C'est une chose rare chez nous maintenant, disait Harrison, d'entendre parler d'un courtisan qui