‹ Histoire de la Vulgate pendant les premiers siècles du moyen âgeChapitre 109 sur 340 · BOBBIO ET MILAN · texte numérisé non relu

BOBBIO ET MILAN

un intérêt particulier, car elles présentent un texte presque sans analogue, mêlé de beaucoup de leçons anciennes et qui paraît réunir, à certaines leçons des textes catalans, d'autres que nous ne connaissons que par le Book of Arniagh\ Ailleurs encore, mais rarement, nous rencontrons des leçons usitées au moyen âge en Languedoc. Le texte de notre manuscrit est caractérisé par ce fait, qu'il ne comprend pas les trois derniers versets de TÉpître aux Romains. Cette Épître finit avec le verset 24, qui n'est lui-même qu'une formule finale inauthentique. Chose remarquable, de très anciens témoins arrêtent également le texte de l'Épître après le verset 24. Mais ce qui donne, avant tout, à ce texte le caractère d'un texte milanais, ce sont les ressemblances toutes particulières qu'il présente avec le texte milanais par excellence, VAmbrosiaster. Pour conclure, nous avons ici un texte biblique local, et qui paraît, par ses origines, tenir de près aux textes de l'Espagne orientale et du midi de la France *.

On trouve dans les archives de la Collégiale de Monza (n" 1 f), les débris d'un manuscrit, en partie détruit par le temps et par l'humidité, composés de 51 feuillets, dont quelques-uns tombent en poussière. Ce fragment se compose de deux parties qui ont, selon toute apparence, appartenu dès l'origine à un seul et même manuscrit. La première moitié est composée du livre de Tobie, du livre d'Esther et du commencement de celui de Judith ; la deuxième comprend une partie des Épîtres de saint Paul. Le tout est écrit d'une écriture lombarde du x" siècle. Il semble que ce soit la copie d'un manuscrit assez ancien : il y a des hederse à la fin de l'Épîlre aux Romains. L'ordre des Épîtres est sans exemple : l'Épître aux Colossiens suit celle aux Éphésiens. Les sommaires des Épîtres sont en partie ceux d'un manuscrit très ancien, le n° 9 de la Reine Christine, mais celui de la première Épître aux Corinthiens est un unicum. Le texte de saint Paul est très rapproché de celui du manuscrit de Bobbio que nous venons d'étudier ', c'est pourquoi nous pouvons considérer le

1. Voyez p. 33. Cf. Osée, viii, 13 : afférent {= B. N. G. 104.).

2. Rom., i, 30* : cm. detractores. — Ib. : ela'os, sibi placentes, inveni ores malorum (voyez p. 82 et 120). — Jb., 31 : sine Jide (pour absque Jœdere). — viii, 38 : neque virtus, pour neque forfitudo. — I Cor , viii, 1-2 : De escis aulem qiiss idolis immolantur, scimits quia omnis [quidem? ^vdi[\é) scientiain habeniKs, sed scientia inflat {in est sur un grattage), caritas aufem œdificat. Si qiiis autem existimat se cognovisse aliquid. — Jb., A : De escis autem idolorum. — xi, 24 : quod pro midtispangitur. — Col., i, 19 : plenitndinem divinitatis inhabifare corporaliter (voyez p. «2). — Ib., m, 8 : turpiloquiiim deorevestro non procédât {=^ anibstr. Monza i. -f). — I Tim., h, 6 : cujus testimonium temporibus suis datum est (= ambstr. arm. B. N. 6. 9. 11. Monza i. |, Genève 1*). — Il Ti.m.. i, 13 : Fonnatn habe sancfo>'u?n sermonum. — iv, 5: Tu vero sobrius esto (= (fhub.str. arm.; interpolation déplacée). — Ib., 6 : ego enim jam immolor (voyez p. 33). — Tite, n, 7 : fo>mam bonomm opervm (= arm.).

3. Variantes du fragment de Monza : Rom., viii, 38 : neque angeli neque virtutes neque presentia neque futur a. — ix, 25* : oni. et non miserico diam consecutam misericordiam consecutam. — xv, 30 : ut sollicitudinem inpertiamini mihi in

HO SAINT-GALL ET l'ITALÏE DU NORD.

texte qui résulte des deux manuscrits comme un texte milanais. On vient de voir que le manuscrit de Bobbio supprime les trois derniers versets de l'Épître aux Romains ; il en est de même du manuscrit de Monza : or, le seul document où nous retrouvions, en latin, celte omission, est un manuscrit bilingue, le Codex Bœrnerianus, qui a été certainement écrit à Saint-Gall ; le Codex Augiensis présente, en grec, la même particularité. De même, le livre de Tobie se termine, dans le fragment de Monza, à peu près de la même manière que dans les manuscrits de Saint-Gall *. C'est ainsi que l'un et l'autre manuscrit contribuent à rendre moins improbable l'hypothèse d'après laquelle les textes de Saint-Gall proviendraient en une certaine mesure de l'Italie.

Les Alpes en effet sont peut-être, de toutes les frontières, celle qui a été, depuis les temps les plus anciens et jusqu'à nous, le plus aisément franchie. Elles n'ont jamais présenté un obstacle au besoin d'expansion des peuples, et leurs cols, en certains endroits moins glacés qu'aujourd'hui, ont été, de l'époque des Romains au moyen âge, plus fréquentés que beaucoup de routes de pays. Les chaussées romaines des Grisons demeurent comme un témoignage de ce commerce entre les deux versants des Alpes, et parler de la Rhétie c'est presque parler de Saint-Gall. Saint Othmar, le véritable fondateur de l'abbaye de Saint-Gall, n'a-t-il pas été envoyé en Rhétie pour s'y instruire dans les lettres? Si nous ne le savions pas par son biographe, Walafride *, nous pourrions le supposer, car la Rhétie parlait |latin et elle était, au viii^ siècle, beaucoup plus cultivée que l'Alémanie, sur laquelle bien des guerres avaient passé \ Il n'y aurait donc rien d'étrange à ce que la grande abbaye alémane eût tiré du nord de l'Italie, ce centre de vie intellectuelle et religieuse, quelques-uns de ses textes sacrés.

Or nous avons quelque lieu de penser qu'il y a eu, d'autre part, entre la province ecclésiastique de Milan et la côte orientale de l'Espagne, quelque échange de textes bibliques. Des textes qui paraissent espagnols par leurs origines ont été en usage, non seulement dans la Septimanie, mîus dans la vallée du Rhône jusqu'à Vienne, et cela jusqu'au x^ siècle : il est fort possible que ces textes aient, eux aussi, franchi les Alpes et se soient mêlés à ceux qui, depuis les temps anciens, étaient en possession del'aulorité religieuse dans ce grand et riche pays. Par malheur, nous avons conservé très peu de manuscrits anciens delà Vulgate provenant de la

orationibus ad Deum (Bâie B. I. 0* : '// soll . inperc. [2** ui. : mihi] in hotat. pro me ad I)om. = ambstr.; arm. : ut solic. inpert. in orat. ve.stris ad Dom. pro me; B. N. iTS-iS : vt soit, inpert. mihi in or. pro me ad Deum). — l Tim., m, 1G : (oui*. Et manijeste) Maynum pietatis misterium quod [mysf : ambstr. tand.; S. Gall 70* : misterium pielatis sacramentvm).

1 . ToD., XIV, 1 7 : ita vl acccpti esscnf omnibus habitatoribvs terrœ (voyez p. 128).

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